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Comment peut agrandir la famille des calebasses cultivées par les habitants de Lanzhou ? Comment se fait-il que cette si petite calebasse, actuellement conservée au Musée d’Art artisanal de Chine, soit liée au rêve des Ruan sur deux générations? La ville de Lanzhou est réputée pour son art de la gravure sur calebasse… mais comment cette notoriété a pu s’étendre jusqu’aux Etats-Unis? Suivez avec nous notre série d’émissions « A la découverte de la Chine », et cet épisode intitulé « La légende de la calebasse ».
Ruan Wenhui n’oubliera jamais le jour où son père l’a quitté pour toujours, il y a une quarantaine d’années. Juste avant de décéder, son père lui a confié une petite calebasse.
Ruan Wenhui, grand maître artisan
« En 1964, alors qu’il était dans un état de santé très critique, mon père a sorti cette calebasse. Il m’a dit qu’il n’avait jamais osé la graver. Et il a alors demandé que ce soit moi qui la grave, quand les conditions seront réunies. En fait, pour lui cela signifiait qu’il voulait que je lui succède dans son métier… et il m’a fait comprendre que c’était son rêve le plus cher. »
Et c’est donc ainsi que le père Ruan Guanyu a dicté à son fils Yuan Wenhui ses dernières volontés… liées à la calebasse.
A Lanzhou, la culture de la calebasse remonte à très longtemps. En entrant dans cette petite cour d’une famille d’agriculteurs dans la banlieue de Lanzhou, nous constatons la présence de nombreuses calebasses. D’après ce que nous dit le maître de maison, la culture de la calebasse remonte à des centaines d’années dans cette famille. Et dans le village, presque toutes les familles la cultivent. Sur la moindre parcelle de terre disponible, devant ou derrière la maison, on sème des graines de calebasses. Ce qui permet non seulement d’embellir l’environnement, mais aussi de se protéger du soleil. En effet, les calebasses s’avèrent très utiles. Mais, un jour, quelque chose d’hors du commun survient.
On découvre chez une famille une calebasse qui semble mal formée. En fait, elle est toute petite et a une forme d’oeuf. On pense alors qu’il s’agit d’une variété rare de calebasses. Et on se met à en cultiver. C’est ainsi que la famille des calebasses de Lanzhou s’adjoint un nouveau membre : la « calebasse œuf ».
La « calebasse œuf » est de taille réduite, son enveloppe est fine et lisse, ce qui plaît à beaucoup de gens. Surtout aux anciens. Et ces derniers ont pris l’habitude, pour passer le temps, de manipuler une ou deux de ces petites « calebasses œuf ». Lorsque de vieux amis se réunissent, personne n’oublie d’apporter ses « calebasses œuf ». Et pour éviter de les confondre avec celles des autres, on y grave quelques traits ou mots distinctifs, très simples. Mais au fil du temps, ces signes distinctifs se sont perfectionnés, sont devenus plus recherchés, et se sont transformés en véritables motifs décoratifs. Et c’est ainsi que des gens se sont spécialisés dans la gravure sur calebasse. Rare sont ceux qui imaginent que « l’art de la gravure sur calebasse de Lanzhou » est né de cette manière. En tout cas, cet art très apprécié du public est étroitement lié à la philosophie de la calebasse.
Pour les Chinois, la calebasse a toujours constitué un symbole de bon augure. On dit que Fuxi, l’ancêtre de la civilisation humaine, et la déesse Nüwa, sont nés tous les deux d’une calebasse. Ce qui la sacralise déjà dans une certaine mesure. En outre, comme la calebasse a le pouvoir de flotter, elle était utilisée dans la Chine ancienne pour secourir les victimes d’inondations. C’est ainsi que la calebasse est devenu un symbole de sécurité. Traditionnellement, les Chinois estiment qu’une famille nombreuse garantit la prospérité et la descendance familiale. Et ils s’efforcent donc de fonder de telles familles. Comme la calebasse a une enveloppe solide qui abrite de nombreuses graines, elle est devenue un objet de premier choix pour prédire une famille nombreuse. Aujourd’hui encore, on peut toujours voir ces objets artisanaux traditionnels dans la province du Gansu, ornés de motifs relatifs à ces légendes. Cette identité culturelle est véhiculée par l’art de la gravure sur calebasse. Et cet art s’est donc rapidement popularisé dans la région. Nombreux sont ceux qui se vouent à ce métier. Vers la fin de la dynastie des Qing, un intellectuel nommé Li Wenzhai était secrétaire particulier d’un chef de district et il excellait dans la calligraphie et la peinture. Il adorait aussi graver les calebasses. Et il a ainsi été le premier à y graver de beaux poèmes, des fleurs, des oiseaux et autres célébrités.
