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Chaque année, de somptueux rassemblements religieux se tiennent le 30ème jour du 7ème mois lunaire au mont Jiuhua (Neuf Lotus) de la province de l’Anhui en Chine de l’Est. Les ecclésiastiques du mont des Neuf Lotus commémorent ce jour-là l’anniversaire de Kim Gio-giak (Kim Kiao Kak), un bonze illustre étranger et fondateur du bouddhisme local. Celui-ci est considéré comme l’incarnation en ce monde de boudhisattva Dizang (Ksitigarbha, Gardien de la terre) si on en croit une légende.
A partir du Temple de la Rosée bienfaisante sis en contrebas de la Montagne de Lumières divines, les étudiants de l’Institut du bouddhisme du mont Jiuhua s’avancent en se prosternant continuellement et ce jusqu’à la Salle du Pavillon du corps momifié situé au sud de la rue des Neuf Lotus. Ils ont effectué le trajet de cette manière depuis le petit matin jusqu’à midi pour exprimer leur dévotion et raffermir la volonté de pratiquer des exercices de la perfection.
C’est aussi la fête de tous les fidèles. Beaucoup d’entre eux viennent de loin, voire des pays étrangers. Ils parlent différentes langues mais éprouvent la même aspiration : brûler de l’ensens, faire des prières et exaucer des voeux votifs.
--D’où venez-vous ?
--De la Thaïlande.
--Vous y venez souvent ?
--Oui, tous les ans.
Guide : Le mont Jiuhua est maintenant une destination incontournable. On recense chaque année plus de mille touristes étrangers venus ici vénérer les bouddhas.
Parmi les pèlerins, un groupe de touristes conduit par un moine sud-coréen attirent une attention particulière. Ils y amènent des offrandes de leur pays, font la prière en invoquent le bodhisattva Dizang pour obtenir sa grâce.
Le moine sud-coréen : Le bodhisattva Dizang est notre ancêtre. En tant que descendants de la dynastie Silla, nous venons ici pour vouer le culte à notre ancêtre.
L’ancien président sud-coréen Roh Tae Woo et son épouse sont spécialement venus au mont Jiuhua pour rendre hommage au bodhisattva Dizang. M.Roh lui a fait l’éloge en le qualifant d’un trait d’union pour les échanges culturels entre la Chine et la République de Corée.
Le directeur adjoint du Comité de gestion du mont Jiuhua :
Grâce à des efforts de promotion déployés ces dernières années, des étrangers de plus en plus nombreux viennent visiter ce haut lieu du bouddhisme et ce site touristique de réputation internationale. L’année dernière, nous avons reçu plus de 100 mille touristes étrangers venant notamment de la République de Corée, de la Thaïlande, de Singapour, de la Malaisie ainsi que de l’Europe et de l’Amérique.
Quelle est cette divinité qui a attiré tant d’ecclésiastique et de laïcs ? Depuis plus de mille ans, des légendes hétérogènes circulent sur Kim Gio-giak, qui, après avoir mené pendant longtemps une vie monastique dans le massif Jiuhua, devint finalement le bodhisattva Dizang. Est-il vrai que sa dépouille ne s’est pas putréfiée après le décès (Illumination suprême) ? Est-il un être humain ou un immortel ? A ce propos, chacun a son avis.
Notre équipe de tournage est venu au mont Jiuhua vers le fin de novembre 2004 afin de chercher les traces de Kim Gio-giak.
--ProfesseurFei, la personnes de Kim Gio-giak Kak existe-elle vraiment dans l’histoire ?
--Oui, c’est exact. Il est venu en Chine sous le règne de Tianbo des Tang.
--Où est-il allé par la suite ?
--D’après les documents histoirques, il a fait d’abord des études à Chang’an, capitale des Tang, avant de pratiquer le bouddhisme au mont Jiuhua.
Plus de 1 300 ans se sont écoulés. Les traces qu’ils a léguées dans l’histoire sont brouillées et à demi-effacées. En apprenant que sur la Terrasse céleste du mont des Neuf Lotus subsistent toujours des empreintes de pied de Kim Gio-giak, nous avons décidé de les voir sur place.
--Aux yeux des moines, ces empreintes de pied sont censées laisser par un saint et représenter quelques choses sacrées du bouddhisme. Ce sont des empreintes qu’il a laissées au mont Jiuhua. Voici son pied gauche et l’autre, son pied droit. Regardez cette phalange de pied.
--Il semble qu’il a de très grands pieds.
