SHANGRI-LA - Le clergé bouddhique au Monastère Songzanlin 
cctv.com 07-03-23 04:30 

Shangri-La est un lieu réputé, mais aussi une famille de plus de 300 moines. Un ancien moine vient d’admettre un nouveau disciple… un espace religieux est en construction... Il est dit que les moines doivent retourner dans leur famille laïque, et de génération en génération, ils continuent de s’installer à la Lamaserie Songzanlin. Mais quelle force les aide? Suivez avec nous le « clergé bouddhique du monastère Songzanlin (Ganden Sumtseling Gompa)»

Monastère Songzanlin, 15 février 2005

Au dernier jour de la Fête du Printemps 2005, nous sommes arrivés à Shangri-La, un véritable paradis terrestre. Les premiers échos de tambours retentissent dans le Monastère Songzanlin, et la place du temple est bondée d’une foule en habits de fête. Les moines comme les laïcs, de tous horizons, se réunissent dans cette lamaserie vieille de trois siècles. Mais qu’est-ce qui les y attire ?

De chaque côté de la voie menant à l’entrée du Monastère Songzanlin, la foule se presse. Ceux-là, hada à la main, semblent attendre l’arrivée de quelque chose d’important.Sur la place du Monastère, les moines commencent à prier pour les Tibétains. Et comme pour chaque grande cérémonie ici, les Tibétaines entonnent des chansons de leur région. Entourés de cette musique touchante, les moines portent la statue de bouddha de la grande salle.

Au 15ème jour du premier mois lunaire, cette statue de bouddha quitte son autel pour une procession autour du Monastère Songzanlin. Les croyants du bouddhisme tibétain estiment que quiconque approche la statue ce jour-là peut gagner le bonheur pour l’année suivante. C’est pourquoi, même ceux qui ne peuvent y parvenir veulent jeter leur hada à cette statue de bouddha en signe de souhait et de vœu. Mais quel genre de bouddha est-il ? Et pourquoi les Tibétains lui vouent-ils un tel culte ?

Tenzin Quepei, bouddha vivant du Département autonome tibétain Diqing

« C’est Maitreya, le futur Bouddha. Il tourne autour du temple pour que le monde bénéficie du climat favorable à de bonnes récoltes l’année suivante, et pour que toute la population vive dans la paix, à l’abri des maladies et des catastrophes.»

Le bouddhisme tibétain, appelé aussi « le lamaïsme », est introduit au Tibet depuis l’Inde au 8ème siècle. Le terme « lama » signifie Bouddha Vivant dans le bouddhisme tibétain. Sur le mur d’une grande salle du Monastère Songzanlin, est suspendu un dessin représentant la pensée du samsâra sur le sort humain entre enfer et monde céleste. Le bouddhisme tibétain attache davantage d’importance à la vie future qu’au monde actuel. Il estime qu’un homme, selon sa conduite, sombrera en enfer ou au contraire s’élèvera vers le monde céleste. Et que cela dépend aussi de l’aide du clergé bouddhique. Et pour les laïcs, il est devient un saint éternel. Mais qu’en est-il réellement? Entrons donc dans la vie d’un de ces moines du Monastère Songzanlin pour le découvrir!

Le Monastère Songzanlin est le plus grand temple du bouddhisme tibétain dans la province du Yunnan. Âgé de 65 ans, Tenzin Anwen y vit depuis une quarantaine d’années. Au long de cette vie passée au temple, il s’est habitué à prier à haute voix dès qu’il se lève, chaque matin.

L’année dernière, Anwen a admis un nouveau disciple, son neveu Tudang. Et veiller sur lui durant ses études des oeuvres canoniques en tibétain devient ainsi une nouvelle tâche essentielle de la vie quotidienne d’Anwen. Et pour Tudang, même si le maître est son oncle et qu’il étudie ainsi « en famille », il doit comme les autres frapper la terre du front à trois reprises devant son maître, à la fin des cours.

Tudang : disciple

En plus de la lecture des prières matinales, Tudang doit aussi préparer la cuisine. Nous pensions d’ailleurs que dans le clergé bouddhique, on ne mange jamais de viande. Alors, quand nous avons vu Tudang avec un morceau de porc salé, nous avons été très surpris!

