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Cinq jolies filles tibétaines sont en train d’interpréter une nouvelle chanson composée par les habitants de l’ancien village Dukezong, à Shangri-La, pour accueillir des invités particuliers.
Parmi ces hôtes qui arrivent des quatre coins du monde figurent, entre autres, des fonctionnaires, des ambassadeurs, des personnalités de renom culturel, des entrepreneurs… C’est à cause de la tranquillité particulière du lieu qu’ils ont choisi de venir à Shangri-La. Et c’est Mme Carter Maric, épouse de M. Mahori, représentant en chef des Nations unies en Chine, et habitante de Dukezong, qui a envoyé les lettres d’invitation à tous ces invités, les conviant à participer à la rencontre des « Amis de Diqing ». Mais comment l’épouse du représentant en chef de l’ONU a-t-elle pu inviter ces hôtes en tant qu’habitante de Dukezong ? Et qu’est-ce qui attire les amis étrangers vers le plateau où se trouve cet ancien village, alors qu’il leur faudra parcourir un si long trajet pour y parvenir ?
Situé à une altitude de trois mille mètres, Dukezong est un ancien village du district Shangri-La (préfecture de Diqing, province du Yunnan). Sur l’ancienne route du thé et du cheval qui traverse le Yunnan, le Sichuan et le Tibet, c’était un bourg important et un carrefour de voies. Selon la légende, il se trouvait au sein du royaume Shambhala où les lotus à huit feuilles s’épanouissaient.
En septembre 2004, Mme Maric est arrivée à Dukezong pour la première fois, avec son mari. Elle fut profondément séduite par cet ancien village. Dans une lettre adressée à des amis, elle a décrit ainsi ses impressions sur cet endroit sacré : « Nous sommes arrivés dans un nouveau monde, un endroit sacré de l’Antiquité qui possède une beauté naturelle. Mon cœur s’est déjà épris de Shangri-La, cette terre magique ». Mme Maric a donc décidé d’acheter une maison tibétaine dans cet ancien village et c’est ainsi qu’elle est devenue une nouvelle habitante de Dukezong.
Conduit par Mme Maric, le groupe des « Amis de Diqing » parcourt les rues dallées de Dukezong et entre tout naturellement dans son histoire ancienne.
Selon des habitants de l’endroit, chaque dalle de Dukezong est vieille d’un millier d’années. De chaque côté, s’élèvent de vieilles maisons de caractère tibétain ou de style Naxi. Chacune d’elles a sa propre histoire. Aujourd’hui, elles sont devenues maisons de thé, cafétérias ou auberges.
Dans les relais du Yunnan et du Tibet, différentes langues et cultures s’interpénètrent sans difficulté.
Les gens chantent et dansent avec enthousiasme dans la cafétéria Zhenzi. Les hôtes de la maison de lecture Delam goûtent dans l’après-midi des moments de détente. Amy, une Américaine, est en train de décorer la maison tibétaine qu’elle vient de louer dans l’ancien village. Willem, un jeune Anglais, organise une exposition de photographies personnelles. Outre Mme Maric, de nombreuses personnes s’installent ici, venant de diverses régions de Chine et même du monde entier. Pourquoi ces gens ont-ils décidé d’abandonner la vie animée qu’ils menaient dans les villes modernes pour se retirer sur ce plateau, dans cette région montagneuse, et demeurer à Dukezong ?
En 640, les Tibétains commencèrent à construire dans ces montagnes deux châteaux : « la Ville du Soleil » et « la Ville de la Lune ». L’emplacement originel de la première est aujourd’hui occupé par une pagode blanche, tandis que celui de la seconde est le Dukezong actuel. En langue tibétaine, Dukezong signifie le « Château en pierre sous la Lune ».
Un ancien bâtiment, dont l’adresse est 66, rue Beimengjie, se trouve à l’entrée de la vieille ville. Il est vieux de trois cent soixante-dix ans et semble avoir conservé la mémoire de toutes les histoires qui hantent l’ancienne route du thé et du cheval. L’hôte de ce bâtiment, Abu, accueille souvent des touristes en leur servant le thé au beurre, avant de leur raconter l’histoire de cette vieille bâtisse.
Interview du vieillard Apu Je sors ceci pour vous le montrer. C’est un reportage d’un journal du Yunnan. Il y a quatre cents ans, en l’an 7 du règne de l’empereur Chongzhen, soit en 1635, un artisan du Shanxi nommé Jiao, est arrivé dans notre bourg pour construire ce bâtiment. Maintenant, à Sangrila, il y a beaucoup de gens dont le nom de famille est Jiao. Ce sont tous ses descendants.