Ces empreintes de pied démesurément grandes ont-elles été vraiment laissées par Kim Gio-giak ou s’agit-il d’une falsification pure et simple de la postérité ? De nombreuses conjectures et ajouts qui ont été insérés dans les récits et légendes nous privent toute possibilité d’avoir un jugement sûr et bien fondé. Le moine de la dynastie Silla de Corée a-t-il vraiment existé il y a plus de 1 300 ans dans le massif Jiuhua embrumé ?
Le village des Wu de Laotian se blottit à la mi-pente de la montagne. Il est célèbre pour son histoire vieille de plus de mille ans. A l’époque des Han de l’Ouest, Wu Dongcai, l’ancêtre des Wu, abandonna la vie publique pour vivre en ermite dans le mont Jiuhua. Sa descendance se perpétua dans la région formant ainsi le clan prospère des Wu. Un de ses descendants nous a confirmé que leur ancêtre Wu Yongzhi avait effectivement reçu chez lui un bonze étranger itinérant il y a
1 300 ans.
Wu Yongzhi l’a invité à séjourner chez lui. Le Dizang d’Or a accepté l’invitation de Wu, qui le nourissait et l’hebergeait pendant cinquante jours. Au 50ème jour, le moine étranger a dit qu’il allait dans les montagnes. Wu l’a accompagné jusqu’à la sortie du village. Après leur séparation, Kim Gio-giak a passé sa première nuit dans le Temple de Nuité et il s’est établi le surlendemain sur le mont Jiuhua.
Le Dizang d’or dont le vieux monsieur vient d’évoquer est-il Kim Gio-giak ? Un poème (de huit vers avec chacun sept caractères) gravé sur une stèle qu’on a trouvée dans un temple du mont Jiuhua nous semble révélateur. C’est un poème écrit par Kim lui-même. Bien que les caractères gravés s’estompent et soient à peine lisibles, ils inspirent beaucoup pour connaître l’identité de son auteur. Celui-ci a notamment écrit ceci : « Renonçant la vie d’un prince je viens quérir l’enseignement du bouddhisme en Chine. Originaire de l’Etat You, j’ai eu la chance de rencontrer Wu Yongzhi. Hospitalité il assurait quotidiennement mes provisions. Ventre plein aujourd’hui, je n’oublierai jamais les jours pénibles vécus».
Etant modeste, Kim Gio-giak se considérait comme le prince d’un petit Etat étranger. Wu Yongzhi ne savait pas bien entendu que le bonze qu’il avait rencontré était un prince de la dynastie Silla de Corée, encore moins qu’il deviendrait un jour le Dizang d’Or vénéré par les croyants.
Quasiment toutes les séquelles et traces liées à Kim Gio-giak ont été déifiées au fil du temps, ce qui a rendu encore plus difficile de distinguer le vrai du faux. La légende veut qu’en venant en Chine, Kim Gio-giak était accompagné d’un chien blanc. Au monastère de Huacheng du mont Jiuhua, nous avons vu ce chien légendaire qui n’a nullement l’air d’une espèce canine.
Feng Jianhui : Directeur du Musée historique du mont Jiuhua
Il porte le nom de Diting. Après l’incarnation de Kim pour devenir le bodhisattva Dizang, le chien s’est métamorphosé en son coursier. Les habitants locaux l’appellent aussi la bête fabuleuse à corne unique, alias élaphurus.
L’animal fabuleux est déjà devenu la mascotte pour la population du mont des Neuf Lotus. Les fidèles et pèlerins prient aux moines de l’invoquer pour eux souhaitant qu’il puisse écarter les fléaux, conjurer le mauvais sort et assurer la paix. Toutefois, l’identité de Kim Gio-giak, le maître du chien demeure toujours un énigme à déchiffrer.
Sous la dynastie des Tang, vivait au mont Jiuhua un ermite renommé Fei Guanqing. Il a écrit un article sur le monastère de Huacheng du mont Jiuhua dans lequel se trouve mentionné Kim Gio-giak.
Dans le pavillon de soutras de ce temple, nous avons trouvé enfin de compte des écrits sur Kim.
Le moine Dizang est un prince de la dynastie Silla. Il mesure sept pieds de haut et a un voûte de crâne proéminent. Ayant reçu la tonsure, il a traversé la mer en bateau pour quérir le bouddhime ici.
