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Nous sommes sur une terre mystérieuse. On dit qu'il y a cent ans, c'est ici qu'on a découvert "beau Roi des singes" comme dit la légende. Et un siècle plus tard, nous foulons la montagne enneigée pour tourner ce film. Mais pourrons-nous le retrouver?
Voici le mont enneigé du cheval blanc, dans le département autonome Diqing, au Yunnan. Il y a 100 ans, une espèce animale mystérieuse avec un visage aux traits humains, une longue queue, et des poils noirs ou blancs, a été découverte ici. On raconte qu'il s'agissait de l'image incarnée de l'authentique "Beau Roi des singes" de la légende. Mais si c'est n'est pas une légende, alors qu'elle est cet animal étrange ?
Après sept ans de recherches, les scientifiques ont confirmé que celui qu'on appelait le "Beau Roi des singes" était en fait un primate, d'une espèce inconnue jusqu'ici. Ils l'ont baptisé "le singe au nez retroussé du Yunnan".
Mais malheureusement, dans le siècle qui a suivi cette découverte, malgré toutes les recherches de grande envergure, aucun document filmé sur le singe au nez retroussé du Yunnan ne semble exister à ce jour. Nous ignorons presque totalement ses particularités écologiques, ses habitudes de vie. Animal rare et spécifique à la Chine, le singe au nez retroussé du Yunnan est aussi précieux que le Panda géant. Mais, depuis des années, après plusieurs tentatives sur le Mont du cheval blanc, jamais ses traces n'ont été découvertes. De quoi douter de l'existence réelle de ce singe sur le pentes enneigées? On le l'a pas revu depuis plus de cent ans. Pourrait-il avoir disparu, été exterminé?
En réalité, le singe au nez retroussé du Yunnan n'est pas inconnu des ethnies minoritaires locales. Elles l'appellent "le grand singe vert" ou "le singe coloré". Autrefois, ces tribus pauvres le chassaient pour consommer sa viande. Mais, elles ne savaient sans doute pas que ces singes étaient si précieux.
-Tu as dix ans, as-déjà chassé le singe?
-Non.
-As-tu chassé le singe? Dis-moi la vérité...
-Le singe, non.
-Vraiment jamais?
-J'ai entendu les vieillards du village dire que non.
-Mais, autrefois, on chassait les singes?
D'un côté il y a ce que disent les locaux, de l'autre, nous, qui cherchons avec peine les traces de ce singe. Mais comment faire pour trouver ces créatures dans cette grande montagne lointaine et enneigée?
Nous décidons de nous attaquer à la montagne pour continuer les recherches, sous la conduite de guides locaux. Selon leur propre expérience, ils disent que là où nous allons maintenant, il y a certainement des groupes de singes. Leur assurance nous rend perplexe. Pourquoi sont-ils si sûrs d'eux?
Sous une pluie fine, nous pénétrons dans la forêt vierge, cachés du ciel par de gigantesques troncs d'arbres entremêlés. Le sol est rendu glissant par la pluie. Le groupe a dû mal à progresser dans cette boue, et les chutes sont fréquentes. Dans ces conditions, même un chasseur local très expérienté pourrait se perdre ici.
-Il est impossible d'écraser une sangsue avec le pied.
-Impossible. Regardez.
-Regardez comme elle est grosse.
-Ici, il y en a beaucoup.
-Ici, il y en a une. Venez voir!
- Ah, tu m'as fait peur. Quoi encore?
-Non. Rien.
Le plus terrible, c'est de voir ces sangsues partout. Sans qu'on s'en aperçoive, elles vous grimpe sur le corps.
Dans cette immense forêt vierge, la recherche du singe, et même la survie seraient impossibles pour nous sans les guides.
Nous arrivons enfin à destination. C'est un terrain rempli de jeunes pousses de bambous. Notre guide nous a appris qu'à cette saison, ces pousses de bambous constituent la principale nourriture des singes au nez retroussé. Et l'environnement nous laisse penser qu'en effet, des singes pourraient apparaître ici.
Des cris captent soudain toute notre attention. De loin, on voit des silhouettes qui sautent et se dispersent dans la forêt. S'agit-il enfin de ces mystérieux singes au nez retroussé ? Sont-ils vraiment en train en réapparaître sous nos yeux ? Ce qui est plus bizarre, c'est que le groupe est apparu aussi vite qu'il a disparu, en quelques secondes à peine. Sans laisser de trace. Le silence est retombé sur la forêt de bambou. Les singes auraient-ils décelé notre présence? Nous nous divisons en deux groupes pour poursuivre les recherches.
Ces singes n'ont été vus que dans les régions située aux confins du Yunnan et du Tibet. On pense qu'ils vivent toute l'année dans les forêts de conifères des hauts sommet enneigés, à la limite de la neige et de la glace. Il s'agirait ainsi des primates connus vivant dans les régions les plus élevées du monde. Et c'est justement cet environnement et ces conditions difficiles qui rendent notre travail si pénible.
