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Voici un groupe de musulmans installés à l’extrême sud de l’île de Hainan. Mais ce ne sont pas des indigènes. Depuis longtemps, ils sont considérés comme des habitants de Pan. Les avis sont partagés sur leur originalité. D’où sont-ils venus ? Nous vous invitons à suivre notre documentaire d’aujourd’hui avec nous pour connaître ce mystère.
Nous sommes sur une plage située à l’ouest de la baie de Sanya. Le soleil vient de se lever, les gens commencent à s’affairer. La visite aux tombeaux des ancêtres constitue une des principales activités de l’ethnie Hui à la veille de la fête de Goureban. Pour les Han, il s’agit surtout de nettoyer le tombeau lors de la fête des morts. C’est une coutume Hui : tous les membres de la famille doivent revenir à la maison quel que soit l’endroit où ils se trouvent. Ils reviennent dans leur pays natal et se rendent sur les tombeaux de leurs ancêtres qu’ils débarrassent des herbes mortes et auxquels ils ajoutent de la terre. Le tout en lisant le coran et en commémorant la mémoire de leurs ancêtres pour la paix de leur âme.
Nous avons remarqué que pendant cette cérémonie, les parents rendent mutuellement visite aux tombeaux de leurs ancêtres. Pourquoi traitent-ils les autres comme des membres de leur famille ? Il faut s’approcher d’eux pour le savoir.
Après avoir terminé la cérémonie matinale, le vieillard Liu Yueying s’est rendu sur le tombeau de sa famille. C’est un tombeau différent des autres. Lors de la construction des routes, il y a quelques années, les autorités locales avaient modifié le projet initial pour protéger un ancien tombeau au milieu de la route. Finalement, la route a été détournée. Plus tard, le village a édifié de nouvelles constructions commémoratives et de protection.
Ce tombeau représente une histoire légendaire vieille de plusieurs siècles.
Liu Yueying : habitant du village de Huihui de Sanya
« Ce tombeau ancien a 600 ans d’histoire. Nous avons entendu dire que nos ancêtres sont venus en bateau, par la mer, puis qu’ils se sont installés sur la côte. »
A l’époque, les Hui nouvellement venus pêchaient et s’initiaient à diverses cultures agricoles, dont le coton.
Un jour, deux filles Hui ont découvert sur la plage un compatriote musulman à bout de souffle. C’était manifestement un réfugié, venu par la mer après avoir bravé la tempête. Les deux filles bienveillantes ont donné à ce vieillard inconnu la nourriture et l’eau qui leur restaient. Mais une fois informés, les villageois ont découvert que le vieillard était déjà mort. Et que les fourmis avaient enseveli la moitié de la dépouille avec du sable. Si nous n’étions pas arrivés à temps, il aurait été totalement enseveli dans le sable par les fourmis. Puis, on a trouvé un coran à l’intérieur de ses vêtements. Une découverte qui a beaucoup surpris les villageois qui, dès lors, ont voué un grand respect à cet homme décédé. Ils ont organisé une cérémonie funéraire solennelle pour enterrer cet « homme savant ». Depuis, son tombeau est appelé « la tombe du savant ancestral ». Il se trouvait initialement à cet endroit. Devant le tombeau, se dresse une stèle gravée d’une écriture arabe. Par la suite, plusieurs générations de la famille de M. Liu ont été enterrées ici en compagnie de ce réfugié inconnu.
Pendant les siècles suivants, une ville Hui a grandi ici. Les Hui locaux considèrent cette terre comme sainte. Car la baie de Sanya est en forme de dragon, et que leur village se situe sur le dos du dragon. Le dragon qui, rappelons-le, est un animal divin, comme le phénix. Aujourd’hui, ce bourg s’appelle « Fenghuang », phénix en français.
Une fois dans le bourg de Fenghuang, on remarque des constructions de style islamique de chaque côté de la rue. Elles sont peintes en vert et en bleu. Peut-être pour symboliser le lien étroit entre les villageois et la mer.
Liu Yueying habite dans ce bourg.
A la veille de la fête de Gourbang, toute la famille est très occupée.
(32‘) On a du mal à comprendre comment, sur ce petit lopin de terre, les Huis ont toujours réussi à conserver leurs coutumes islamiques originales.
Quand et d’où sont-ils venus ? Eux-mêmes ne le savent pas trop. Certains les appellent les « habitants de Pan ». Mais pourquoi ? Que cela signifie-t-il ? Est-ce uniquement pour indiquer que leurs ancêtres sont venus d’un pays lointain ?