Tenzin Anweng : maître du Monastère Songzanlin 

« Selon nos coutumes, les moines peuvent manger de la viande, sauf durant les activités religieuses. Si je fais faire à mon disciple le ménage, c’est parce que pour un moine, dire des prières cela ne suffit pas. Il y a les tentations des mauvaises moeurs dans la société, comme jouer au ma-jong par exemple. C’est pourquoi il a fallu occuper mon disciple dès son enfance, et lui faire passer du temps à étudier. »

Ces membres du clergé bouddhique prient et étudient au temple tous les jours. Mais nous aimerions savoir d’où vient cette habitude des trois repas quotidiens? Nous nous renseignons auprès de Anweng, et c’est alors qu’arrive la mère de Tudang. En déposant sa hotte par terre, avant même d’adresser la parole avec son fils, elle frappe d’abord la terre du front à trois reprises près de son frère aîné. Les gros travaux agricoles approchant, la famille ne pourra bientôt pas apporter de nourriture à l’oncle et son neveu disciple. La mère de Tudang a donc emmené une bonne quantité de beurre et de zanba. Beaucoup de laïcs estiment que les hommes qui se font moines ne peuvent pas aider matériellement la famille. Mais pourquoi est-ce à la famille de prendre en charge leurs besoins quotidiens ?

« Il est normal que ma soeur nous apporte des zanba et du beurre. Car à la saison des moissons, nous pouvons rentrer chez nous pour rendre service. Nous n’avons pas de salaire au temple. C’est notre famille qui nous nourrit. »

Pour une famille tibétaine croyant au bouddhisme tibétain, il est obligatoire de nourrir celui qui se fait moine. Obligatoire mais aussi glorifiant. Car pour eux, un moine peut faire traverser à toute sa famille l’océan de l’existence.

Kelsang : soeur cadette

« Si nous le faisons moine, c’est pour qu’il ait un bel avenir et que toute la famille soit en paix. Je souhaite qu’il étudie bien le soutra bouddhique et qu’il puisse apporter des bienfaits.»

Depuis des milliers d’années, le bouddhisme tibétain se transmet par l’enseignement de maître à disciple ainsi que par l’éducation monastique. Mais derrière chaque moine, il y a une famille qui le supporte. Et dans le coeur des Tibétains, si un membre de la famille se fait moine, c’est comme si toute la famille offrait une pagode en or au monde. Celui qui choisit de devenir moine bénéficie donc d’un statut suprême dans sa famille, comme la personne la plus respectée.

En quoi consiste le travail quotidien d’un vieux moine ?

« Tous les jours, à sept heures du matin, il faut venir ici et s’asseoir méditer.»

Pourquoi une famille doit-elle construire la chambre du fils disciple au Monastère?

L’ensemble monastique de Songzanlin a posé ses allures de palais au sommet de la colline Ruizhao, au district Shangri-La, dans la province du Yunnan. C’est un ensemble de monastères qui s’étend sur 10.000 m2, et qui héberge actuellement environ 200 lamas. Mais à l’apogée du temple, ils étaient près de 3000. Le terme « Songzanlin » signifie entre autre « le monde bouddhique à 33 niveaux.

Ces derniers temps, Anweng est de service tous les matins au temple. Comme si le moine était d’astreinte ? ! Mais que doit-il faire exactement? Après le départ de Anweng, Tudang reste à la maison pour prier à haute voix. Pendant les dix premières années de vie au temple, il devra avant tout lire les oeuvres canoniques du bouddhisme, et ce n’est qu’ensuite qu’il pourra aller à Lhassa pour l’étape supérieure de la vie bouddhiste et aspirer à un grade dans le clergé.

Quand Anweng arrive au local de service situé à l’extérieur de la salle zhacang, les premiers touristes de la journée viennent juste de descendre de l’autocar. Ces dernières années, le secteur touristique s’est beaucoup développé à Shangri La. Le nombre de visiteurs augmente sans cesse au Monastère Songzanlin. Anweng en est très satisfait. Car cette activité économique en croissance apporte des revenus au temple. Et il se met en quatre pour mener à bien son travail. 