"Nous avons décidé nous-mêmes de nous lancer dans cette aventure, on ne doit pas se plaindre ni regretter, n'est-ce pas? Maintenant, on ne peut plus faire marche arrière. Et même si c'est très difficile, déployons tous nos efforts pour y arriver. Et je pense qu'ainsi, nous aurons la conscience tranquille, même si nous n'atteignons pas notre but. Je n'arrête pas d'y penser depuis deux jours. Je ressens une forte pression sur moi."
Dans la montagne, le climat change constamment. Pendant notre pénible progression, une pluie torrentielle nous empêche d'aller plus loin. Déçus, nous sommes obligés de rebrousser chemin.
Ces conditions pénibles et cet environnement difficile nous feront-ils renoncer? Mais où se cachent ces singes ? Restez avec nous pour la suite "A la recherche des singes au nez retroussé du Yunnan".
Le brouillard s'ajoute à la pluie et recouvre bientôt la montagne. Notre tentative ralentit et stagne un peu plus encore. Et on a perdu toute trace des singes.
Finalement, le ciel se dégage. Nous décidons de continuer immédiatement de gagner en altitude en suivant une trajectoire indiquée par nos guides, la ligne des singes au nez retroussé.
La route est couverte de ronces, la configuration du terrain est dangereuse. Chaque pas est extrêment pénible. Même les locaux peinent pour avancer sur ce terrain accidenté.
A 4.000 mètres d'altitude, nous trouvons une maison de pierre de chasseurs locaux. Nous y prenons une courte pause.
Voici la seule source d'eau à des dizaines de kilomètres à la ronde. Ces deux petites poches d'eau sont la source de vie de notre existence ici. Nous pensons que la présence de la source doit attirer ici les signes, durant leurs déplacements. Peut-être sont-ils près d'ici, et qu'ils n'osent pas s'approcher d'ici à cause de nous.
Pour pouvoir filmer au mieux les singes, nous nous installons dans une petite grottes près de la source. On y construit un abri de tournage, en espérant que cela n'effraie pas les groupes de singes.
Deux semaines se sont passés. Les singes ne sont jamais apparus. Et nous sommes à cours de vivres. Dans ces conditions très pénibles, chaque journée d'attente est une véritable souffrance.
Et il nous est bientôt impossible de rester ici pour attendre le singe. Si les animaux ne se montrent pas, nous serons tout simplement bredouilles, les mains vides. Et nous doutons même de l'efficacité de cette méthode d'embuscade pour voir les singes au nez retroussé du Yunnan.
C'est au moment de prendre la décision d'abandonner le tournage que le groupe des singes est apparu. Une délivrance. Nous décidons sur le champ de ne pas rater l'occasion d'enfin les filmer. Et enfin, nous avons pu capturer l'image de ces singes au nez retroussé du Yunnan si rarement aperçus.
Le singe au nez retroussé du Yunnan est considéré comme le plus beau et le plus noble de tous les singes. Il a de grands yeux, un nez un peu haut, et il a un air aimable et drôle. Sa grande bouche attire plus le regard. Les deux lèvres sont très épaisses, rouges, comme s'il portait du rouge à lèvres brillant.
Un singe mâle adulte peut peser plus de 30 kg, soit le double de la femelle. Ils marchent en se dandinant. De loin, leurs fesses blanches font penser à un tablier blanc attaché sur les reins. Vraiment, ils ont l'air très pacifique.
En général, une famille de singes au nez retroussé du Yunnan se compose d'un mâle et de trois à cinq femelles, et de plusieurs jeunes. Cette cellule fonctionne sur un modèle de société matriarcale. Le mâle n'est qu'un hôte de passage dans la famille. Ainsi, seul un singe mâle dominant peut se reproduire avec les femelles.
"A ce moment là, la végétation était vraiment verdoyante. Les forêts était vraiment exubérantes. Les locaux nous avaient dit qu'il y avait des singes au nez retroussé du Yunnan. Mais, je n'y croyais pas. Et c'est seulement depuis que je les ai vus que je les aime beaucoup."
Nous avons finalement trouvé un groupe de singes, mais notre caméra cachée près de la source n'a pas encore pu saisir le moment tant attendu, quand les singes viendront boire. Il nous attendre ....encore...
On dirait que quelques singes juchés dans les arbres et regardant de droite à gauche veulent venir boire de l'eau. Mais jamais nous n'aurions imaginé qu'il apparaîtrait immédiatement autant de singes. Et qu'ils s'approcheraient si vite du point d'eau.
Bientôt, ce sont plus de 400 singes qui sont là. Nous sommes tous stupéfiés devant cette scène inimaginable. Même les guides locaux n'en ont jamais vu autant. Et en cet instant précis, on n'entend plus que les cris des singes résonner dans la montagne.
