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Il faut une heure en voiture pour aller de Jiuhua Jie à la montagne postérieure un peu excentrique. Nous allons chercher les traces d’un moine portant le nom de Daxing.
Par rapport à la montagne antérieure où siègent beaucoup de temples, l’activité religieuse dans la montagne postérieure a été beaucoup moins intense dans le passé. Cependant, depuis l’émergence du bodhisattva Daxing dont le corps a été automomifié, les pèlerins se font de plus en plus nombreux.
Nous sommes maintenant dans la salle qui abrite la momie de Daxing. Le moine dont le corps a été automomifié il y a vingt ans fait l’objet du culte des villageois. Mais de son vivant, son cas a été tout à fait différent.
Shichengzhou : Moine du monastère de Shuangxi
On ne le ménageait pas du tout et le prenait pour un idiot.
Sun Xuantong : Villageois
Oui, dans le village on le méprisait et le considérait comme un sot.
Zhou Degang :
Il était salement vêtu et divagait de temps à autre. C’était comme ça tous les jours.
Selon des villageois, un jour, voyant une vieille femme chargée péniblement d’une palanchée de bois, Daxing est intervenu pour l’aider. Chemin faisant, il clamait haut et fort qu’il était le fils de la vieille dame. Si quelqu’un était tombé malade, à l’insu de tout le monde, il allait cueillir des herbes médicinales et préparait la tisane pour le soigner. Quand ce dernier voulait le payer en signe de remerciements, au lieu d’accepter de l’argent, il l’abreuvait des injures comme si on lui avait causé tort. Dans le village, on le voyait toujours en haillons crasseux et souuillés, allait et venait à longueur de journée. En un mot, il faisait penser au maître Jigong, le bonze magicien et héros légendaire de nombreux contes populaires.
Toutefois, dans la mémoire des jeunes, le moine Daxing était abordable et adorable. Il aimait les enfants et s’amusait souvent avec eux.
Zhou Degang : Villageois
Quand on est petit, on fait souvent de mauvais coups. Un jour, en volant des fruits j’ai été surpris par lui. C’était un moine de grande taille qui mesurait 1,8 m. Au lieu de me gronder, il a cueilli plusieurs fruits pour moi en me recommandant de ne jamais voler les choses d’autrui.
Zhou Degang est aujourd’hui le père d’un garçon de six ans. Il gagne sa vie en vendant des bâtonnet d’encens. Sa femme et lui même croient fermement les pouvoirs surnaturels du bonze Daxing. Si leur fils souffrait d’un mal quelconque, ils invoqueraient son secours en brûlant de l’ensens devant la tablette du bodhisattva Daxing, car celui-ci avait sauvé dans le passé beaucoup d’enfants y compris Zhou Degang avec des plantes médicinales. Zhou est persuadé que le bonze Daxin ne les décevra jamais.
Voici une paire de sandales de paille laissée par le bonze Daxing. Ces sandales sont au moins de la pointure de 45. En voyant ces chaussures on ne peut s’empêcher de s’interroger comment était-il ce moine de grande taille ?
Le bonze Daxing est originaire de Taihu, province de l’Anhui. Il a été enrôlé dans l’armée d’un seigneur de la guerre quand il était jeune. Il a déserté par la suite et s’est fait moine au mont Jiuhua. Au monastère, Daxing était chargé de porter de l’eau et des céréales. Il trimait de l’aube au crépuscule sans jamais grogner. Quelques temps plus tard, il était venu au monastère de Shuangxi pour garder des boeufs à la montange postérieure. Il disait très souvent ceci : « Les hommes de bien seront comblés de bonheur et les malfaiteurs récolteront des fruits de leurs agissements méprisables ».
Zhou Degang : Villageois
Il disait à tout bout de champ que les hommes de bien seront récompensés par leurs services méritoires et les éléments mauvais subiront des conséquences de leurs actes répréhensibles. De plus, Il disait souvent que tous les êtres humains du monde sont ses fils ou petits-fils. A l’époque, on trouvait que c’étaient vraiment des propos extravagants.
Près de la Salle dédiée au bodhisattva Daxing, on trouve trois gros caractères de « vacuité » gravés dans le rocher en style régulier, cursif et scribe. Que signifie alors dans le bouddhisme ce terme de « vacuité » ou de « vide » dont parlait Daxing à tout bout de champ de son vivant ?