Dukezong et ses environs se situent à l’intersection d’une région à vocation agricole et d’une autre à vocation pastorale. Depuis mille ans, l’ancienne route du thé et du cheval passe toujours par ici. Les caravanes se regroupaient souvent sur les marchés de Dukezong pour y faire du commerce. En général, chacune d’elles y séjournait pour une durée de vingt jours à un mois. Grâce à ces activités, le petit bourg devenait de plus en plus prospère.
Interview: le vieillard Apu C’est notre auberge. Mes ancêtres en ont ouvert de nombreuses. Et nombre de commerçants tibétains, venant notamment de Mangkam, de Zayul ou de Yanjing, ont séjourné ici. Dans notre vieille ville, deux familles ont récemment ouvert des auberges. Mais nous avons de nombreux autres hôtes. Les patrons de caravanes logent dans ce bâtiment et laissent leurs marchandises au rez-de-chaussée. Ils parquent leurs animaux sur la prairie Yilha, qu’ils appellent appelé «Napahai ».
En quittant le vieux bâtiment d’Abu pour nous promener sur les dalles vertes de la rue, nous imaginons quelle pouvait être l’animation de la scène à l’époque où le commerce se faisait par caravanes. Il nous semble même que nous parviennent encore les cris des marchands et les tintements de clochettes pendues au cou des animaux. Chaque année, quand les fleurs Galsang s’épanouissent, les caravaniers commencent à préparer leur voyage. Ils organisent une course de chevaux pour tester la puissance de leurs montures. Tandis que les hommes sont occupés à leurs préparatifs, femmes, vieillards et enfants vivent à la maison une longue période d’attente. Enfin, quand arrive le jour de l’épreuve, voyons à quoi ressemble cet événement pour les gens du lieu.
Interview : Le’anwangdui, de l’Institut de recherche sur le Tibet Si l’on dit que c’est un jour plein de joie, c’est aussi le jour des séparations. Cette fête est née des nécessités de la vie et de la production. Mais l’ethnie tibétaine sait cultiver l’élégance. Aussi, cette cérémonie d’adieu se déroule-t-elle comme une rencontre amicale, dans une ambiance joyeuse. Tout le monde s’y montre content.
Dukezong est un relais du thé et du cheval, qui relie la région tibétaine à celle des Han. Diverses marchandises s’y échangent, dans un grand méli-mélo de langues, de croyances et de cultures. Héritier d’une vieille tradition de communication culturelle, cet ancien village, bâti sur une terre saine et ouverte, est un endroit paisible et qui attire beaucoup de personnes extérieures, telle Mme Maric, l’étrangère. Cette dernière adore observer le travail des artisans dans leurs ateliers. Elle est fascinée par les beaux fils colorés que dévident les machines et les divers bruits produits par des orfèvres. Une ambiance paisible règne à Dukezong, ce qui est très favorable à la sauvegarde et au développement des technologies traditionnelles, car ces dernières nécessitent un travail minutieux et attentif. Aux yeux de Mme Maric, c’est ici que l’on se sent vraiment dans un monde bien tranquille, très loin de l’agitation urbaine. Axiao, un garçon venu de Panzhihua, a ouvert, au pied du mont Daguishan, près de Dukezong, un relais qu’il a baptisé « Yunnan et Tibet ». Il apprécie non seulement l’ambiance harmonieuse et paisible de l’ancien village, mais encore un mode de vie qui permet d’échanger des opinions avec les touristes venus des quatre coins du monde. Dans sa modeste cour privée, ses invités bavardent et discutent avec esprit et humour. Aujourd’hui, tôt le matin, les éclats de rire des enfants nous attirent vers la maison de lecture Delam, située au centre de Dukezong. Ils viennent ici pour participer à la lecture de poèmes, que leur école et la maison de lecture ont organisée à l’occasion de la Fête des Enfants.
Parole : garçon Le nom de cette histoire est Deux rats courageux Deux rats ont la même taille L’un s’appelle « Oreille ronde » Et l’autre « Queue dorée » Ils ont dit C’est moi qui suis le plus courageux
Tang Yun et Laowang, deux responsables de la maison de lecture Delam, sont venus de Guangzhou. Ils ont abandonné leur travail bien payé et leur vie confortable pour s’installer dans l’ancien village Dukezong.