Grâce au renforcement du travail de protection des singes au nez retroussé du Yunnan, le nombre d'animaux a augmenté dans la Réserve naturelle du Mont du cheval blanc. Une centaine de singes recensés au début, et plus de 600 aujourd'hui. Cette fois, on estime qu'il y en plus de 400 venus ici pour boire de l'eau. On dirait presque une sortie collective. Une chance inouïe pour notre équipe de tournage.
Le nombre important de singes au nez retroussé du Yunnan se traduit par une structure sociale très particulière. En général, chez les animaux vivant en groupes, les relations de domination sont très marquées. Mais, à notre grand étonnement, nous avons découvert que c'est moins évident chez ces primates. Les singes au nez retroussé du Yunnan ont l'air d'évoluer dans un habitat très vaste. Et que chaque singe mâle prend la responsabilité de protéger sa famille.
Au début, nous croyons qu'en raison de cette source d'eau, les groupes de singes pourraient vivre aux alentours. D'où notre surprise quand nous les voyons tous s'en aller vers la montagne après avoir bu. Où vont-ils?
Pourquoi une telle déception pour notre équipe? Pourquoi les singes sont-ils partis ainsi alors que les autres espèces de primates ne le font jamais? Suivons tout de suite "A la recherche des singes au nez retroussé du Yunnan".
Nous parvenons à suivre de très près les singes, et nous essayons de nous approcher. Nous nous sommes rendus compte que cette fuite générale des singes était motivée par la recherche de nourriture. L'usnée constitue la principale source alimentation de ces singes. Ce lichen particulier comporte des fibres à faible teneur en albumine. Ces usnées poussent très lentement, il leur faut 10 à 20 ans pour se renouveller. C'est pourquoi les singes au nez retroussé du Yunnan sont comme un peuple nomade qui se déplace de plusieurs kilomètres pour trouver sa nourriture. C'est un phénomène très rare chez les primates.
Après avoir passé la crête, nous arriverons à un bois de bambous. Les groupes de singes ont fait ce long trajet pour retourner dans le bois de bambous et manger les pousses.
Pour s'approcher des groupes de singes et les filmer à leur traversée de la crête, nous construisons un autre abri de tournage embusqué.
Nous faisons de notre mieux pour installer l'abri et alors que tout est prêt, on dirait que les groupes de singes se jouent de nous. Aujourd'hui, ils ne descendent pas des arbres pour passer la crête. Et ils contournent notre abri de tournage camouflé et partent en sautant par la cîme des arbres. Notre tentative préparée avec soin est encore une défaite.
Wei Xing
"Ca ne vas pas. Ils n'avancent absolument pas dans cette direction. Ils sont sur les arbres en face. Ils sont partis en sautant par les branches. J'entends un ou deux cris, et des bruits de bambous. Je pense que ces bruits viennent de ce singe, là en bas. Il ne vient pas vers nous.
-Est-ce que notre abri n'est pas assez caché?
-Les singes l'ont découvert.
-Vraiment ?
-Oui.
-Mais, je n'ai jamais bougé! Encore un échec!"
Wei Xing
"Hier soir, je vous ai déjà dit que pour avoir une séquence complète, il doit y avoir quelque choses dedans, non? Si nous pouvons filmer un singe mâle en train de manger, avec une femelle à côté de lui. Il a pelé l'écorcé d'une pousse de bambou, et l'a donnée à la femelle. Ca c'est une séquence réussie."
Nous retournons dans le bois de bambous pour attendre les singes. De loin, nous avons entendu des cris provenant d'un groupe. Ce qui nous a ravis et rassurés. Il semble qu'après cette longue poursuite et ce tournage, un sentiment profond et une entente mutuelle sont nés entre les singes et nous. Et grâce à cette complicité, les singes s'amusent maintenant avec audace devant notre caméra.
Le 1er septembre 1998, l'Etat chinois a instauré l'interdiction d'abattre des forêts naturelles. La forêt vierge, où vivent les singes au nez retroussé du Yunnan, est protégée par cette interdiction d'abattage. Mais, face à l'accroissement de la population, et des besoins en bois qui augmentent de jour en jour, les vastes espaces d'habitat des singes au nez retroussé du Yunnan se sont peu à peu réduits.
Aujourd'hui encore, beaucoup de mystères restent à percer sur ces singes au nez retroussé. Combien de temps vivent-ils? Quelle est leur caractère? Mais nous n'avons malheureusement pas assez de temps pour répondre à ces questions.
Alors pour aller plus loin dans notre quête, nous décidons de revenir tourner dans cette montagne, sur les traces des singes au nez retroussé du Yunnan. Les villageois nous y ont partout accueillis avec enthousiame.
Accompagnés par les chants émouvants des jeunes filles, il nous a presque semblé voir nos amis les singes des montagnes enneigées nous saluer de leur main.
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