Le maître Chengzhou est le moine qui s’occupe actuellement de la Salle du corps momifié de Daxing. Il n’était pas encore entré en religion lorsque Daxing vivait dans notre monde. En exerçant le métier de vannier, le maître Chengzhou parcourait un peu partout dans la région. Un jour, il a rencontré sur un chemin de montagne le bonze Daxing qui parlait tout seul. Par la curiosité, Chengzhou lui a demandé pourquoi il murmurait sans arrêt le mot de « vacuité ». Daxing lui a ainsi répondu : « On fait l’éloge de moi ou on m’accable d’injures, on m’apprécie positivement ou négativement, tout sera réduit à néant et deviendra nul en un clin d’oeil ».
Vers la fin des années 70 du 20ème siècle, un incendie est survenu un jour dans le monastère de Shuangxi. Le comportement de Daxing dans cette catastrophe a été on ne peut plus inattendu. Au lieu de participer à combattre l’incendie, il regardait les bras croisés. A cette époque, le monastère de Shuangxi avait été déjà réduit à un état déplorable au bout de dix ans de troubles de la Révolution culturelle. Faute de moyens nécessaires, les villageois préféraient le rafistoler pour s’en accomander.
Face à cet incendie dévastateur, le bonze Daxing a empêché les villageois d’éteindre le feu et criait haut et fort : « Le nouveau ne viendra jamais sans que le vieux s’en aille ».
Cet accident malencontreux a pris néanmoins une bonne tournure. Les autorités concernées ont alloué après l’incendie d’importants fonds de réfection. Le monastère a été remis en état et sa dimension a été triplée par rapport au passé. Les villageois, voyant leur monastère restauré et devenu plus imposant, s’en réjouissaient et se souvenaient des propos que Daxing avait tenus durant l’incendie.
Daxing est décédé le 6 avril 1985 à l’âge de 91 ans. C’est dans cette chambre qu’il a quitté le monde des humains sans douleur aucune. Avant de mourir, il a prononcé trois fois le nom du bouddha tout en riant.
Après l’Illumination suprême de Daxing, conformément à l’usage bouddhique, le monastère aurait dû incinérer son corps au septième jour de sa disparition. La population locale, très sensible à ses mérites, a cependant fermement demandé la conservation de sa dépouille. On l’a placée alors dans une grande jarre en poterie et mis celle-ci en dehors du mur d’enceinte de derrière. Qulequ’un dont on ignore jusqu’ici le nom a établi un hangar de paille pour l’abriter du vent et de la pluie.
Chose insolite. On remarquait avec étonnement que les boeufs qui broutaient un peu partout dans le village, ne s’approchaient jamais du hangar, encore moins de se gratter leur corps contre la jarre quand ils étaient pris de démangeaisons
Après trois ans six mois, un miracle s’est produit. En déscellant la grande jarre, on a constaté que le kasâya (tunique) de Daxing avait été réduit en poudre noire, la ficelle de son chapelet décomposée, et les perles étaient dispersées ça et là dans la jarre.
Cependant, le corps de Daxing a été momifié, et même de longs ongles ont poussé sur ses doigts.
La pomme d’Adam du bonze demeure aussi discernable. Les yeux fermés, le défunt gardait un air serein comme s’il était toujours en méditation.
Sun Xuantong est tenancier d’une boutique d’encens. C’est un homme sympathique. Il reçoit souvent chez lui des pèlerins qui font halte en allant au mont Jiuhua. Chez lui, il leur offre du thé sans jamais demander de l’argent. Sun nous a confié que dans une songerie Daxing, lui avait recommandé d’ouvrir cette boutique d’encens.
Sun Xuantong : Villageois
C’est grâce à la protection de Daxing que mon commerce est florissant. Les bonnes oeuvres seront récompensées. Je n’ai pas d’autre prétention, car dans la vie d’un homme, la sûreté et la bonne santé sont les plus importantes.
Daxing est un moine simple et n’a jamais mené une vie anachorète toute particulière. Pourquoi son corps a-t-il été automomifié et lui même fait l’objet d’un culte si vivant ? Nous sommes en proie à de profondes réflexions de retour de la montange de derrière.
Shi Huiguang : Bonze
Il faut se priver au moins de la cupidité et freiner toutes les passions. C’est avec moins de désirs qu’on parvient à un degré spirituel supérieur.
Des pas lourds se faisaient toujours entendre il y a longtemps sur les chemins menant au mont Jiuhua.
Wan Jiaxiang
Il a de très grands yeux forts brillants.