Chen Weiyi, grand maître artisan
« Je n’ai jamais rencontré Li Wenzhai. Mais on parle beaucoup de lui. Il habitait alors dans une cabane construite au fond de la forêt de Zhongshan. Il est le secrétaire particulier d’un chef de district. »
A l’époque, beaucoup de gens appréciaient les gravures de Li Wenzhai. On achetait ses œuvres, on les collectionnait. Mais si Li Wenzhai n’est pas le précurseur de la gravure sur calebasse, il est néanmoins le premier à avoir gravé des poèmes accompagnés de paysages de montagnes, d’eaux et de personnages.
Et sur les œuvres de Li Wenzhai, on peut autant apprécier la forme agréable de la calebasse, que l’élégance des vers, et la beauté des motifs de paysages. La contribution d’un intellectuel comme Li Wenzhai a véritablement donné une valeur culturelle à la gravure sur calebasses. Aujourd’hui, des oeuvres de Li Wenzhai sont conservées à Lanzhou.
Dans les années 1950, la gravure sur calebasse est devenue un métier à part entière. Exercé par un certain nombre talents reconnus. Wang Deshan en était un. Il a été élève de Li Wenzhai qui lui aurait légué son aiguille à graver et son ouvrage illustré. L’autre nom qui mérite d’être cité est celui de Ruan Guangyu, le père de Ruan Wenhui. Ruan Guangyu était enseignant en beaux-arts et rédacteur pour un journal. Il a accédé à la notoriété lorsque ses gravures « La Chambre de l’ouest» sont entrées dans les collections du Palais du Peuple, à Beijing.
C’est dans un immeuble d’habitation du Musée de la province du Gansu que nous avons rencontré Ruan Wenhui. De retour à Lanzhou après une mission à Yixin, il était train de remettre son atelier en ordre.
Dès son enfance, Ruan Wenhui a adoré la calligraphie et la peinture. A 10 ans, il a quitté son pays, la province du Hebei, pour venir à Lanzhou. Son père Ruan Guangyu avait déjà commencer à graver à Lanzhou. Et peu après y être arrivé, Ruan Wenhui a succombé à la passion pour cet art. Comme il possède les techniques de base de la calligraphie et de la peinture, il peut, dès l’âge de 14 ans, de terminer une oeuvre lui-même. Il se souvient qu’à l’époque, leur maison regorgeait de toutes sortes de calebasses… mais l’une d’entre elles attire son attention.
Ruan Wenhui, grand maître artisan
« Jusqu’en 1964, mon père a gardé la plus petite calebasse. Sa taille n’était qu’un dixième de celle-ci, autrement dit, elle ne mesurait qu’un centimètre de diamètre. Elle est aussi petite qu’une fève, mais plus ronde toutefois. Mon père a toujours gardé cette calebasse très précieuse à Lanzhou. Elle est mûre et pleine. Et c’est tout à fait par hasard qu’elle avait été découverte. Mais personne n’a jamais osé la graver. »
Cette calebasse dont nous parle Ruan Wenhui est celle que son père lui a confiée juste avant de mourir. Et quand Ruan Wenhui a reçu des mains de son père cette « calebasse œuf », il a enfin compris que son père avait passé sa vie à rechercher la vérité de la culture traditionnelle chinoise, et qu’il souhaitait ainsi lui transmettre son amour par l’intermédiaire de cette petite calebasse. Comme un symbole de la culture chinoise Ruan Wenhui y a puisé une très forte motivation.
