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Le mont Putuo abrite trois joyaux dont la stèle de bodhisattva Yangzhi qui donne son nom au temple qui la conserve.
Yan Liben est l’auteur de cette peinture du bodhisattva. Il est considéré comme le grand maître de la dynastie des Tang. Ses oeuvres représentent la plastique du bodhisattva sous la forme d'une belle image féminine.
Pourtant, dans « l’album de Bodhisattva », le bodhisattva est un homme à longue barbe. Mais pourquoi les représentations du bodhisattva ont-elles des sexes différents ?
La croyance dans le bodhisattva a été introduite en Chine par la route de la Soie, comme le cheval céleste et les costumes étrangers. Au début, la statue du bodhisattva était un guanyin masculin assis sur un piédestal dans la salle principale du temple.
De la dynastie des Sui au début de celle des Tang, les statues de bodhisattva, masculines ou asexuées, représentaient l’image d’une déesse.
Sous les Tang, la prospérité s'accompagnait de la vulgarisation de la croyance et de l’art du bouddhisme. L’image de bodhisattva a évolué. Elle s'est perfectionnée, affinée. Depuis, le bodhisattva a été transformé en "Dame guanyin", une belle femme bouddha en quelque sorte.
Après la dynastie des Song, la philosophie confucianiste était en vogue et elle a influencé la plastique du bodhisattva. Il a cessé d'être représenté comme une jeune fille charmante, pour devenir une femme bienveillante d’âge moyen.
Interview accordée par le moine Zhizong
« Le changement de représentation de bodhisattva a une origine culturelle. En Inde, le bodhisattva est de sexe masculin, car dans la culture indienne, la bienveillance est une qualité masculine, tandis que l'intelligence est féminine. Néanmoins, dans la culture traditionnelle chinoise, le père est souvent sévère alors que la mère est bienveillante. Pour véhiculer la croyance dans le bodhisattva, il était donc nécessaire de modifier et d'adapter sa représentation. »
Après son introduction en Chine, le bodhisattva a été profondément influencé par l’histoire, la culture et la croyance populaires chinoises... ce qui explique son changement de représentation.
Interview du moine Jing Min
« Le bouddhisme comporte deux chefs-d’oeuvre très connus : le soûtra de padmasambkava, et le soûtra Lengyan de grand bouddha. Le premier évoque 33 incarnations de bodhisattva et le second 32... Il y a des nuances, mais aussi de grandes similitudes."
Aujourd'hui, la salle Yuantong du temple de Puji du mont Putuo abritent les 32 incarnations de bodhisattva dont parle le soûtra Lengyan. Selon ce dernier, le bodhisattva se représente différemment selon les époques, les lieux et les croyants convertis au bouddhisme. Le Bodhisattva aux mille mains constitue une image parmi tant d’autres. D’après le soûtra, ses innombrables mains et yeux servent à observer le monde et à porter secours aux gens.
Nous nous sommes rendus sur le site réservé aux rites bouddhistes du bodhisattva pour mieux connaître cette culture. D'où vient le bodhisattva?
Le moine de Zhizong :
"En ce qui concerne la légende ou la provenance du bodhisattva, je me souviens du récit d'un célèbre ouvrage classique, "Rêve au pavillon rouge". Quand les dames et demoiselles jouaient aux devinettes, il y avait souvent une question sur le bodhisattva, dont la réponse signifiait bienveillance et bonté. Cela signifie que le bodhisattva est admiré par la population. Mais quel est son origine? D'où vient-il ? En fait, on a très peu d'indices et les avis divergent à ce propos. "
Malgré la mention sur son origine dans le soûtra ou dans un chef-d’oeuvre, le bodhisattva reste pour les gens du mont Putuo, une princesse qui a séjourné dans leur pays.
La légende du mont Putuo dit que le roi Miao Zhuang et ses trois filles dont la cadette Miao Shan est une fervente bouddhiste, vivaient dans un endroit nommé Taohuadao. Finalement la cadette est devenue bonze au temple de Baique de Taohuadao. Mais son père ne pouvait accepter la décision de sa fille. Le roi a donc fait tout son possible pour la faire renoncer, mais la princesse Mao Shan est restée inflexible. Irrité, le monarque a mis le feu au temple de Baique sous le coup de la colère.
