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Bienvenue à tous dans notre série d’émissions « Trésors classés de Chine ». On trouve en Chine plusieurs sites tout à fait impressionnants pour les sculptures qui y ont été réalisées dans des grottes. C’est le cas par exemple du site de Mogao, dans le Gansu, à l’ouest de la Chine, des grottes de Datong, à l’ouest de Beijing, ou encore celles de Longmen, à Luoyang, au sud de la capitale. Aujourd’hui, c’est un peu plus à l’est de Beijing que nous allons nous rendre, sur le site des grottes du Mont Tianlong de Taiyuan, dans le Shanxi. Ce patrimoine culturel a été la cible de pillages menés par un cartel international de trafiquants d’antiquités dans les années vingt. D’où sortent ces pillards ? Et comment ont-il eu vent de ces trésors abrités dans une zone reculée ? Les détails dans un instant.
A 40 km au sud-ouest de la ville de Taiyuan, se trouve une chaîne de montagne au milieu de laquelle se dresse le mont Tianlong. Il se divise en fait en deux parties, le pic de l’est et celui de l’ouest. Entre les deux, 25 grottes ont été creusées, 12 à l’est, 13 à l’ouest. 25 grottes devenues célèbres grâce aux 500 sculptures et 1144 peintures ou bas-reliefs qu’elles abritent.
Les travaux des grottes ont débuté durant la période de Wei de l’est, sous la Dynastie dite du Sud et du Nord, soit il y a 1400 ans. C’est ensuite sous les Tang, entre le 7ème et le 10ème siècle, que les grottes ont connu leur apogée… Avant de connaître un certain déclin après la dynastie des Ming, de 1368 à 1644. Et à la fin des Qing, début XXème, plus personne ne connaissait l’existence de ces grottes, sinon une poignée de moines et quelques autochtones. Mais par une nuit de 1923, plusieurs hommes, apparemment étrangers, se rendent au Temple Shengshou, sur le mont Tianlong. Ils sont là pour rendre visite au moine Jingliang, avec qui ils semblent vouloir négocier quelque chose. Et pour cause, ils savent que l’on doit passer par ce temple si l’on veut se rendre dans les grottes. Et le moine Jingliang est le personnage incontournable du temple. Les notes historiques attestent que ces curieux visiteurs sont en fait japonais. Une fois en face du moine Jingliang, ils déposent 10 lingots d’or en lui demandant son aide dans leurs manigances visant à s’emparer des objets présents dans les grottes du mont Tianlong.
Ce tribut de 10 lingots d’or est une véritable surprise pour le moine Jingliang, qui n’aurait jamais imaginé que les statues et les fresques à côté desquels il vivaient puissent avoir une quelconque valeur pécuniaire. Mais à la vue de cette petite fortune, là, à ses pieds, la chose lui apparaît soudain étrangement suspecte, et il sent poindre l’entourloupe. Ces hommes en face de lui ne sont pas de petits pillards mais de véritables bandits de grand chemin.
Le vieux moine avait vu juste. Il s’agit de trafiquants internationaux d’antiquités. Pourtant, les grottes de Tianlong, perdues dans une zone reculée et montagneuse, étaient très confidentielles. Comment des trafiquants étrangers auraient-ils pu avoir vent de leur existence ? Et quels objets de valeur auraient pu ainsi attirer leur attention ? C’est justement ce que nous allons voir en revenant sur l’histoire de la construction de ces grottes.
Les grottes sacrées sont un attribut important du bouddhisme. On peut en retracer l’origine en Inde antique. Creusées souvent sur des précipices, elles avaient au début le statut d’une sorte de temple bouddhique avant l’heure. A partir de l’introduction du bouddhisme en Chine au 1er siècle de l’ère chrétienne, un art typiquement chinois a petit à petit pris forme. Les grottes de Mogao, de Yungang ou de Longmen en sont une illustration. En 534, en Chine, c’est encore la période dite de la « dynastie du Sud et du Nord ». Le premier ministre d’alors, Gao Huan a, en fait, fait main basse sur la réalité du pouvoir. Amateur des paysages et du climat du mont Tianlong, il y fait construire un palais pour y passer l’été. Gao Huan est un despote à la fois rusé et sans scrupule lorsqu’il s’agit de conserver son pouvoir. Mais c’est un bouddhisme fervent. Il décide de creuser deux grottes sur le pic Est du mont Tianlong - c’est ce qu’on appelle aujourd’hui les pics n°2 et 3.