Ruan Wenhui, grand maître artisan
« Je sens quelque chose qui pèse sur moi. A l’époque, j’étais déjà graveur. Et je voyais que même mon père n’osait pas graver cette petite calebasse. Je pense que je dois le dépasser et être plus compétent que lui pour pouvoir accomplir ma mission. Et c’est ainsi que je me suis mis à pratiquer la micro sculpture. »
Ruan Wenhui saura-t-il maîtriser la technique de la micro gravure pour réaliser la dernière volonté de son père ?
« Je n’ai pas encore atteint un niveau très élevé, mais je crois que je fais quelque chose de réel ».
Suivez avec nous notre série « A la découverte de la Chine » avec cet épisode sur « La légende sur la calebasse ».
La micro gravure a une longue histoire en Chine. Pourtant, beaucoup de techniques clés se sont perdues au fil du temps. Depuis, avec l’avènement du progrès scientifique et technique, la micro sculpture se divise en deux catégories : la technique microscopique, et la technique « invisible » pour laquelle toute opération repose sur la sensation des mains. Dans cette technique « invisible », on ne voit pas le processus de gravure, ni le motif, ni les lignes. On ne voit même pas où attaque le burin. En fait, tout dépendra de l’expérience et de la sensation. Et c’est cette méthode que Ruan Wenhui a adoptée.
Des années ont passé. Ruan Wenhui se souvient encore des journées passées à réaliser son oeuvre. Le plus difficile et le plus spectaculaire a sans doute été la gravure de 120 apsaras volantes de la Grotte de Dunhuang.
Ruan Wenhui, grand maître artisan
« Je dois absolument respecter l’oeuvre originale. Chaque personnage est petit, très petit, leur visage n’a même pas la taille d’un sixième de graine de millet. C’est minuscule. Lorsqu’on grave, on ne peut pas faire de croquis ni d’esquisse car la pointe du crayon est plus grosse que le motif. On grave donc directement, et tout dépend alors de l’habileté. Le plus difficile était de représenter le visage. Dès que j’avais terminé, je gravais les yeux et les sourcils. En plus, les yeux devaient avoir des paupières à doubles plis. Il fallait donc tout graver d’un seul coup. C’était vraiment difficile. Le corps, par contre, est plus facile à réaliser. J’ai ainsi gravé 120 apsaras volantes, de huit époques différentes et dans diverses attitudes. »
Cette oeuvre de micro gravure est actuellement conservée au Musée de l’artisanat de Chine.
Comme Li Wenzhai, Ruan Wenhui excelle dans la calligraphie et la peinture. Ce qui lui permet de donner une vraie dimension à l’art de la gravure sur calebasse. Il a ainsi gravé plus de 200 poèmes de la dynastie des Tang sur une calebasse de moins de 5 centimètres de diamètre. Il a d’abord tout écrit sur papier. Ensuite, il a tracé des lignes horizontales et verticales, et quand tout était prêt, il a commencé à graver. Au début, il voulait graver 210 poèmes sur cette calebasse, mais en raison de l’espace ménagé pour sa signature, il n’en a gravé que 204. Cette oeuvre unique est également conservée au Musée de l’Artisanat de Chine. L’auteur n’a en sa possession que le manuscrit papier, xuan, un papier spécial pour la peinture et la calligraphie chinoises.
Après avoir engrangé un considérable bagage technique, Ruan Wenhui a décidé de s’attaquer à la précieuse calebasse léguée par son père. Ce devra être une authentique performance, du fait qu’il n’existe aucun modèle, et qu’il ne pourra pas voir de ses propres yeux ce qu’il va réaliser. Il s’est alors enfermé dans une chambre en ne laissant entrer personne. Pour tous outils, des aiguilles et des burins. Et c’est ainsi, dans la solitude, qu’il donné vie à tout un monde sur un minuscule carré. Il a d’abord divisé la calebasse en deux parties, chacune de la taille de demi œuf. D’un côté, il a gravé les « Réflexions sur la bataille de la Falaise rouge » de Su Shi. De l’autre, il a gravé la peinture chinoise « Voyage nocturne sur la Falaise rouge ». Aujourd’hui, cette calebasse minuscule et gravée fait partie des collections du Musée de l’Artisanat de Chine. Et ainsi, Ruan Wenhui a répondu à son père.