(La prière de Gourban)
(40’)Sur la plage de Sanya, des tombeaux musulmans ont été découverts à plusieurs endroits. On en trouve de Meishan à Dadan, de Dadan à Sanya, de Sanya à Linshui et aussi à Wanning. Mais pourquoi ont-ils totalement disparu ? Sont-ils les ancêtres des Hui du bourg Fenghuang d’aujourd’hui ? Pour le savoir, restez avec nous pour la suite de notre documentaire.
Liu Yueying est un musulman très pieux. Selon les principes de l’islam, il a déjà effectué un pèlerinage à la Mecque l’année dernière et a acquis des mérites.
Quotidiennement, il accomplit sans faute son devoir pendant dix heures. Après la prière matinale, il va nous conduire à la rencontre de son ancien élève, Li Wanhao, dans le bourg de Tengqiao, à 40 km d’ici.
Dans les années 1980, on a découvert d’anciens tombeaux islamiques des Pan dans le bourg de Tengqiao. A l’époque, Li Wanhao en a fait part à son professeur, tout en appelant la société à renforcer la protection de ces tombeaux anciens.
Cette découverte a suscité l’attention de Liu Yueying. Et c’est alors qu’il a découvert, pour la première fois, une trace des musulmans venus dans l’île de Hainan avant ses ancêtres.
M Liu :
« Nous avons emmené Ahong ici avec nous. Et nous avons trouvé des écritures rouges. Ahong a dit que c’était du perse, l’écriture iranienne d’aujourd’hui. C’est un tombeau antique encore plus ancien que ceux des Huis de Sanya. Ce tombeau est fait de corail, un type de construction datant d’un temps lointain. »
Plus tard, on a découvert cinq groupes de tombeaux anciens dont une partie sur la plage ; ils sont ordonnés dans un axe nord-sud, sans aucun objet funéraire.
Liu Yueying :
« Ce tombeau est construit de cette manière : voici l’emplacement de tête du défunt, et celui des pieds. La tête est orientée vers le nord, les pieds, vers le sud. Chaque mort a deux stèles, qui se dressent séparément à sa tête et aux pieds. Le défunt est enterré au centre. Vous voyez un autre tombeau là bas, avec la tête vers le nord, et les pieds vers le sud. C’est la position de ce tombeau. Et il est certain que le visage de la personne décédée s’oriente vers l’ouest. Vous voyez deux rangées, il y a encore un autre tombeau, la tête du défunt est ici. Mais où sont ses pieds ? En fait, ils sont ensevelis dans la terre, comme on le fait chez nous à Sanya. »
« L’islam n’a pas pour habitude de représenter des animaux en dessin. Les motifs végétaux sont les plus courants. Comme ici, regardez, ces jeunes plants d’arbres. »
Avec le temps qui passe, la plupart des stèles funéraires ont été comblées de sable et de terre, et les écritures et les dessins sont devenus illisibles. Néanmoins, les chercheurs ont toujours tenté de percer le mystère de ces tombeaux anciens.
Li Wanhao,
Directeur du Bureau de la culture du bourg Haïtangwan de Sanya
« Ce golfe s’appelle Ganjiao. Ce groupe de tombeaux islamiques a une forme rectangulaire de 2 km de long et de 40 m de large. Juste après leur découverte, on a recensé 800 tombaux. Selon des experts, ils datent de la dynastie des Tang (640-960), soit il y a plus de dix siècles. »
Selon les écrits, l’île de Hainan était un passage maritime important sous la dynastie des Han. Une époque où les accidents étaient monnaie courante en mer. On se demande donc si une catastrophe maritime est à l’origine de ces malheurs ? Des archéologues ont écrit des articles analysant le phénomène. Ces tombeaux anciens se caractérisent par leur nombre important et leur concentration. Tandis que les stèles funéraires portent des gravures raffinées. On peut en déduire qu’il s’agit d’un cimetière public de musulmans, et non des défunts et des objets funéraires abandonnés accidentellement par des bateaux de passage.
Des documents historiques disent que des ancêtres de Hui se sont installés sur l’île de Hainan sous la dynastie des Song du nord. Parmi eux, des commerçant de l’ouest ont essuyé une tempête en mer et ont dû se réfugier à Zhengzhou, autrement dit le bourg de Yacheng du Sanya d’aujourd’hui. Ils y ont été réduits en esclaves par des pirates. Selon une analyse historique, ces tombeaux datent d’une période allant de la dynastie des Tang à celle des Yuan. Une preuve de plus.
Depuis des siècles, ces ensembles de tombeaux adossés à la colline de Panlin sont isolés sur la côte. Personne ne sait comment ceux qui les ont édifiées sont arrivés ici. Personne ne sait non plus quand ils sont nés, ni comment ils s’appelaient. Ainsi est né le nom général des « habitants de Pan ».