Interview : Tang Yun, maître de la maison de la lecture Delam Nous avons déplacé ici nos livres préférés et ceux que nous n’avons pas de temps de lire en ville. Parfois, des amis nous viennent dire : pendant une année, je n’ai même pas de temps pour lire un livre. Mais ici, je peux même terminer la lecture d’un livre en une jounrée, car l’ambiance d’ici est tranquillet et favorable à la lecture.
La lumière du soleil, une tasse de café amer et des débats d’idées, tout cela constitue un vrai rêve pour les citadins, mais fait partie de la vie quotidienne du village.
Interview : Wang Feichi, maître de la maison de lecture Delam La paix, la joie que l’on ressent ici, c’est complètement différent de ce que l’on éprouve dans une ville. En ville, on va à la cafétéria. On est heureux de prendre un café, ou du vin avec des amis et de bavarder avec eux. Mais, ici, rien qu’à t’asseoir tout seul dans une cour ensoleillée, tu te sens déjà joyeux. C’est ainsi ! Dans ce vieux village, quand tu communiques avec les autres, quand tu t’assois en leur compagnie, tout le monde éprouve une joie d’une qualité différente.
Nous nous sommes fait beaucoup d’amis parmi les gens d’ici. Ainsi, pour décorer cette maison de lecture, notre ouvrier est venu spécialement de Dali. Beaucoup d’amis tibétains nous ont aidés. Et puis, nous sommes devenus de bons amis. Quand le travail est terminé, nous partageons souvent le thé au beurre et buvons ensemble le vin produit à base d’orge du Tibet.
Parmi les amis de Delam, se trouve une petite fille tibétaine qui s’appelle Lam. Comme son père a aidé à la décoration de Delam, il a lié une grande amitié avec Tang Yun et Laowang. Lam a étudié l’anglais auprès de Tang Yun pendant environ un mois. Sa maison se trouve au milieu de ces champs labourés de couleur rouge. En tant que fille aînée, Lam apporte son aide à ses parents pour les labours et les corvées ménagères. Cependant, elle continue ses études. Lorsque la fillette sort de l’école, ses parents ne l’accablent pas de tâches.
Interview: Mère de Lam: Je demande à ma fille d’apprendre l’anglais, en espérant que cela lui sera utile un jour. Journaliste : Pourquoi l’anglais ? Mère : Parce qu’ici, il y a pas mal d’étrangers. Notamment au printemps, quand les fleurs s’épanouissent, des nombreux voyageurs viennent nous voir. Elle doit donc apprendre l’anglais pour communiquer avec eux.
En tant que nouveaux arrivants, Tang Yun et Laowang se sont tout naturellement intégrés à la vie de Dukezong. La culture folklorique et le mode de vie particulier qui règnent sur l’ancienne route du thé et du cheval, vieille de mille ans, ont été adoptés par de plus en plus de gens venant de l’extérieur. Quant aux habitants de souche, ils se sont habitués depuis longtemps à la nouveauté et au dynamisme apportés à Dukezong par des cultures extérieures.
Interview de Le’awangdui Les étrangers viennent ici pour s’initier à notre culture. Ensuite, ils en parlent dans d’autres régions, et c’est ainsi que toujours davantage de gens veulent connaître notre culture locale. Voilà pourquoi beaucoup d’habitants d’autres régions la connaissent. Nous sommes ici sur une vraie plate-forme d’échanges culturels.
M. Makley, le mari de Mme Maric, est fou du jeu de go tibétain et c’est ici qu’il l’a connu. Par curiosité, il a vivement demandé à assister à une partie. Les « Amis de Diqing » se sont donc rendus dans une maison de thé appelée Nongjuma. Tout en servant le thé Pu’er, Aju, l’hôtesse, leur explique à la suite de quelle initiative cette maison de thé spécialisée dans le jeu de go tibétain s’est ouverte. Née au bord du fleuve Jinshajiang à Shangri-La, cette dame a ressenti comme une mission personnelle le désir de propager les rites du thé en usage dans son pays natal.
Interview : Aju, propriétaire de la maison de thé du jeu de go tibétain Ce jeu, tout comme ma maison de thé elle-même, à son rôle à jouer pour la propagation de la culture ancienne qui régnait sur l’antique route du thé. Le jeu de go tibétain est très lié à la consommation du thé.
En langue tibétaine, ce jeu de go est appelé « Mimang ». Selon des documents historiques, il a déjà derrière lui dans cette région mille trois cents ans d’histoire.