Devant lui, nous sentons une lumière pénétrante. On a un peu peur de lui, mais on a cependant l’envie de l’aborder.
Voici le moine qui porte le prénom de la Loi Ciming. Il mesurait 1,87 m de haut. De son vivant, il aimant les arts martiaux et maniait souvent du gourdin. Il a appris l’art martial au monastère de Shaolin. Il était très robuste quand il était jeune. Lors des travaux hydraulique au Jiangsu, son pays natal, il pouvait porter à la palanche 400 kg de terre, d’où son sobriquet « 400 kg ». Une autre histoire sur Ciming raconte qu’un jour, tous les autres moines allaient manger dans la cantine du monastère, tandis qu’ il restait tout seul auprès d’une tripode de brûle-parfum, affirmant que son repas était contenu dans les cendres de l’encens. Ses copins prenaient ses paroles comme un badinage innocent. D’une minute à l’autre, Ciming a tiré une gamelle bien chauffée des cendres d’encens.
Nous sommes au kiosque de cloche du Pic de Motian ( Pic qui touche les étoiles). En 1981, Ciming y est venu sonner la cloche de son propre gré. Selon des ouvrages canoniques, dans l’au-delà règne en permanence des ténèbres. Chaque coup de cloche qu’on frappe dans notre monde y fait pénétrer un jet de lumière comme illumine une éclaircie, permettant aux manes des défunts d’apaiser momentanément des souffrances dans le royaume infernal. La divinité présidant aux tourments infligés aux damnés est le bodhisattva Ksitigarbha (Gardien de la Terre). Celui-ci a fait le serment de secourir les êtres humains et de les conduire sans faute au paradis bouddhique. Il s’est refusé de devenir bouddha et poursuivra son oeuvre de salut tant que les enfers ne seront devenus vides.
Shidaohua : sonneur de cloche du kiosque Youming
Dans une incantation bouddhique il est dit notamment ceci :
En écoutant sonner la cloche,
le chagrin disparaît,
la sagesse s’accroit et la conscience s’élève.
On quitterait les enfers en s’affranchirant des souffrances
Les coups de la cloche assurent le passage des manes dans le paradis bouddhique.
Cette formule magique vise à rappeler l’espèce humaine qu’elle doit être fermement attachée au bouddha. Elle vise aussi à ouvrir la porte du monde télèbre permettant aux âmes de transmigrer vers des sphères supérieures. On ignore aujourd’hui les motifs pour lequels Ciming assumait tout seul la tâche de sonner la cloche qui nécessite normalement deux personnes travaillant à tour de rôle pendant 24 heures. Au cours des trois ans d’affilée, Ciming a sonné la cloche qui résonnait alors jour et nuit dans le mont Jiuhua.
Wan Jiaxiang
Je me rappelle bien quand on se lèvait dans la nuit pour des besoins naturels, on entendait toujours le tintement de la cloche à intervalle régulière. Ceci témoigne que le sonneur ne dormait pas pendant toute la nuit. C’est extrêmement difficile d’assurer quotidiennement une telle besogne. Pour le bouddhisme, c’est une bonne action bien méritoire. S’il avait agi de cette manière pendant quelques jours, ce serait moins dur. Cependant, il a persisté pendant plusieurs années aussi bien dans la journée que dans la nuit.
L’actuel sonneur est le maître Shidaohua. Il a conféré aujourd’hui un nouveau sens aux coups de cloche qui, selon lui, annoncent la chance. Le maître Shidaohua reçoit souvent des coups de fil que lui adressent des croyants d’autres régions, voir d’outre-mer.
Shidaohua : Sonneur de cloche
C’est le kiosque de cloche Youming. Je vous écoute.
Sans problème. Vous écoutez bien, je vais sonner pour vous.
Le maître Shidaohua nous a raconté une histoire. En navigation en mer, un bateau singapourien a été assailli d’une tempête. Le capitaine lui a téléphoné, souhaitant que le tintement de cloche leur apporte la veine. Le lendemain, le capitaine l’a rappelé, l’informant que tout s’était bien déroulé et qu’aucun accident n’a eu lieu.