Aujourd’hui, la baie de Ganjiao est toujours une terre déserte, couverte de broussailles.
Voici de magnifiques ananas sauvages. On se demande comment les habitants de Pan ont pu survivre…
Voici maintenant des dattes. Les dattes arabes sont plus grosses. Ces dattiers sauvages ont-ils été apportés par les réfugiés de Pan il y a 1000 ans ? Il est difficile de le confirmer ; car, mis à part ces tombeaux, on ne trouve aucune trace de leurs descendants dans les environs.
Grâce à l’aide d’habitants locaux, nous avons pu trouver le village « Panyuan » inscrit sur la carte actuelle. Des villageois nous ont dit que le champ du nord du village a été appelé « le champ des habitants de Pan ».
De hauts dattiers se dressent au sud du village. Sous ces arbres, entre d’énormes rochers, on trouve un autre puits d’eau.
Li Wanhao
Directeur du bureau de la culture du bourg Haïshangwan de Sanya
« Ce puits ancien a une histoire millénaire. Selon des villageois, des habitants de Pan en buvaient l’eau dans le passé, il a donc été appelé « Pan ». L’entrée du puits se trouve au milieu des plantes sauvages. Des habitants m’ont assuré que ce puits fournit de l’eau toute l’année. Il y a deux ans, quand je suis venu ici, j’ai remarqué que l’eau de ce puits servait à irriguer les champs. »
Des documents historiques rapportent que pendant des siècles, les descendants des habitants de Pan se sont intégrés aux habitants des ethnies Han et Li. Mais une légende raconte qu’une nuit, les habitants de Pan installés à Tengqiao sont partis en famille et ont disparu. Pour quelle raison ? Une catastrophe inattendue ? Un conflit armé ? Une épidémie ? Personne ne le sait.
IV
Les Hui sont très expérimentés dans le commerce. Tous les touristes venant à Fenghuang ne peuvent résister à la tentation des tablettes de soupe de poisson.
Dans tous ces restaurants, les délicieux plats de poisson et de crevettes, et de riz à l’ananas sautent aux yeux. Nous n’y résistons pas et s’offrons un repas de l’ethnie Li. Un régal… et on voudrait bien savoir la méthode de préparation… d’après le patron, la carambole y est très importante.
Le patron du restaurant :
« Ce sont des caramboles spéciales, très bonnes. On en met dans la soupe de poisson, ce qui donne un goût amer et sucré à la fois. Depuis plusieurs siècles, les habitants d’Annan préparent la soupe de poisson de cette manière. Et c’est vraiment délicieux. »
Les clients sont satisfaits du repas. Pour rassasier aussi leur curiosité, le patron continue son récit sur les Hui du bourg Fenghuang venus de l’ancien Vietnam. Une version fidèle aux écrits historiques. L’Etat Zhancheng, un pays islamique au sud de l’Etat Annan.
Au début du 11e siècle, les habitants de l’ancien Zhancheng se sont dispersés pour fuir la guerre. Par groupes entiers, ils se sont réfugiés, en bateau, à Sanya. Ce qui prouve que la fondation du quartier Hui du bourg de Fenghuang a eu lieu deux siècles avant les Hui de la partie continentale de Chine.
Une ballade transmise par des personnes âgées, est pleine de tristesse, à cause de leur vie mouvementée.
Aujourd’hui encore, lors des joyeuses cérémonies de mariage, les nouvelles mariées doivent sangloter avant de quitter la maison, comme si c’était une séparation définitive. Ceux qui connaissent l’histoire peuvent comprendre que c’est seulement ainsi qu’elles peuvent exprimer leur amour pour leur pays natal et leurs parents.
Quelles relations ont-ils avec les habitants de Pan ? Pour beaucoup d’entre eux, il est impossible de se débarrasser de l’appellation « habitants de Pan ». Mais une chose est sûre : ils sont profondément attachés à cette terre. On dit que le nom de Sanya a un rapport avec les ancêtres des Hui qui parlaient le dialecte de Zhancheng.
Jiang Qingwu
Membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois de Sanya
« C’est dans les Archives de Yazhou que le mot « Suosanyali » est apparu pour la première fois. En patois local, il signifie « Tuozhanya ». « Tuo »veut dire habitation. « Zhanya » signifie les habitants de l’ethnie Hui. « Tuozhanya » veut donc dire « habitations des Hui » et s’est ensuite décliné en « Sanyali » « la rue de Sanya », et en Sanya qu’on connaît aujourd’hui. »
Aujourd’hui, les descendants des habitants de Zhancheng sont dispersés dans plusieurs pays, dont la Malaisie, l’Indonésie, le Cambodge et le Vietnam. Environ la moitié d’entre eux peuvent communiquer grâce à un même langage. La langue facilite les retrouvailles et les rencontres amicales entre les Hui locaux et ceux résidant à l’étranger. Ces manifestations ont contribué à retrouver la trace de beaucoup d’amis et de parents, dont le Premier ministre et le vice-Premier ministre malais.
