Le Mont Jiuhua Ⅴ - Le temple Qiyuan 
cctv.com 07-01-05 20:30 

Nous sommes ici au mont Jiuhua, situé dans le sud de l’Anhui. Il s’agit de l’une des quatre montagnes bouddhiques chinoises, ainsi qu’un lieu réservé aux rites bouddhistes célébrant le bouddhisatva Ksitigarbha.

Une fois entrés dans le royaume bouddhique des fleurs de lotus, nous remarquons que les constructions du temple sont presque identiques aux habitations de la province de l’Anhui du Sud ; seules les couleurs distinguent le temple, couvert de bonzesses, des maisons.

Les différents éléments du temple possèdent les mêmes caractéristiques architecturales des édifices Hui, comme les les tuiles noires, la cour à ciel ouvert, les murs ornés de statues à tête de cheval, ou encore les sculptures de bois.

Feng Jianhui, directeur de l’institut de gestion du patrimoine culturel du mont Jiuhua et directeur du Musée du patrimoine historique du mont de Jiuhuashan, connaît par cœur le relief de la région et le temple de Huacheng.

« Les édifices locaux sont du plus pur style Hui. Regardez cette fenêtre, elle appelle ça une « Lanchuan ». On la trouve en général dans les constructions de grande dimension. Pour avoir plus de lumière, on a doté le temple de grandes fenêtres. Dessus, sont disposées des planches de Jun et de Yao sur lesquelles on trouve les « Lanchuan ». Une autre caractéristique de ce style, c’est la disposition d’une cour à ciel ouvert. Dans l’architecture Hui, un principe dit « quatre gouttes d’eau tombent dans la cour ». Quatre gouttes d’eau signifient que la pluie tombant sur les toitures superposées atteint la cour et sera conservée dans la maison. La cour contribue à aérer la maison et à augmenter la luminosité. Le temple local a combiné la pensée taoïste et le style architectural des Hui.

Outre les murs peints en blanc et les tuiles noires, une autre particularité propre à ces édifices est que les hauts murs sont coiffés d’une statue à tête de cheval. Ils servent, en fait, à protéger la maison contre les incendies, car lorsque la maison voisine est en feu, ces murs font offices de coupe-feu.

Le temple Qiyuan, construit sous la dynastie des Ming, compte 130 pièces. Il est le temple Conglin le plus complet et le plus important du Mont Jiuhua.

Pour les bouddhistes, « Conglin » signifie précisément « Les dix parties de Conglin », l’ensemble étant composé de quatre directions, huit angles, plus le ciel et la terre. « Conglin » veut dire ici que le nombre de moines doit être égal à celui des arbres dans une forêt.

Pour un temple d’une envergure aussi importante, il est assez surprenant de voir que son entrée n’est qu’une petite porte de travers.

Mais quelle est donc la raison de cette étrangeté ?

A l’extérieur de la porte du temple de Qiyuan située au nord-est de la rue de Jiuhua, nous avons remarqué que comme beaucoup d’autres temples, la porte d’entrée est de travers. Encore une chose curieuse, ces portes sont orientées dans différentes directions.

La porte du temple de Qiyuan est orientée vers le sud-ouest, tandis que celles des temples situés à l’est et au sud de la rue de Jiuhua sont orientées vers l’ouest et le nord. Comment expliquer ce phénomène ?

Après avoir pénétré dans l’enceinte du temple de Qiyuan par la porte de travers et traversé la salle du roi céleste, nous sommes supris de ne pas trouver la salle de la majesté ; il faut continuer à escalader. Alors que nous pensions qu’il nous fallait encore marcher longtemps, tout à coup, cette salle apparait, comme surgissant de nulle part.

Ceux qui connaîssent le style architectural bouddhique savent qu’une bonne dizaine d’éléments comme la porte, la salle du roi céleste, la salle de la grande majestée, le salon et le pavillon où sont conservés les canons bouddhiques ne sont pas disposés symétriquement autour d’un axe central comme les autres constructions chinoises traditionnelles.

Sur le plan de la structure architecturale, la disposition du plan d’ensemble des constructions chinoises est en général symétrique. En outre, la conception usuelle est basée sur un axe vertical, l’axe horizontal est quant à lui secondaire. Les édifices dans les temples sont donc en principe construits sur l’axe vertical. Les batiments importants se trouvent de part et d’autre de l’axe nord-sud, tandis que les dépendances se trouvent à l’est et à l’ouest de l’axe.