Fei Guanqing fut le contemporain de Kim Gio-giak. Se référant aux documents historiques de la dynastie Silla, les chercheurs chinois et coréens du bouddhisme ainsi que les historiens estiment que les descriptions susmentionnées correspondent puor l’essentiel aux faits réels et que Kim Gio-giak est justement le fils du roi Shengde du royaume Silla. Kim Gio-giak a reçu la tonsure et renoncé au monde dans la force de l’âge. Il s’est vu attribuer l’appellation de Dizang comme prénom de la Loi. En 719, il a traversé la mer pour faire des études en Chine. Il a parcouru toute la Chine et s’est établi définitivement au mont Jiuhua sans jamais le quitter puis apèrs. Kim Già-giak a véritablement existé dans l’histoire.
Le mont des Neuf Lotus est couvert de sapins verdoyants et dans les nuages s’épanouissent partout des hibictus
Le massif des Neuf Lotus se dresse sur la rive sud du fleuve Yangzi et rejoint le mont Huang shan à l’ouest. Il a une circonférence de 120 km. Les 99 cimes du massif constituent un ensemble de pitons rocheux enveloppés souvent de la brume et des nuages. Lorsque Kim Gio-giak est venu au mont Jiuhua, la région était dans un état primitif et inexploité. Durant les soixante-dix ans qui s’ensuivent, comment un bonze de la dynastie Silla est devenu le bodhisattva Dizang en passant d’espèce humaine à une divinité ?
Nous sommes au pic de Lumières divines où Kim Gio-giak s’exerçait à la pratique de la perfection durant ses vieux jours. C’est aussi l’endroit où il est parvenu au nirvana. Le Pavillon du corps momifié qui a été construit au pic après son Illumination suprême est dédié à Kim Gio-giak. D’après une légende, sa dépouille a été placée dans une grande jarre. Trois ans après sa mort, on a déscellé la jarre et aperçu que son corps reste intact et que le vieux moine a toujours un air vivant. La communauté monastique bouddhique a bâti alors un stupa à trois niveaux pour abriter la momie et auquel s’est ajoutée par la suite une pagode en bois à sept niveaux. Ce lieu, connu aussi sous le nom de Monde de Lotus, est ainsi devenu sacré pour les fidèles.
Shengfu, l’abbé du Pavillon du corps momifié
Voici le stupa du bodhisattava Dizang. Le corps de celui-ci est conservé dans cette pagode établie à contrebas de la montagne qu’on appelle Neuf dragons s’amusant au jeu de perle. Le bodhisattva est assis au sud et s’oriente vers le nord. C’est ici une entrée menant à l’intérieur de la pagode.
--C’est profond ?
--Oui, c’est très pronfond pour pénétrer dans l’intérieur.
--Personne n’y est entrée ?
--Personne, on n’y est jamais entré.
Le corps momifié de Kim Gio-giak est enfermé dans la crypte du temple. Les gens postérieurs n’ont plus d’occasion de le voir rendant sa vie encore plus mystérieuse. On s’interroge alors pourquoi un prince a abandonné honneurs et richesses et mené une vie anachorète pendant des dizaines d’année dans un pays étranger. Quelles sont les expériences qu’il a vécues ? Qu’est ce qu’il a changé ?
Les recherches effectuées sur l’art statuaire montrent que la statue du bodhisattva Dizang (Ksitigarbha) abritée par les temples construits avant la dynastie des Tang avait été esseulé, tandis qu’après Kim Gio-giak, la statue de Dizang est accompagné de ses deux acolytes, Mingong et Daoming. Ce changement s’explique par une histoire sur l’emprunt des terres par le kasâya, la tunique bouddhique.
La légende veut qu’à l’époque de Kim Gio-giak, le propriétaire du mont Jiuhua était une personne âgée du nom de Min Ranghe. D’un coeur compatissant et généreux, il aidait souvent les gens en difficulté. Un jour, un ascène venant de la montagne lui a rendu visite et l’a prié d’emprunter des terres.
Wuchan, l’abbé du monastère de Huiju ( du Siège de l’Eveil)
Le vieux propriétaire terrien lui a donné la réponde affirmative en le laissant choisir comme il voulait. Le bodhisattva Dizang, a ôté alors son kasâya et l’a propulsé couvrant 99 pitons du massif. Ayant remarqué que l’ascète était un moine hors du commun qui possédait des pouvoirs transcendants, Min a consenti à lui offrir tous ces champs comme donations.