V
La pêche est une activité économique traditionnelle des Hui de Sanya qui se sont exilés sur la côte depuis des générations.
Cet énorme filet de pêche de plusieurs kilomètres de long nécessite d’être manipulé par un grand nombre de personnes. Tendre et retirer le filet demande plus d’une demi-journée de travail. Ce qui laisse penser que les générations précédentes ont dû mener une vie pénible.
A la fin de la dynastie des Ming et au début de celle des Qing, des Hui venus de la partie intérieure du pays se sont dispersés dans l’île. Certains se sont installés dans le bourg de Fenghuang où cohabitent des gens d’origines et de noms différents.
Un registre généalogique précieux a noté l’origine et la l’évolution de la population Hui de Sanya pendant plusieurs siècles.
« Du point de vue général, trois principales familles sont venues de l’étranger, les Pu, les Hai et les Jiang. Ces trois noms désignent tous un point d’eau en chinois. Et d’après certains anciens, c’est parce que ces Huis seraient arrivés par la mer. Nous avons trouvé d’autres branches généalogiques moins importantes, sur deux ou trois générations seulement. Ils n’ont pas de liens avec les trois grandes familles. Ils venaient des régions intérieures, voire de l’île même, comme les Mi, les Ma ou les Lin. »
Une « Stèle de démarcation » datant du règne de Qianlong sous la dynastie des Qing trône dans la mosquée du bourg. Elle mentionne la dispute entre une famille Hui portant le nom Pu et celle des Xu de l’ethnie Han, sur un problème de délimitation des territoires de pêche.
Un mandarin local a prononcé cette sentence finale : « Il est difficile de juger avec le temps qui passe. Vous pêcherez séparément, comme dans le passé. »
Depuis, le gouvernement des Qing a délimité les territoires de pêche pour les Huis. Ils partaient à l’est de la colline qui sépare les districts de Jiuya et de Linshui et s’achevaient à Huangliu, à l’ouest du district de Jiuya. Le droit de pêche des Hui locaux a ainsi été garanti.
La «Stèle de démarcation » a donc gardé les traces d’un procès concernant les enjeux territoriaux, ainsi que le processus de migration des Hui venus de la région côtière de l’île à Sanya, dont la population s’est accrue considérablement.
Avant le coucher du soleil, l’immense filet est enfin retiré sur la rive. Une scène typique des paysages de Sanya, qu’aiment beaucoup les touristes. Néanmoins, la pêche n’est plus aujourd’hui un moyen d’existence pour les Hui locaux. S’ils la pratiquent toujours, c’est surtout pour mieux se rendre compte de la vie de leurs ancêtres et exprimer leur attachement à ce passé. Ce qui est peut-être difficile à comprendre pour un touriste.
« Goûtez ! Il y a des oeufs de poisson. Allez, servez vous ! Voici de la gelée de vessie natatoire de poisson. C’est délicieux ! »
Les rues et les ruelles regorgent de boutiques gérées par ces Hui célèbres pour leur honnêteté… c’est un des sites touristiques de Sanya aujourd’hui. Ces commerçants se sont enrichis rapidement et sont devenus les plus fortunés de tous les villages des environs de Sanya.
Les femmes Hui de Sanya sont travailleuses et talentueuses.
Le bourg de Fenghuang est plongé dans une atmosphère festive et joyeuse. On y ressent bien les couleurs et la variété de la vie locale, comme sur ce foulard que portent les femmes Hui. Mais, contrairement à beaucoup de musulmanes, elles ne cachent pas leur visage.
Nous avons l’honneur d’être invités à une réunion de famille, des retrouvailles. La fête a permis de rassembler ces sœurs, toutes très occupées en temps ordinaire.
« Voici la soeur aînée, Pu Yueu. C’est la deuxième cadette qui tient un restaurant de fruits de mer. Celle-là, la troisième, fait du commerce de produits et spécialités du pays. C’est la quatrième qui gère un supermarché. Quant à la cinquième, elle tient une boutique de pierres. C’est la cadette qui fait du commerce de vêtements, que les touristes portent souvent. »
Aujourd’hui, ces femmes Hui prennent une part active au tourisme et au commerce locaux. Leur esprit entreprenant, leurs habits éclatants de couleurs et de style très original font partie des magnifiques paysages de Sanya. Mais à ce moment précis, le mystère de leur origine existe-t-il toujours ?
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