Ruan Wenhui, grand maître artisan
«Finalement, je crois que je n’ai pas déçu mon père. J’ai accompli ma mission. Lorsque l’Etat a voulu conserver cette calebasse, je la lui ai offerte. Elle fait ainsi partie des chefs d’œuvres nationaux. Je n’ai pas encore atteint un niveau très élevé dans la gravure, mais j’ai fait de mon mieux. »
Une fois lancé, Ruan Wenhui ne peut plus s’arrêter. Sur le plan artistique, il reste l’exemple pour ses contemporains. Il représente passé et présent avec une ardeur similaire et enchaîne les séries de chefs d’oeuvres. Et l’on est souvent surpris par la nouveauté, l’originalité et la subtilité de ses oeuvres.
Vers la fin des années 1980, six de ses gravures étaient conservées par l’Etat, au Musée d’Artisanat de Chine, en tant que chefs d’oeuvres de la culture traditionnelle chinoise. Il a été successivement nommé grand maître artisan de la province du Gansu, puis au plan national. Aujourd’hui, Ruan Wenhui est considéré comme le plus grand graveur sur calebasse de Chine. Ses oeuvres illustrent à la fois ses talents de calligraphe, de peintre et de graveur. En fait, nombre de ses oeuvres subliment même la notion d’art.
Ruan Wenhui, grand maître artisan
« Voici une calebasse siamoise, c’est une autre variété, qu’on ne trouve que très rarement. Elle vient de Taiwan, plus précisément de monsieur Gong Yifang, un artiste taiwanais spécialisé dans la calebasse. Quand il a su que la gravure sur calebasse était très répandue sur la partie continentale de la Chine, il est venu me trouver lors de la Foire commerciale qui a lieu chaque année à Guangzhou. Il a ensuite pris connaissance de mon travail et a réussi à trouver mes coordonnées. Il m’a écrit une lettre et envoyé cette calebasse. Dans sa lettre, il disait que ces deux calebasses se ressemblaient comme deux jumelles. Un peu comme Taiwan et la partie continentale de la Chine. Et il me les a offertes parce que nous sommes deux artistes amis, et que Taiwan et la partie continentale forment une entité. Il espérait que j’allais les graver. Et c’est pourquoi j’ai porté une attention toute particulière à cette calebasse. Il m’a offert une suspension chinoise de fils rouges. J’ai travaillé ces calebasses avec le plus grand soin et j’y ai gravé 18 Arhats. J’ai ajouté un support en racine d’arbre. Ce qui rend l’oeuvre plus naturelle encore. Je lui ai envoyé la photo de mon travail, il en a été très content. »
Ruan Wenhui fait preuve d’un talent unique, notamment dans le traitement des calebasses « imparfaites ». Cette calebasse couverte de cicatrices aurait dû être jetée. Mais Ruan Wenhui, lui, y a gravé une toile d’araignée. Pour les chinois, voir une araignée signifie que le bonheur tombe du ciel. Et c’est ainsi que l’œuvre est née. Cette calebasse à la surface grossière n’est pas facile à graver des lignes. Mais Ruan y a sculpté avec son burin un groupe d’apsaras volantes noires. Quant à celle là, elle est un peu spéciale. Lors de a croissance, elle a été bandée pour prendre une forme différente. Ruan a gravé sur chaque relief un poème de la dynastie des Song. Il lui a trouvé un support en racines de saule des bords du Fleuve Jaune.
Ruan Wenhui jouit d’une très grande réputation. Nombreux sont ceux qui le veulent comme maître. Parmi eux, le jeune Qi Hongmin.
Qi Hongmin s’initie à l’art de la gravure sur calebasse auprès de Ruan Wenhui.
« Nous faisons connaissance et nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre. »
Suivez avec nous notre série « A la découverte de la Chine » avec cet épisode sur « La légende de la calebasse ».
