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Bonjour à tous, bienvenue dans notre série d’émissions « Trésors classés de Chine ». Nous allons partir aujourd’hui à la découverte d’une œuvre intitulée « Excursion printanière de la dame de l’Etat Guo », un véritable chef-d’œuvre de la peinture classique chinoise. Qui est cette fameuse dame de l’état Guo ? Et comment va-t-elle passer à la postérité grâce à cette œuvre qui traversera l’histoire depuis le 7ème siècle pour témoigner aujourd’hui des rebondissements qu’elle a subi ?... Pour y répondre, nous allons faire la connaissance de l’empereur Huizong de la dynastie des Song. Lui aussi était un peintre et calligraphe réputé.
Un jour de l’an 1107, plusieurs hauts dignitaires du régime sont agenouillés, dans le cabinet de lecture de l’empereur Huizong, tremblants dans l’attente d’un décret impérial. Malgré sa manière peu orthodoxe de régler les affaires de l’Etat, l’empereur Huizong est connu comme l’« empereur-esthète » dans l’histoire de Chine. L’absolutisme de son pouvoir lui a permis, dès son accession au trône, de collectionner les objets d’art précieux, en particulier les calligraphies et peintures. Ce jour-là, Huizong a réuni ses ministres pour leur ordonner de retrouver un vieux chef-d’œuvre de Zhang Xuan, un peintre de cour de la dynastie des Tang, qui a régné après le VIIème siècle. Zhang Xuan était originaire de Chang’an dans le Shaanxi. La plupart de ses œuvres dépeignent des hommes de cour et déclinent le luxe et le raffinement de la haute aristocratie impériale de l’époque. Mais avec le temps, ces peintures se sont faites rares, ce qui a attiré l’attention de l’empereur Huizong, à l’affût de ces collections devenues précieuses par leur rareté. Environ un mois après l’ordre donné par l’empereur, alors que Huizong contemple comme à son habitude des œuvres picturales dans son cabinet de lecture, un eunuque apparaît soudain pour lui livré une nouvelle : on aurait retrouvé une peinture de Zhang Xuan, pas plus loin qu’à l’entrée du palais. L’empereur exige de voir la pièce sur-le-champ. Les yeux de l’empereur brillent à mesure que s’ouvre le rouleau jauni sur la table. Huizong est immédiatement subjugué par la peinture, qui porte sur une excursion à cheval d’aristocrates des Tang, par un temps printanier. La composition est à la fois harmonieuse et dynamique, et les couleurs se répondent… La pièce se décompose en trois parties. On y dénombre 9 hommes et 8 chevaux. Ils portent des parures luxueuses et arborent une apparence joyeuse. L’image est tellement vivante qu’on croirait entendre leurs conversations enjouées.
Cette œuvre, intitulée « Excursion printanière de la dame de l’Etat Guo », est bien la peinture pour laquelle l’empereur Huizong a réuni ses ministres. Logique, donc, qu’il soit transporté de joie à la vue de la pièce. Pourtant, l’éclat de ses yeux éclairés par la fascination se ternissent par un froncement de sourcils : parmi ces personnages, il n’arrive pas à identifier cette fameuse dame de l’Etat Guo. Qui est cette dame ? Et d’où vient la fascination de l’empereur pour cette peinture ? Pour répondre à ses questions, nous allons d’abord parler de la concubine impériale Yang, qui est considéré comme la dame la plus raffinée de la dynastie des Tang (entre le VIIème et le Xème siècles). En fait, cette fameuse dame de l’Etat Guo, qui a donné son nom à l’œuvre, est une sœur, plus âgée, de la concubine impériale Yang. Particulièrement gracieuse, elle avait la réputation d’être l’aristocrate la plus raffinée de la dynastie des Tang. A cette époque, de nombreux lettrés se fendaient de leur ode à la beauté de la dame de l’Etat Guo. Le poète Du Fu, par exemple, dans une composition intitulée « la balade de la beauté » : « Au temps splendide du troisième jour de la troisième lune, les berges de la rivière sont inondées d’une beauté incompressible. Elégante et gracieuse, son corps ne permet aucune résistance, tout comme la douceur de sa peau.» Et dans ce contexte, l’« Excursion printanière de la dame de l’Etat Guo » reste le plus fameux témoignage visuel de cet engouement pour la beauté de la donzelle. La peinture retranscrit la promenade de la dame et, plus généralement, la vie fastueuse des sœurs Yang. Face à ce chef-d’œuvre, l’empereur Huizong réalise à quel point il a du mal à s’en séparer ne serait-ce que du regard... Mais où se trouve cette dame de l’Etat Guo dans la composition. Il plonge dans une profonde réflexion. La peinture se divise en trois plans : 3 chevaux au premier plan, 2 au milieu, et 3 en bout de perspective. Soit huit chevaux, auxquels s’ajoutent neuf personnages. Cette femme située au milieu est coiffée et habillée selon les canons de la mode aristocratique des Tang. Son regard qui exprime une sorte d’orgueil distingué, fixant l’horizon sans un coup d’œil de côté, c’est-à-dire de notre côté, est très probablement la dame de l’Etat Guo. La femme à ses côtés, qui portent le même type de coiffure et de vêtements, est sans doute sa sœur aînée, la dame de l’Etat Han. Quant à l’enfant porté en fin de cortège, il s’agit peut-être de la fille de la dame de l’Etat Guo. Du point de vue de la composition, la dame de l’Etat Guo se retrouve au centre de la peinture, où se focalisent les regards d’une majorité de personnages. Par ce simple fait, elle se voit attribuée un statut tout à fait différent des autres personnages. On trouve une autre peinture antique similaire à cette « Excursion printanière de la dame de l’Etat Guo », au Musée du Palais impérial de Taipei. Il s’agit d’une copie exécutée par le peintre Li Gongli, de la dynastie des Song, la « Balade de la beauté ». Différence : cette fois, le cortège est guidé par un seul personnage, et les deux autre se trouvent derrière. Mais à ce détail près, les deux œuvres se répondent clairement. Ce qui confirme que la dame de l’Etat Guo est bien placée au milieu. Après avoir longtemps analysé la peinture, l’empereur Huizong parvient çà cette conclusion, et commence à comprendre la logique de l’œuvre.
L’empereur Huizong n’arrive pas à se procurer la « Balade de la beauté », de Li Gongli. Et en référence à cette œuvre, justement, la polémique persiste encore aujourd’hui sur l’identité de cette « dame de l’Etat Guo ». Reste un point incontestable, toutefois : la valeur artistique et historique de ces deux peintures. Mais quel sort l’empereur Huizong va-t-il réserver à cette œuvre ? C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode. A bientôt.
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