Voici le célèbre musée du Palais impérial dont le style architectural est typiquement symétrique. Ce mode de construction plusieurs fois millénaire en Chine ne se reflète cependant pas du tout dans le temple de Qiyuan. Pourquoi les anciens ont-ils construit ce temple de manière si différente ? Quelles étaient leurs motivations ?

Si le temple de Qiyuan n’a pas été fait dans un style architectural symétrique, c’est en réalité à cause de la configuration de la montagne. Du fait que la salle de la grande majesté est l’édifice le plus important dans le bouddhisme, les anciens avaient décidé qu’il fallait la construire sur une terrasse adossée à la montagne. On entre par la porte de travers, traverse la salle du roi céleste et arrive dans la salle de la grande majestée après avoir escaladé un pan de montagne. Ce cheminement a été mis au point pour comparer le trajet avec l’élévation spirituelle des moines.

Fei Yéchao, professeur invité de l’Institut du bouddhisme de Jiuhua, a son propre point de vue sur le mode de construction du temple de Qiyuan.

« Sur le plan architectural, la salle de la grande majestée est le point central de notre temple. Elle est entourée par tous les autres édifices tels que celui destiné à la contemplation, les salles de classe, etc. Il s’agit d’un style architectural propre au temple de Qiyuan. »

Le mont Jiuhua, principalement constitué de granit, possède une configuration très complexe. Les flancs constructibles sont rares, et les maisons sont toutes adossées à la montagne. Le temple est ainsi accroché à la falaise.

Le palais centenaire construit sous les Ming est l’un des quatre plus importants temples du Mont Jiuhua comme celui de Qiyuan. Il se situe sur le versant de Motian, comme un chateau antique dont la disposition, raffinée, profonde, lui donne un aspect des plus majestueux.

Lorsque nous contemplons le palais centenaire sous différents angles, nous découvrons que le bâtiment à plusieurs étages. De la porte, on ne les voit pas. De la salle secondaire, on en voit un. Mais de la porte de derrière, on s’aperçoit qu’il y a 4 étages. En fait, 55 m de haut précisément.

Shi Guoshou travaille depuis 12 ans au palais en tant que surveillant. Il nous a conduit à l’arrière du palais pour mieux le contempler.

« Maître, au-dessous de cette batisse à deux étages, y-a-il encore des maisons ? »

« Non, ce ne sont pas des maisons. Le palais est construit sur un versant en forme de lion, et comme le terrain des deux côtés du versant n’est pas assez élevé, il a fallu l’aplanir à l’aide de gros rochers. Sans un emplacement conséquent, il est difficile de bâtir un temple. »

Dans la grande salle du palais, nous avons trouvé un rocher naturel sous une niche de bouddha. Appelée pierre à tête de dragon, cette pierre est initialement le point culminant du pic. Au cours des travaux, pour construire le palais, on a toujours pris soin de se référer à ce point comme étant la poutre fondamentale de la salle. Le palais a été édifié pour honorer une statue de moine.

Sous le règne de Wanli de la dynastie Ming, un moine appelé Wu Xia s’est rendu sur le pic de la montagne de Motian pour s’y recueillir. Son corps n’avait toujours pas pourri trois ans après sa mort. L’empereur Chong Zhen lui a donc donné, à titre posthume, le nom de « bouddha Yingsheng », et a ordonné de faire construire un palais sur le pic, ayant pour base la grotte dans laquelle il se recueillait.

Au mont Jiuhua, il y a un grand nombre de temples construits sur les crêtes, on les appelle les temples suspendus.

Le temple Tiantai, à une altitude de 1 306 m, est le plus haut d’entre eux.

Du pied de la montagne au temple de Tiantai, il faut parcourir 7 km et demi. Nous avons d’abord pris le téléphérique pour atteindre l’ouest du pic Tiantai, d’où nous avons entamé notre marche.

Le temple Tiantai, construit sous les Song il y a presque 1000 ans, a été restauré à plusieurs reprises. Ses architectes ont ingénieusement profité du relief de la montagne, de sorte que sa structure s’intègre parfaitement aux pics, rochers et grottes environnants. Devant le temple de Tiantai, on peut apercevoir au loin s’écouler le Changjiang, aussi appelé le Fleuve Long, ainsi que le mont de Huangshan. Tout près de nous, s’étend la rue de Jiuhua, quant au palais centenaire, il est juste au-dessous.

Au beau milieu du pic Tiantai se trouve le temple Diaoqiao, également appelé Tianqiao.

Ce pont suspendu était en bois depuis l’antiquité. C’est en 1985 qu’on en a fait un pont de pierre. Avec 15 m de long et 2 et demi de large, l’arche enjambe les deux pics. Adossé à un rocher, avec un précipice au-dessous, ce pont dans les hauteurs fait office d’entrée au temple de Tianqiao, d’où son nom : le temple du pont céleste.