Pour jouer, il suffit d’avoir deux sachets de cailloux : les uns de couleur foncée, les autres de couleur claire, ainsi qu’un échiquier généralement fabriqué en peau de bœuf.
En comparaison avec le jeu de go des Han, celui du Tibet dispose de règles et de caractéristiques particulières. Le plus intéressant, c’est qu’au cours d’une partie il n’est pas nécessaire de retenir son haleine, ni de conserver une attitude respectueuse et rigide. Les deux joueurs peuvent même plaisanter entre eux pour s’encourager eux-mêmes. Voilà pourquoi on entend tant de rires dans la maison de jeu de go tibétain, et pourquoi elle est si animée. Pour les gens du peuple, cette tranquillité, au sein d’une ambiance gaie, est sans doute plus facile à trouver ici qu’en ville.
Amy et Jason ont étudié pendant assez longtemps le jeu de go tibétain et ils continuent de le faire, en allant toujours plus loin, ce qui leur permet de faire progresser leur technique. Peut-être qu’un jour, le jeu de go tibétain se propagera dans le monde entier, à l’imitation du jeu de go moderne, et deviendra un loisir à la mode.
Parmi de nombreux habitants de Shangri-La provenant d’autres régions, j’ai rencontré la fameuse danseuse Yang Liping. Elle est habile à créer des danses en s’inspirant de la culture folklorique. Elle aspire à incarner la culture propre à la terre de Shangri-La par les mouvements de son corps.
Interview : Yang Liping, danseuse La danse d’ici présente un esprit spécial, voire même sacré. Je n’arrive pas bien à me l’expliquer.
Yang Liping est en train de préparer un spectacle de chants et de danses intitulé « Image de Shambhala ». Elle essaie de saisir la quintessence de la danse primitive pratiquée par ici, parmi les montagnes, les lacs et les prairies.
Interview : Yang Liping La danse qui évoque la construction de murets autour des champs évoque une image du labour. C’est de là que cette danse, accompagnée d’instruments à percussion, tire son origine. Car le labourage est monotone et dur, ce qui n’empêche pas les Tibétains de le pratiquer en exprimant leur joie par des chants et des danses.
En tant qu’œuvre double de l’«Image du Yunnan », l’« Image de Shambhala » tourne ses regards vers la région Shangri-La, riche en chants et danses folkloriques. Yang Liping saisit la quintessence de la danse traditionnelle en puisant son inspiration dans les montagnes, les lacs et les prairies de la région.
J’aime la danse et la production d’œuvres dansées. Je me sens capable d’en créer, et je sais donc que je peux bien faire. Cela ne pourra qu’être favorable au développement de la région Shangri-La. Je pense que c’est notre mission de danseurs.
L’ancien village Dukezong est un endroit sacré qui intègre plusieurs cultures ethniques. En tant qu’artiste, Yang Liping profite de son instinct artistique de danseuse pour présenter au monde le meilleur de l’esprit de Shangri-La.
Interview de Le’anwangdui Cet ancien village est un endroit qui semble absorber toutes les cultures.
Cela fait penser à ce qui est dit dans le roman de James Hilton, « Lost Horizon » : le piano moderne, la chasse d’eau dernier modèle et les plus dernières publications du monde sont tous apparus à cet endroit appelé Shangri-La !
Interview : Le’anwangdui Les habitants de cet endroit sont très habiles à profiter des technologies d’avant-garde du monde pour améliorer leur vie et promouvoir le développement local. C’est pourquoi l’on peut affirmer que nous voici dans un endroit en plein essor.
Interview de Qizhala, gouverneur de la préfecture Diqing Dans le monde entier, tu peux entrer en contact avec la culture et le système écologique de cet ancien village. Il est en effet équipé de l’Internet, d’un système de télécommunications moderne, d’un dispositif de prévention contre l’incendie et d’une installation de traitement des déchets. Ici, les éléments modernes se combinent aux éléments traditionnels.
Les tintements des clarines et le tambourinement des pattes sur l’ancienne route du thé appartiennent peut-être au passé, mais de nos jours de nouvelles caravanes arrivent à Dukezong de Shangri-La des quatre coins du pays. Dans le cœur des voyageurs, ce village est devenu comme un relais éternel où peuvent se retrouver les gens d’aujourd’hui, à la recherche d’une vie idéale. En arrivant ici, ils ont une chance d’apprendre la vraie signification de la vie.
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