Ce récit aux couleurs mythique très prononcées s’est répandu depuis plus de mille ans. Des preuves tout à fait vérifiables que contiennent des documents historiques témoignent que Min Ranghe et son fils ont aussi renoncé au monde pour entrer en religion. Après l’incarnation de Kim Gio-giak en bodhisattva Dizang, ils servaient ce dernier en qualité d’acolytes.
Au bout des dizaines d’années de pratique de perfection incessante et ayant subi des tourments inimaginables, Kim Gio-giak est finalement devenu un bodhisattva. Il a fait voeu de secourir les autres êtres humains. Eprouvait-il la nostalgie pendant cette période pénible ? Nous allons écouter une autre histoire liée à la Salle de Deux Saints situé au versant nord du mont des Neuf Lotus.
Le maître Guocheng, l’abbé de la Salle de Deux Saints
Par les deux saints on désigne Zhaopu et Zhaoyou, deux oncles du saint Kim Gio-giak de l’Etat Silla. Après que ce dernier s’était établi au mont des Neuf Lotus, la cour royale de Silla les a envoyés en Chine pour persuader Kim Gio-giak de retourner en Corée. Kim Gio-giak a catégoriquement refusé. Il a poursuivi ses études et pratiques du boudhisme à la tête de la communauté monastique. Touchés par la volonté inébranlable de leur neveu, les deux oncles sont restés aussi au mont Jiuhua.
Les statues de ces deux saints sont couvertes d’habits mandarinaux rappelant ceux de grands dignitaires de la dynastie des Tang. Les deux oncles de Kim Gio-giak ont aussi renoncé au monde au mont des Neuf Lotus et ne sont plus retournés jamais dans leur pays natal. Ils font l’objet également de la vénération en Chine depuis plus de mille ans.
Kim Gio-giak, déterminé à se consacrer au bouddhisme, a fait table rase de tout sentiment affecteux envers ses parents et proches et se mortifiait dans le mont Jiuhua. Pendant sa vie monacale, il s’adonnait entièrement au Chan (bouddhisme contemplatif). Il étudiait assidûment des soutras, faisait la médiation pour dépasser de soi-même. Il a accédé enfin au Grand Eveil et réussi à se débarrasser des souffrances résultant du désir et de la passion.
Un matin d’automne de 756, Zhuge Jie et quelques notables du district de Qingyang ont fait une randonnée dans la montagne. Sous la falaise de Dongya, ils ont aperçu dans une grotte aménagée en ermitage un moine âgé d’une cinqauntaine d’années. Le vieux moine, assis en méditation, les yeux fermés, était entré en samadhi (dans le plus profond recuillement ). A son côté on a vu une cruche d’aliments frugals cuits avec du riz et de l’eau seulement. Ces notables de campagne ont été profondément touchés par la mortification du vieux moine. Ils ont décidé d’acheter un terrain pour y construire un temple. Ils ont prié par ailleurs l’ascète qu’ils avaient rencontré de présider les affaires du temple, d’où le monastère de Huacheng d’aujourd’hui.
A l’âge de 61 ans, Kim Gio-giak avait fondé finalement son lieu de culte. Le mont Jiuhua, en sa qualité du royuame bouddhique de Lotus, a inscrit une nouvelle page dans son histoire.
Kim Gio-giak qui s’était perfectionné pendant environ quanrante ans s’est présenté enfin de compte devant le public. Il a pris le serment d’assurer le salut des hommes, de faire valoir l’amour universel et de ne jamais être tout seul sur la voie de l’illumination du complet éveil avant que tous les souffrants humains ne soient délivrés des enfers.
Le thé bouddhique, appelé aussi thé de Sol d’Or, est une espèce de boisson amenée de l’Etat Silla par Kim Gio-giak il y a plus de 1 300 ans, toujours selon la légende. Cette espèce de thé a déjà pris racine au mont Jiuhua. Après les cérémonies rituelles, les pèlerins et fidèles, en buvant une tasse de thé fraichement infusé, prennent réellement la mesure de la spiraturalité du Dhyâna et remémorant les exploits accomplis par Kim Gio-giak pour le bien-être de la postérité.
Les écrits historiques racontent que depuis les préparatifs pour la constructuion du monastère de Huacheng, Kim Gio-giak a mobilisé tous les autres moines pour défricher des montagnes incultes. Ils ont creusé des canaux d’irrigation, cultivé du riz et planté des théiers. Grâce à leur labeur, ils sont parvenus à l’autosuffisance et ont rendu prospère la région. Les bonzes du mont Jiuhua gardent jusqu’à aujourd’hui à l’esprit les recommandations de Kim Gio-giak consistant à s’adonner au bouddhisme sans oublier toutefois des occupations agricoles.