Ce qui nous laisse perplexe, c’est que dans l’antiquité, les conditions de travail dans la construction étaient médiocres. Qui a bien pu faire constuire un temple en haute montagne ? Et surtout comment ?

Voici un chemin de montagne ordinaire. Combien de moines et de fidèles l’ont-ils parcouru ? Combien de travailleurs y ont laissé leur sueur et leur trace ?

Aujourd’hui encore, sur le chemin menant au sommet de la montagne, nous pouvons apercevoir leur silhouette. (Un incessant va-et-vient à longueur d’année. Ces gens sont appelés «des porteurs de montagne ».)

Interview :

« A quoi servent ces briques que vous portez ? »

« C’est pour constuire des maisons. »

« Pour construire le temple ? »

« Oui. »

« Combien d’aller-et-retour faites-vous en une journée ?»

« Deux seulement. »

« Deux fois par jour ? »

« Oui. »

« Il faut combien de temps pour monter là-haut ? »

« Trois heures »

« ça vous prend trois heures pour monter ces briques ? »

« Exactement. »

« Dans le passé, c’est de cette manière qu’on construisait les temples, n’est-ce pas ? »

« Tout à fait. »

Il y a plusieurs siècles, la construction de la grande salle du temple de Tiantai a duré trois ans. Les porteurs transportaient briques et tuiles sur leurs épaules jusqu’au sommet. Aujourd’hui, ces matériaux sont les mêmes que jadis, et les porteurs font le même labeur.

Interview :

« Nous sortons de la maison à 4 h du matin, et faisons l’ascension deux fois par jour. »

« Il s’agit d’une œuvre sacrée. »

« Oui, c’est pour la bonne cause. »

De la cîme du mont Tiantai, nous pouvons apercevoir au loin la rue de Jiuhua, le palais centenaire du pic de Mutian et le jardin de Mingyuan.

Aux dires des autochtones, le jardin de Mingyuan est un hameau spécifique qui regroupe plusieurs couvents, dans lesquels des bonzesses séjournent pour se recueillir.

Pourquoi y a-t-il des pagodes pour bonzesses ici ? Nous avons décidé de descendre pour voir de plus près.

Ces couvents de bonzesses sont d’une envergure moins importante que les temples dont nous avons parlé tout à l’heure. Les bouddhas sont souvent exposés dans la salle centrale. Quant aux pièces qui se trouvent de chaque côté de la salle centrale, elles sont faites pour que les bonzesses puissent y pratiquer le dhyâna.

Les temples de ces femmes bonzes sont pour la plupart empreints du style architectural que l’on trouve dans le sud de l’Anhui : murs peints en blanc, tuiles noires, décoration faite de sculptures raffinées. Les bonzesses cultivent généralement des légumes et des céréales dans la cour, derrière leur maison, comme les autres habitants.

Ici, il n’y a presque pas de distinction entre les temples et les habitations.

Le jardin de Mingyuan se divise en trois parties. Contrairement à la rue de Jiuhua et sa vive animation, le jardin de Mingyuan renferme une paisible atmosphère qui en fait un lieu idéal pour pratiquer la contemplation.

Selon les règlementations bouddhiques, les moines et les bonzesses ne peuvent pratiquer la contemplation dans un même temple. Le jardin de Mingyuan est ainsi devenu, le refuge des bonzesses en quête de paix et d’harmonie.

En traversant la rue de Jiuhua pour se rendre au temple de la contemplation, nous pourrions facilement rater quelque chose en ne prêtant pas attention à la couleur jaune du mur du temple. Nous avons remarqué que tout comme au temple de Qiyuan, la porte s’oriente dans une direction déterminée.

Est-ce là encore le même style de construction que les autres temples ou une coicidence ?

Voici le chemin conduisant au haut-lieu du mont Jiuhua, et plus précisément la salle où est exposée la dépouille du bouddha Ksitigarbha. Faire un pélerinage, gravir le mont Jiuhua et se rendre dans cet endroit sacré est l’aspiration commune des bouddhistes. Le temple de la contemplation supérieure n’est plus loin. A première vue, rien d’extraordinaire ; néanmoins, il est l’un des hauts-lieu spirituels du pays. Son style architectural combine parfaitement les particularités des résidences du sud de l’Anhui du sud et celles des temples bouddhiques.