Nous sommes devant la Porte céléeste d’un temple aux pieds du mont Jiuhua. C’est ici que le bonze Ciming a passé ses derniers jours. D’un âge très avancé, il ne pouvait plus sonner la cloche, et il assumait les fonctions d’abbé de ce temple. Il menait une vie très simple pendant ses vieux jours. Toutefois, il a alloué 10 000 yuans qu’il a économisés pour la remise en état du temple. Le 11 janvier 1991, Ciming est parvenu à l’Illumination suprême. La grande jarre dans laquelle avait été placé son corps a été déposé sous ce mur en plein air. Il y a deux détails qui ont suscité notre attention. Premièrement, comme Daxing et Mingjing, le bonze Ciming a aussi exprimé devant sa disparition le voeu de conserver la dépouille. Savait-il depuis longtemps qu’elle pourrait être un jour automomifiée ? Deuxièmement, ils sont décédés fin d’automne et début d’hiver. C’est une saison sèche et il pleut rarement dans la région du mont Jiuhua. Le climat a-t-il beaucoup favorisé la conservation de la dépouille ?
Voici le monastère de Dizang dédié spécialement au bodhisattva Ksitigarbha. Dans un coin de la grande salle on trouve une petite niche en bois dans laquelle est déposé la momie du bonze Ciming. Trois ans après son Illumination suprême, on a déscellé la jarre et remarqué qu’il était toujours assis en tailleur. Ses cheveux, ses sourcils et sa barbe n’étaient pas détachés, et tout le corps restait en état intact comm un homme qui vient de mourir. Nous ignorons la raison pour laquelle on n’a pas construit un pavillon spécial dédié à Ciming. Ceci s’explique peut-être par la volonté personnelle du sonneur qui veut accompagner en permanance le bodhisattva Dizang.
Nous allons visiter le monastère de Tonghui du mont Jiuhua. C’est l’unique corps momifié d’une Bhiksuni (bonzesse bouddhique). Celle-ci connue plutôt sous son prénom de la Loi de Renyi a été de son vivant l’abbé du monastère. Ce qui suscite notre vif intérêt ce n’est pas la momie, mais sa vie légendaire. La nonne a un nom laïque de Jiang Suming. Elle est née en 1911 dans une grande famille aisée du Nord-Est de la Chine. Ses parents espéraient qu’elle deviendrait un jour une demoiselle douce, bien instruite et hautement éminente. Mais sous l’effet d’une heureuse prédestination, sa vie au siècle a été mêlée à la vie conventuelle. Lorsqu’elle était très jeune, elle allait fréquemment au temple pour écouter l’enseignement du bouddhisme et faisait des largesses au temple en distribuant des grains aux moines. En 1940, elle a renoncé au monde pour entrer officiellement en religion. Elle s’est défroquée en 1944, année où la Chine a récupéré la région du Nord-Est occupée par le Japon. Après être retournée dans le monde profane, elle est entrée à l’Institut de Médecine traditionnelle de Shenyang pour apprendre la médecine en général et l’accupuncture en particulier. En 1950, la guerre de Corée a éclaté. Elle s’est enrôlée dans l’Armée des Volontaires du Peuple chinois en qualité de médecin. Durant trois ans passés en Corée, elle a sauvé de nombreux combattants blessée.
Sishang : Nonne et abbé du monastère de Tonghui
Elle a assidûment travaillé et s’est distinguée par son comportement pendant trois ans en Corée.
Comme elle avait des pieds bandés, elle n’avait pas suffisamment de force pour porter au dos le blessé. Elle a trouvé alors une solution en attachant le blessé sur son corps avec une ceinture et rampait à plat ventre.
Sur le champ de bataille où pleuvaient les balles, elle secourait les blessés sans se soucier du danger qu’elle encourait. Une fois, en faisant le pansement pour un jeune soldat, des avions ennemis venaient bombarder. Pour protéger le jeune soldat, elle l’a couvert de son propre corps et s’est vue perforer le poignet par une balle de mitrailleuse. Sur le poignet de son corps momifié, on peut toujours discerner la cicatrice causée par la balle.
Voici le minuscule ermitage qu’elle a habité dans le passé. La bonzesse Renyi était originaire du Nord-Est et s’habituait mal au climat froid et humide du Sud pendant l’hiver. Elle a fait construire alors un lit en briques à chauffage intérieur.
Elle est entrée de nouveau en religion au début des années 80 du siècle dernier et s’est établie finalement au monastère de Tonghui du mont Jiuhua après des vicissitudes. La nonne a ouvert peu de temps après son arrivée un dispensaire d’accupuncture. Elle soignait notamment des maladies d’estomac, de rhumatisme et de gynécologie. Cette enseigne engageante était autrefois suspendue au-dessus de l’ancienne porte du monastère de Tonghui. Ce sont des instruments d’accupuncture dont se servait la nonne. Comme l’accupuncture était sa spécialité et grâce à des dizaines d’années d’expérences thérapeutiques, sa compétence professionnelle était proverbiale. De nombreuse personnes lui sont reconnaissantes même aujourd’hui pour les soins efficaces qu’elle leur avait prodigués.