C’est dans cette cour de l’arrondissement d’Anning, dans la banlieue ouest de la ville de Lanzhou que nous avons rencontré Qi Hongmin. Avec son épouse Zhang Hong, ils sont en train de préparer des calebasses. Quand elles sont mûres, il faut d’abord les faire sécher, puis enlever des poussières, gratter la peau sèche et les polir à plusieurs reprises. C’est un processus obligatoire avant de pouvoir commencer à graver une calebasse.
Dès son enfance, Qi Hongmin s’est passionné pour les beaux-arts. Avant de se mettre à la gravure sur calebasse, il a pratiqué beaucoup d’autres disciplines, la sculpture, le modelage de figurines d’argile, la sculpture des racines et la gravure sur os. Mais c’est sur la gravure sur calebasse qu’il jette finalement son dévolu et c’est pourquoi il a décidé d’apprendre aux côtés de Ruan Wenhui. Le jeune homme commence son apprentissage auprès du grand maître et c’est ainsi qu’il fait la connaissance de sa nièce, Zhang Hong.
Qi Hongmin, membre de l’Association des artistes traditionnels du Gansu, graveur de calebasse
« Si j’ai fait la connaissance de Zhang Hong, c’est vraiment grâce à la gravure sur calebasse. C’est cet art qui nous a réunis. Par hasard en fait. Un jour que je rendais visite au maître Ruan, j’ai vu Zhang Hong dès mon arrivée, elle était en train de graver un tampon. Quelle belle surprise ! Et je me suis dit que cette fille-là méritait vraiment d’être aimée. Ensuite, nous avons mieux fait connaissance, nous sommes devenus des amis et puis amoureux. Et nous avons fini par fonder une famille. »
Au premier regard, on constate que la famille de Qi Hongmin et Zhang Hong est placée sous le signe de la gravure sur calebasse. Chez eux, un atelier d’une vingtaine de m2 entièrement dédié aux calebasses fait office de salle d’accueil. Et depuis leur mariage, ils consacrent tout leur temps libre à cet art.
Une fois la gravure des personnages ou des paysages terminée, il faut couvrir la calebasse d’une couche d’encre. L’encre s’infiltre dans les stries, la calebasse est ensuite nettoyée et les motifs restent ainsi à jamais inscrits sur la calebasse.
Ils sont persuadés que cet art traditionnel possède un charme artistique particulier et que d’autres graveurs doivent prendre la relève. C’est pourquoi le couple s’efforce d’imiter et de transmettre le style du maître Ruan Wenhui, tout en créant des oeuvres de qualité. Leurs créations combinent en effet le style élégant du maître Yuan et leur caractère ouvert. Et peu à peu, ils innovent et ouvrent de nouveaux horizons à la gravure sur calebasse.
Qi Hongmin, membre de l’Association des artistes traditionnels du Gansu, graveur de calebasse
« Au début, ce n’était qu’un divertissement, je ne faisait que de petites choses. En fait, je gravais des calebasses et je les offrais aux parents et aux amis, quand elles leur plaisaient. Je n’en gravais que de petites quantités. Mais au fur et à mesure de l’ouverture de la société, des amis m’assuraient de la qualité de mes oeuvres, et de plus en plus de gens désiraient en acquérir. Et ils m’ont proposé de graver encore plus de calebasses, en me disant que cela me rapporterait de l’argent. »
Depuis, les Qi vendent leurs oeuvres sur le marché. Mais ils ne pensaient pas qu’à Lanzhou, il y avait autant d’amateurs de calebasses gravées. Des amateurs prêts à acheter des pièces pour étoffer leur collection.
Le couple a donc quitté ses fonctions professionnelles pour se consacrer exclusivement au marché de la gravure sur calebasse. Quelques années ont passé, et les Qi parviennent non seulement à garder leur marché de Lanzhou, mais ils aussi vendent leurs créations à Dunhuang et à Xi’an. Mais leur activité se développant, ils rencontrent bientôt des problèmes d’approvisionnement en matières premières.