 « Je commence à travailler à 7 heures, tous les jours. Les visiteurs qui arrivent avant cette heure-là n’ont pas à payer de billets. Mais ensuite, je suis en charge de la vente des billets d’entrée.» 

Mais, quand le Monastère Songzanlin ouvre ses portes aux flots de visiteurs qui se succèdent sans interruption, cet ancien temple est voué à accepter de subir un certain changement. Et même pour les jeunes moines, le Monastère Songzanlin n’est plus une Terre pure bouddhique fermée. La limite entre deux mondes séparés par le grand mur devient de plus en plus difficile à distinguer.

La lamaserie principale zhacang est l’endroit du Monastère où ont lieu les activités religieuses les plus importantes. Sa grande salle est capable d’abriter plus de 2.000 moines pour les prières. Mais en dehors de ces grands rituels, cette lamaserie accueille tous les jours des visiteurs. Ces derniers cherchent pour la plupart d’entre eux à mieux connaître la vie du clergé bouddhique dans ce temple, à travers toutes ses couleurs.

Pour les membres du clergé du Monastère Songzanlin, la tenue des rituels religieux en présence des visiteurs est peu à peu devenue une habitude de vie. Aujourd’hui, les moines d’une des sous lamaseries du Monastère Songzanlin organisent même une cérémonie de prières pour un groupe de voyageurs venus de Shanghai. Et c’est à l’extérieur de la sous lamaserie que des moines se réunissent pour dire des prières. Le Monastère Songzanlin compte huit sous-lamasseries, appelées kangcangs. Celle-ci s’appelle xiaozhongdian Kangcang. Pendant la cérémonie, plusieurs jeunes moines attirent notre attention. Et nous sommes curieux de savoir comment ils vivent et grandissent dans ce temple ?

A l’arrière du Monastère Songzanlin, un bâtiment est en construction. Sur le chantier, à notre surprise, nous voyons plusieurs très jeunes moines portant la robe. Ce sont justement ceux qui ont attiré notre attention pendant la cérémonie à xiaozhongdian Kangcang. Apparemment, ils ne sont pas là pour s’amuser. Mais que font-ils sur ce chantier de construction ?

Gezhu Danpi : moine du Monastère Songzanlin

« Ce sont tous mes disciples. »

« Tes disciples sont aussi tes parents ? »

« Ce jeune est de ma famille.»

Le maître de ces petits moines s’appelle Gezhu Danpi. Et le futur propriétaire de la nouvelle maison est un enfant de 11 ans, Jiacan Ganwo. Comme ses cousins, il déborde de curiosité pour la vie. Ensemble, ils s’intéressent particulièrement à notre téléphone portable qui prend des photos. Ils sont apparemment très contents de pouvoir manipuler un tel gadget électronique.

Au Monastère Songzanlin, la maison construite par chaque famille pour celui d’entre elle qui se fait moine est appelée une «salle tranquille ». Pour une famille tibétaine, c’est une pagode bouddhique qu’elle lègue au monde. Et Anweng, naturellement, doit féliciter son voisin qui construit la maison.

Après le travail, Anweng s’est rendu à cette « salle tranquille ». Comme le veut la tradition, il présente ses plus sincères voeux au propriétaire. Ce voeu, pour ceux partageant la même croyance, est très précieux, car ils vivent ensemble dans le temple. Le Monastère Songzanlin est leur foyer commun. 

Pourquoi ce moine doit garder une salle de pratiques bouddhiques pour sa famille ?

« Il faut déposer des oeuvres canoniques et des statues de bouddha »

Quelle est la fin finale d’un moine?

chef-lieu du district Shangri-LaLe district Shangri La est à 5 km seulement du Monastère Songzanlin. C’est une ville touristique émergente. Aujourd’hui, la culture et les modes modernes drainées par l’économie ont pénétré chaque recoin de la ville.

En cette époque de changement, chaque moine doit faire face à l’épreuve. Et pour les plus jeunes, les mineurs, le défi est encore plus difficile à relever.