En apparence, le temple de la contemplation supérieure est semblable à la plupart des temples du mont Jiuhua. Le vénérable Seguozhuo nous guide. Nous passons par une porte très ordinaire. C’est alors que nous voyons 4 toitures superposées, hautes de 10 m et larges de 14, un style typique des édifices de l’Anhui. Cependant, il est rare de trouver une cour à ciel ouvert au milieu de la grande salle. Et les sculptures en bas-relief que porte la poutre horizontale de la salle principale font partie des caractéristiques spécifiques du temple de la contemplation supérieure.

Dans l’antiquité, un voyageur l’a décrit en ces termes : « (...) les pèlerins sont nombreux au mont Jiuhua à brûler de l’encens et des cierges, mais peu de fumée reste au temple de la contemplation supérieure, où les paysages sont exquis, et l’architecture magnifique (...) »

Le site est donc pittoresque, mais pourquoi n’y a-t-il que très peu de fumée d’encens ?

« Le mont Jiuhua est recouvert d’une myriade de temples, les visiteurs ne peuvent donc pas brûler de l’encens devant chacun d’entre eux. Ils le font généralement dans les grands, pas dans les petits. Ceux qui se rendent au mont Jiuhua ont pour objectif de voir le bouddha Ksitigarbha, devant lequel ils brûlent de l’encens. Sur leur route, ils passent par notre temple, de petite taille, et s’arrête donc rarement. »

Nous avons remarqué que la grande salle du temple de la contemplation supérieure est orientée vers le sud. Néanmoins, la porte se trouve du côté Est de la salle. Cette disposition architecturale n’est pas très rationnelle, tout comme dans les autres temples du mont. Est-ce une simple coïncidence ?

Nous avons été trouver le professeur Fei Yechao de l’Institut du bouddhisme du mont Jiuhua. Il nous a conduit dans les hauteurs pour nous offrir une vue imprenable sur la rue de Jiuhua, au lieu de nous emmener dans celle-ci.

« La rue de Jiuha se situe intégralement à l’intérieur de ce petit bassin au milieu duquel se trouve le temple de Huacheng qui en constitue le plus important édifice. Orienté au sud, haut et imposant, il affiche la dignité religieusement paisible de bouddha.

Les temples d’importance moindre, les 72 maisons secondaires du mont Jiuhua, sont en fait des constructions annexes du temple de Huacheng. Ce sont les moines, les bonzes ainsi que le personnel qui travaillent au temple qui les habitent. Pour symboliser leur fidélité au majestueux temple de Huacheng, les portes de leur maison sont tout simplement orientées vers le temple, un peu comme si toutes les étoiles regardaient la lune. C’est pour cette raison qu’un grand nombre de petits temples ont leur entrée orientée dans cette direction. »

Voilà le temple de Huacheng, le premier du genre au mont Jiuhua. En 719, Jin Qiaojue, c’est le nom du vénérable bouddha de Ksitigarbha, a fondé ce temple. Plus tard, les temples se sont successivement épanouis les uns après les autres, comme des fleur de lotus, formant ainsi un lieu consacré aux plus importants rites bouddhistes de Ksitigarbha.

Aujourd’hui, ce temple vieux de plus de mille ans reçoit toujours de nombreux visiteurs. Ce monument historique semble raconter le passé et le présent du mont Jiuhua.

Au temple de Huacheng, nous avons remarqué des caissons qui sont rares au mont Jiuhua.

Feng Jianhui, directeur du musée et des monuments historiques du mont Jiuhua :

« En tant que premier temple du mont Jiuhua, le temple de Huacheng occupe une position de choix. Parmi les édifices du mont Jiuhua, on compte 6 caissons, dont cinq se trouvent dans le temple de Huacheng. Le premier caisson est voûté, le deuxième est un système de consoles insérées entre le haut d’une colonne et une traverse, le troisième compte quant à lui trois statues de bouddhas. Des deux côtés des trois caissons sont disposées des constructions voûtées. Au milieu se trouvent 9 dragons qui jouent avec des perles. On dit qu’il n’est permis de construire des caissons que lorsqu’on a atteint un certain grade. Parmi les quatre grands ensembles de temples qui recouvrent le mont Jiuhua, celui-ci est considéré comme l’ainé, par conséquent, il exerce une certaine influence sur les autres. »

Du haut de ses 5000 m, le mont Jiuhua ressemble à une fleur de lotus en plein épanouissement, d’où son surnom : « Royaume bouddique de la fleur de lotus ».

Bien que nous n’ayons pas pu atteindre cette hauteur, nous avons ressenti en ces lieux une parfaite harmonie entre l’homme et la nature, passée, présente, et avenir.

Rédacteur: Baiyun  Origine:CCTV.com

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