Qi Hongmin, membre de l’Association des artistes traditionnels du Gansu, graveur de calebasse
« Au début, comme on gravait peu, on achetait des calebasses sur le marché à des gens qui les cultivent chez eux, dans leur cour. Mais seulement en petites quantités. Quand notre production a augmenté, les matières premières disponibles sont devenues insuffisantes pour nos besoins. Nous avons donc fini par cultiver nous-mêmes nos propres calebasses. »
Conduits par Qi Hongmin, nous arrivons dans une région montagneuse de la banlieue nord de Lanzhou, sur le champ de culture des calebasses.
Qi Hongmin, membre de l’Association des artistes traditionnels du Gansu, graveur de calebasse
« Xiao Hu, regarde, celle-là a une petite marque… il faut faire attention à ce qu’elle n’en ait pas d’autre. Ces calebasses sont un peu trop serrées. Si tu peux les séparer, il faut le faire. Cette calebasse pousse remarquablement bien ! Et ce n’est pas facile d’obtenir une belle calebasse. Une fois coupée, il y aura moins de risques de l’abîmer. Comme ça, les deux calebasses ne peuvent plus se heurter. Autrement, quand le vent souffle, elles vont se cogner et s’abîmer. Celle qui n’est pas belle, tu peux la couper directement. »
En fait, Qi Hongmin fait appel un agriculteur local pour cultiver ses calebasses. Cette culture nécessite de grandes connaissances techniques, c’est pourquoi Qi Hongmin vient souvent contrôler la croissance des calebasses et aider l’agriculteur à s’en occuper.
L’accès est plus ou moins facile vers cette région montagneuse éloignée de la ville. Pourquoi Qi Hongmin a-t-il choisi cet endroit pour planter ses calebasses ? Car, la calebasse est une plante très fragile, qui a besoin d’un bon environnement pour bien pousser. Et quand les fruits apparaissent, on ne peut pas les toucher. On dit même montrer du doigt une calebasse qui est en train de pousser, peut affecter sa forme pendant le mûrissement. C’est donc pour éviter que les visiteurs, jeunes ou anciens, touchent les calebasses, que Qi a choisi ce champ retiré.
Actuellement, les Qi peuvent compter sur une production dépassant les 6000 calebasses par an. Ce qui leur fournit la matière première suffisante.
Il y a quelques années, un service de la ville de Lanzhou a reçu une lettre de remerciement de l’ancien président américain Jimmy Carter. Il y mentionnait en particulier la finesse des gravures sur calebasse de Lanzhou. Et d’ailleurs, lors d’un déplacement aux Etats-Unis, une délégation de Lanzhou avait offert au président Carter uns des oeuvres de Qi Hongmin intitulée « Un tigre descend de la montagne». Et c’est ainsi que la réputation d’une calebasse s’est répandue jusqu’au Nouveau Monde.
Ruan Wenhui est aujourd’hui considéré comme le grand maître de la gravure sur calebasse. Pourtant, même si ses gravures, ses peintures et ses calligraphies se vendent toujours sur le marché des arts de Lanzhou, on ne l’y voit plus.
Jusqu’à ce jour, où, surpris par la beauté de ces poteries, on apprend qu’à l’aube du nouveau siècle, le maître Ruan a ouvert de nouvelles voies, grâce à sa virtuosité de graveur, de peintre et de calligraphe. Il s’est rendu à Yixin, la capitale de la poterie, et il y grave maintenant des théières, des vases à fleurs et des assiettes, et y a créé l’école Ruan.
Dans le temple Huangmiao, au centre de Lanzhou, il y a de nombreux vendeurs de calebasses gravées. Qi Hongmin est au rendez-vous chaque week-end. Il nous confie qu’il n’a jamais arrêté de graver. Une calebasse est un objet d’art qui symbolise la culture traditionnelle, l’art folklorique et la couleur locale de Lanzhou. Pour les habitants de Lanzhou, elle constitue même un véritable objet d’art qui s’apprécie et se collectionne. Et pour les touristes, c’est le souvenir à rapporter de Lanzhou. Bref, une toute petite calebasse peut recéler de grands paysages, une grande culture et un grand marché.
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