Zhaxi Peichou : moine du Monastère Songzanlin

Dans les rues animées de Shangri La, on voit souvent des silhouettes de moines. Et bien sûr, les jeunes moines s’intéressent énormément à cette vie moderne. Car si Zhaxi Peichu et son cousin sont évidemment attirés par les oeuvres canoniques au temple, les nouveautés de la ville comblent leur curiosité et guident aussi leurs pas d’enfants. Et tout naturellement, ces jeunes moines adorent également conduire une voiture dans un parc de loisir et de divertissement.

Le temple change tout. Mais, pas le rythme des saisons. A l’approche de l’automne, après deux mois de service au temple, Anweng peut enfin se reposer. C’est justement la saison de la moisson d’automne, il peut donc pendant quelques jours rentrer à la campagne pour aider sa famille aux travaux agricoles.

Pour le clergé bouddhique, la perfection va au-delà de seulement dire des prières et pratiquer la méditation dans un temple. D’innombrables éléments de la vie influencent aussi le développement d’un moine. Pour Anweng, Tudang est encore un enfant. Et il n’est pas vraiment rassuré de le laisser seul au temple. Alors il le garde à ses côtés, et peut ainsi lui enseigner de nouvelles connaissances.

« Il faudra encore quelques jours pour récolter tous les qingke. »

« Il y aura assez de fourrage d’hiver pour les vaches et les moutons ? »

« Nous sommes sur le chemin du retour. Nous serons arrivés dans une heure. »

La famille d’Anweng vit dans un village situé à plus de 30 km de Shangri La La route n’est pas très longue, mais rares sont les jours où Anweng peut rentrer chez lui. Anweng vient d’une ancienne famille de charpentiers. Et c’est donc lui qui est chargé des charpentes dans la maison familiale.

A l’entrée de la maison, Anweng voit sa soeur cadette et son autre neveu qui l’attendent. Dès lors, nous percevons un changement manifeste chez Anwen: la majesté de religieux qui l’anime au temple se transforme peu à peu en un profond sentiment familial. Car pour celui qui se fait moine, le retour dans la famille est sans doute un des plus beaux moments de la vie. 

La meilleure place assise, la plus distinguée, est toujours réservée à Anwen. Cela symbolise son statut suprême dans la famille. En outre, elle peut consacrer une pièce spéciale pour les pratiques bouddhiques de son moine disciple.

« J’ai fait construire chez moi une salle pour les pratiques bouddhiques, où sont déposées des oeuvres canoniques et où l’on peut vénérer le Bodhisattva. Il y a tout ce dont une telle salle a besoin. »

En tant que vieux moine, Anweng sait bien que sa destinée sera de rentrer dans sa famille pour passer ses dernières années dans cette salle de pratiques bouddhiques.

« Maintenant, je suis vieux. Chaque fois je rentre chez moi, j’aime me promener dehors et admirer les alentours. Le paysage du village est magnifique. Et si je monte sur la colline, je dois encore dire des prières. »

Un moine peut ressentir une nostalgie d’une intensité difficile à imaginer. Pourtant, cette mélancolie s’efface quand arrive un groupe de jeunes filles. Elles rentrent des champs et commencent à se prosterner devant Anweng. Chacun tient un rôle différent dans la vie, mais tous ressentent de la joie.

Cette rivière près du village transporte certainement les souvenirs d’enfance de Anweng. Il avait une dizaine d’années seulement quand il a commencé à se faire moine. Mais avant ça, c’est là qu’il faisait paître les boeufs et qu’il venait nager.

« Là où coule une belle rivière, je dois dire des prières auprès du Bodhisttva pour qu’elle s’écoule éternellement. »

L’aminisme est une des conceptions de la nature dans le bouddhisme tibétain.

Le temps de séjour dans la famille est court. En tant que membres du clergé, maîtres et disciples sont voués à passer au temple la plus grande part de leur vie. Pour un moine du bouddhisme tibétain, depuis l’entrée au temple jusqu’à l’acquisition du grade de gexi, le parcours peut prendre 40 ans. Et même s’il n’a pas encore le grade de gexi, et s’il n’est aujourd’hui qu’un vieux moine, Anweng dévoile ce qu’est la vie d’un bouddhiste à travers la force de sa croyance.

 

Rédacteur: Baiyun  Origine:CCTV.com

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