En 780, très sensibles aux nobles qualités de Kim Gio-giak, le préfet de Chizhou Zhang Yan présenta à la cour impériale un rapport lui demandant de conférer une tablette frontale au monastère de Huacheng. Dès lors, le temple a vu ses activités religieuses de plus en plus intenses. Les fidèles s’y pressaient pour invoquer la protecton divine et des moines d’autres régions y affluaient également. De nombreux autres temples ont été construits aux environs du monatère de Huacheng comme des fleurs de lotus qui s’épanouissent.
Kim Gio-giak avait cette année-là plus de 80 ans. Un jour, pris de la nostalgie, un novice qui s’exerçait à la pratique de la perfection auprè du grand maître lui a avoué sa lassitude de cette vie solitaire. Kim Gio-giak lui a témoigne de la compassion. Il a préparé le bagage et accompagné en personne le novice jusqu’aux pieds de la montagne. Regrettant vivement son départ, Kim Gio-giak a composé un poème régulier de 8 vers heptamètres « A dieu à un de mes disciples » dans lequel il a exprimé ses regrets en se consolant ainsi : « Las de l’existence solitaire et pris de la nostalgie, le petit bonze quitte le monastère pour rejoidre le monde des laïcs. Il aspire à retrouver la vie séculière et ne veut plus poursuivre sa carrière de noviciat. Inutile de verser des larmes pour son départ, des nuages empourprés tiendront compagnie du vieux moine ».
Selon la doctrine bouddhique, outre notre monde existe un au-delà où siègent des tribunaux des Enfers. Ces tribunaux sont chargés d’évaluer les vertus et les vices des défunts. La divinité du monde ici-bas qui permet aux âmes de transmigrer vers des sphères supérieurs est Ksitigarbha, un des grands bodhisattvas de la tétralogie du bouddhisme chinois. Après le nirvana de Sakyamuni et avant la venue régénératrice de Maitreya (bouddha du futur) , suivant les recommandations de Sakyamuni, il assuma la mission de secourir les êtres humains aussi bien dans notre monde que dans l’au-delà et de les conduire sans faute au séjour paisible du nirvana.
Kim Gio-giak, venant il y a 1 300 ans de l’Etat Silla et qui a fondé le monastère de Huacheng porte également le prénom de la Loi de Dizang, Ksitigrabha.
Le 30ème jour du 7ème mois lunaire de 794, Kim Gio-giak, âgé alors de 99 ans, fit venir tous ses disciples avant d’atteindre l’Illumination suprême. Il leur laissa un testament selon lequel il se retrouverait parmi eux trois ans après. On trouve dans des écrits historiques des descriptions suivantes: « Des fracas résonnent dans les montagnes ; des pierres s’en détachent et s’écroulent et de nombreux oiseaux s’égosillent lamentablement. Des cloches du temple sonnent et leur son s’envole et rententit dans le ciel ».
Après son Illumination suprême, le corps du vieux moine a été placé dans une grande jarre par ses disciples. Trois ans après, ceux-ci l’ont déscellée en accomplissant la dernière volonté de Kim Gio-giak.
Ils ont constaté avec grande surprise que la dépouille du maître avait été momifiée et le défunt préservait toujours l’air d’un vivant. En manipulant son corps, on a entendu qu’il rendait un bruit métallique aux articulations. Il est mentionné dans des soutras bouddhiques que seuls le corps des bodhisattvas présente de pareils phénomèmes. Les clergés ont été ainsi renseignés que Kim Gio-giak était justement l’incarnation en ce monde du bodhisattva Dizang. Ils ont construit alors un stupa dédié au bonze illustre, qui est parvenu finalement aux plus grandes réalisations spirituelles.
La nuit tombe. L’esplanade du monastère de Huacheng est illuminée par une profusion de lampes en signe de vénération pour Kim Gio-giak. A la lumière des lampes et des bougies, l’époque de Kim ne nous semble plus aussi éloignée. Le moine de l’Etat Silla s’installe définitivement en Chine. Le lieu de culte dédié au bodhisattva Ksitigarbha qu’il a fondé au mont Jiuhua a maintenant une grande réputation et il attire des pèlerins et touristes toujours plus nombreux. Malgré le temps, l’esprit dont a fait preuve le bodhisattva Dizang et les exploits qu’il a accomplis se sont largement répandus en Chine comme à l’étranger et ils demeureront mémorables pour toujours.
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