Bonjour et bienvenue à « Objectif Chine. »Aujourd'hui, j'ai une question pour vous : quelle est la boisson la plus populaire au monde ? Eh bien, avec une histoire qui s'étend sur plus de quatre mille cinq cents ans, ca ne peut être que le thé ! Dans la demi-heure qui vient, nous allons découvrir ensemble les mille facettes de sa culture - et j'entends culture dans tous les sens du mot...
Depuis des millénaires - certainement depuis les débuts de l'histoire écrite en Chine -, on a vu dans le thé une source à nulle autre pareille de plaisir social et de santé, le présent vénéré d'une Mère Nature généreuse et prévenante.
La préparation du thé, l'art de porter l'eau à la juste température, d'équilibrer les proportions, de laisser s'épanouir les saveurs et de servir, tout cela fait partie d'un rituel qui unit l'h?te et ses convives dans un même souci de respect et de bien-être. à l'heure de déguster le thé, nous voilà tous frères et soeurs, fils et filles de Mère Nature. Unis dans un même plaisir, revigorés par l'infusion, nous sommes les dignes enfants du Dragon !
Notre histoire débute il y a plus de cinq mille ans. S'il faut en croire la légende, l'empereur Shen Nung, grand érudit et savant de renom qui régnait alors sur le vaste empire de la Chine, imposa l'obligation de faire bouillir toute l'eau de consommation, par mesure d'hygiène.Un jour donc où les servants faisaient bouillir de l'eau pour que la cour ait à boire, le vent fit voler jusque dans la marmite des feuilles sèches d'un arbuste voisin. On go?ta l'infusion brunatre qui en résulta et l'on déclara que ce breuvage était des plus rafra?chissants ! Les experts d'aujourd'hui voient dans cette histoire un compte-rendu fidèle des premiers jours du thé.
Wang Weirong, directeur
Musée national du thé
Ce qui nous amène à Lu Yu et à ses livres sur le thé. Il était de Tianmen, dans la province centrale du Hubei, et voici plus de mille ans, sous la dynastie des Tang, il consacra au thé trois livres. Il est connu en Chine comme le saint patron du thé.
Voici un service à thé impérial de la dynastie des Tang, qui servait à vénérer le bouddha. Il est fait d'or et d'argent, c'est l'un des plus précieux jamais découvert en Chine.
Les récipients à eau que voici remontent à l'ère Liangzhu, il y a plus de quatre mille ans. Il n'y avait pas à l'époque de services à thé à proprement parler, mais nous voyons dans ces objets la forme originale du service à thé.
[Le Cha Ching, premier livre sur le thé, a été écrit vers 780 de notre ère par Lu Yu, le Sage du thé. C'est en fait un ensemble de trois gros volumes qui couvrent l'ensemble du sujet, de la culture des théiers à la production du thé et jusqu'à la préparation de l'infusion. Abondamment illustrés, ils ont été adoptés par la cour royale qui en a fait LA référence nationale pour toutes choses reliées au thé. Mille deux cents ans plus tard, le Cha Ching reste un chef d'oeuvre du sujet et un important ouvrage de référence.]
Au quinzième siècle, Quangzhou était l'un des ports les plus riches, les plus fréquentés et les plus importants de l'Orient. Il égalait en importance la cité portuaire d'Alexandrie, dans l'Egypte ancienne, et était l'un des principaux lieux d'où partaient les flottes chinoises sur la Route maritime de la soie.
L'importance de la Route maritime de la soie tenait à la plus grande rapidité et aux économies que permettait le transport des marchandises par bateau. De 1405 à 1433, le célèbre amiral chinois Zhang He fit le premier de sept voyages historiques, menant son imposante flotte commerciale de l'Asie du Sud-Est à l'Afrique, en passant par l'Inde et l'Arabie。Longtemps toutefois avant l'époque des navires à voile, c'est par la lente et périlleuse Route de la soie - celle du désert - que transitaient les marchandises, portées par des chevaux et des chameaux.
Cet endroit désolé au milieu du désert est appelé U Men Gwen. C'était il y a deux mille ans une garnison et un avant-poste animé de la civilisation Han sur la Route de la soie. C'était aussi le point de départ de ces caravanes de chameaux chargés de trésors qui lentement, laborieusement, feraient route vers l'Ouest à travers l'Inde, la Syrie et la Perse pour amener aux bazars du Moyen-Orient, de Constantinople et de l'empire romain les produits de luxe de la Chine. Les marchands qui entreprenaient ces longs et périlleux voyages n'avaient pas à offrir que des soieries précieuses, mais aussi des tonnes et des tonnes de ce breuvage aux propriétés divines : le thé - pour leur consommation autant que pour le vendre. La Route de la soie, c'était véritablement la Route du thé et de la soie.