La bonzesse Sishang
Ayant eu vent de sa compétence, y affluaient de nombreux patients. Ils venaient plutôt de la campagne et certains étaient très pauvres. Renyi les recevait toujours avec hospitalité. C’était presque un traitement gratuit car pour les malades en difficulté financière, elle les dispensait de tout frais médicaux. En temps de pluie, elle leur donnait même des vêtements pour résister au froid.
La nonne Renyi aimait beaucoup la propreté. Elle a mis devant la porte une cuvette. Toute personne, avant d’entrer dans la chambre, était priée de se laver les mains. Toutefois, elle a enfreint un jour cette règle définie par elle-même. Ce jour-là, une femme campagnarde tombée dans le coma a été envoyée à son dispensaire. Elle avait perdu soudainement la connaissance lorqu’elle repiquait le riz dans les champs. La nonne Renyi a mis sans tarder la malade sur le lit en briques pour la secourir d’urgence. Les deux jambes de la malade étaient maculées de boue, qui a souillé le matelas et la couverture. Une disciple de la nonne qui s’occupait aussi de la malde en était mécontente et bredonnait la-dessus. La nonne Renyi, très adorable ordinairement, s’est emballée. Elle a frappé fortement le sol de sa canne en signe de mécontentement de sa disciple. Elle l’a admonestéee laissant entendre qu’elle ferait elle-même la lessive sans avoir besoin de l’aide de la jeune nonne.
Du miracle de l’automomification du corps certains déduisent que ce phénomène est dû au régime alimentaire végétarien des moines, qui a modifié le tissu musculaire. La nonne Renyi suivait non seulement un régime végétarien mais aussi se privait de tout sel. C’est vraiment queleque chose impensable pour les autres. Avant de décéder, elle a cessé de prendre le repas et pratiquait un jeûne absolu en prenant seulement quelques tasses d’eau. Malgré cela, elle gardait toujours un esprit lucide durant ses derniers jours et ne sentait qu’une défaillance physique. Elle poursuivait toutefois la médiation sans pour autant. Ses disciples croyaient qu’elle était tombée malade. Elle les consolait disant qu’il ne fallait pas s’inquiéter pour elle.
La bonzesse Sishang
Nous avons fait venir un médecin qui l’a diagnostiquée. Après l’avoir auscultée à l’avant comme à l’arrière, le médecin a conclu que la nonne n’était pas malade et qu’elle n’a connu aucun changement pathologique. Et d’ajouter qu’il a entendu par intermédiaire du stéthoscope un bruit tout particulier dans ses organes internes qu’il n’avait jamais connu durant sa carrière. J’ai demandé au médecin s’il pouvait le qualifier en le comparant avec un bruit de ce monde. Le médecin m’a dit qu’il s’agissait d’un bruit fort délicat, impossible de qualifier.
Quel est ce son en effet ? Est-il un appel venant d’un autre monde comme ce qu’ont conjecturé certains ? Trois ans après, ayant déscellé la grande jarre, on a constaté avec ébahissement que la dépouille demeurait intacte et toutes les caractéristiques du sexe féminin de la nonne avaient complètement disparu. Chose encore plus surprenante, la position de ses deux mains qu’on avait placées l’une sur l’autre devant les genoux a changé. Sa main droite se lève comme si elle manie l’aiguille d’accupuncture. C’est justement la posture qu’elle prenait pendant des dizaines d’années pour soigner les malades en leur appliquant l’aiguille d’accupuncture.
Shihuiguang
Ils sont tous des gens ordinaires dans la vie réelle. Ils sont vénérés pourtant à cause des services rendus aux autres. Leurs mérites karmiques constituent une source d’inspiration et aussi une richesse spirituelle pour nous tous.
Dans le bouddhisme Mahayana, par le bodhisattva on désigne des «êtres éveillés », qui renoncent volontairement à jouir du nirvana parfait tant que les autres êtres ne sont pas sauvés. Ils ne sont nullement des sculptures en bois érigées dans le monastère, mais des éminents, prêts à partager la souffrance des autres et à escalader incessamment sur les marches de la vie humaine.
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