Cette double grotte initiale présente une forme déjà très recherchée. Il s’agit d’un espace de forme cubique encerclé par trois murs surélevés chacun d’une niche, le tout recouvert d’une toiture à pente sur quatre côtés. A l’entrée, dessinée par une porte cintrée, on peut apercevoir deux parties latérales faites de paliers octogonaux en pierre, en haut desquels se trouve un couple de phénix. Le style architectural, en arches pointues, est propre à l’Inde antique. Devant le mur frontal trône la statue du Bouddha Sakyamuni, entouré des bouddha Maitreya à gauche et Amida à droite. Les bouddhas présentent des visages aux traits réguliers et sont recouverts d’amples robes. Les statues des autres bouddhas ou boddhisattvas ont également été exécutées de façon très expressive. Les bas-reliefs des donateurs et des arhats se caractérisent par des poses et des attitudes très variées, aptes à faire ressortir les particularités de chacun. Perpétuant la tradition des Wei du Nord, ces sculptures ont été exécutées avec raffinement. Ces deux grottes ont chacune une superficie de 6 mètres carrés environ, et comportent des statues de qualités et d’attitudes différentes. Réunies, elles créent une atmosphère solennelle, sacrée, susceptible de donner au visiteur l’illusion d’accéder au monde de bouddha.
Après l’achèvement de ces deux grottes, de plus en plus de fidèles viennent y faire un pèlerinage. En 550, le fils du premier ministre Gao Huan finit par ravir son trône à l’empereur. C’est ainsi qu’il fonde la dynastie de Qin du nord. Il restera connu dans l’histoire sous le titre d’empereur Wenxuan. Un empereur qui va continuer à creuser des grottes à Tianlong, une dans la partie l’est, deux à l’ouest. Et déjà, ces grottes apparaissent bien supérieurs à celles de son père par leur envergure et leur niveau d’exigence artistique… Sans doute parce que cette fois, c’est lui l’empereur. En 584, Yang Guang, alors prince de Jin, fait creuser la 8ème grotte, sur le pic est. Depuis le règne de Wuzetian, sous la dynastie des Tang, on va creuser 14 grottes supplémentaires, réparties sur les deux pics. Et c’est entre la fin de la dynastie des Tang et la période dite des Cinq Dynasties qu’est creusée la grotte numéro 9, la plus grande. Avec des différents travaux qui se déroulent sur plusieurs siècles, les grottes du mont Tianlong vont atteindre l’envergure qu’on leur connaît aujourd’hui.
Parmi les 4 plus célèbres sites de grottes de Chine, celui de Mogao, à Dunhuang, a été construit en 353 - c’est le plus ancien. Ensuite, la construction des grottes de Yungang, à Datong, a commencé en 453 - ces grottes sont célèbres pour l’immensité des travaux qu’elles ont nécessités. Les grottes de Longmen, à Luoyang, ont pour leur part été creusées en 500, soit 50 ans plus tôt que celles du mont Tianlong. Les grottes de Tianlong qui sont considérées comme un modèle pour les statues bouddhiques chinoises, au point qu’en chinois, l’expression « TianlongShan shiyang » désigne un genre particulier de sculpture.
1902 Ces grottes autrefois célèbres ont perdu leur prestige depuis les dynasties des Ming et des Qing, à partir du 14ème siècle. Quel sera du reste leur destin au 20ème siècle, dans un pays alors touché par une série de troubles ? Et comment les pillards japonais ont-ils pu avoir vent de la valeur de ces grottes? Tandis que, dans le même temps, une expédition scientifique menée par des experts japonais, eux aussi, au début du 20ème, allaient rendre un rapport ?... Les réponses à toutes ces questions dans le prochain épisode. À bientôt.
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