Pendant l'incendie du temple, la princesse Miao Shan n'a pu trouver aucun refuge et c'est un grand oiseau blanc qui l’a secourue, la portant dans son bec jusque dans la grande salle... D’où le nom du temple "baique", qui signifie l’oiseau blanc. Croyant sa fille morte, le roi est rentré chez lui. Mais la princesse était toujours bien vivante, à l'abri du temple de Baique.
De nos jours, le temple de Baique attire toujours beaucoup de fidèles, et l’histoire de la princesse Miao Shan se raconte encore.
Après son introduction en Chine, le Bodhisattva indien a été loué par un grand nombre de croyants. Mais les autochtones pensaient toujours que le bodhisattva était une princesse au bon coeur, une belle jeune fille qui habitait leur région depuis longtemps déjà.
Partout sur le mont Putuo, on peut entendre des récits sur le bodhisattva. Et avec le temps qui passe, le bodhisattva a pris une forme totalement féminine. Alors comment le bodhisattva est-il arrivé jusqu'au mont Putuo ? Et comment ce mont est-il devenu un lieu réservé aux rites bouddhistes du bodhisattva ?
Wang Liansheng, expert en archives historiques du mont Putuo
« D’après une autre légende locale, le bodhisattva vient du mont Luojia qui n’est pas vraiment une grande montagne. Le bouddha a été séduit par la grandeur et la beauté du mont Putuo, situé juste en face. Il a voulu y établir un lieu réservé aux rites. Il a sauté du mont Luojia et atterri sur une grande pierre où il a laissé l’empreinte de son pied. Une empreinte deux fois plus grande que la normale. Cette pierre est un site ancien auquel les touristes et les fidèles vouent un grand respect. Les croyants du Tibet et des pays d’Asie du sud-est posent leur front sur cette empreinte de pied pour développer leur intelligence."
De loin, le mont Luojia ressemble à un Guanyin allongé sur le dos au-dessus des vagues de la mer.
Le mont Putuo et le mont Luojia se situent sur le littoral Lianhuayang, qui signifie fleur de lotus. Sous l'effet du vent, les vagues déferlent et ressemblent à des milliers de fleurs de lotus, c'est un des magnifiques paysage du royaume bouddhique.
A présent, les fidèles du mont Putuo doivent aussi faire l'ascension du mont Luojia. Car depuis toujours, on dit qu'un pélerinage sur le mont Putou doit obligatoirement passer par le mont Luojia.
Voilà ce que disent les légendes. Mais selon les récits historiques, la désignation du lieu réservé aux rites du bodhisattva est liée au moine japonais Hui Eu.
En 863, ce moine japonais a vu sur le mont Wutai une statue du bodhisattva qu'il aimait beaucoup. Sans l’accord des moines locaux, il a pris cette statue pour l'emmener au Japon. Mais au moment de l'embarquement, la statue jusqu'ici très légère, est soudainement devenue très lourde. Et il a fallu une bonne dizaine d'hommes pour la hisser dans le bateau. Et quand le navire est passé près du mont Putuo, la mer s'est chargée de vagues impétueuses, et le bateau fut cloué, remplissant de peur ses occupants. Le soir, Hui Eu a fait un rêve dans lequel un moine venait lui dire qu’il l’aidera à rentrer au Japon s’il déposait la statue sur cette montagne. Le lendemain, Hui Eu et les équipiers ont débarqué la statue et l'ont installée près de la grotte Chaoyin du mont Putuo. Et c'est ainsi que cette statue a pris le nom de "bodhisattva ne voulant pas partir".
Un habitant du mont Putuo appelé Zhang a été très touché par cette histoire. Il a emporté cette statue chez lui et construit une cour pour l'héberger. Il s'agissait en fait de la base du temple du bodhisattva Baotuo et du temple Puji.
L'actuel temple du "bodhisattva ne voulant pas partir" a été construit sur les ruines de la salle de Wuliang. Mais est-ce que la culture du bodhisattva a véritablement commencé comme dans l'histoire de Hui Eu ?
Moine Zhizong du mont Putuo
« La réalité n’est pas comme la même. Selon les écrits historiques, c'est sous les Jin, au 3ème siècle, qu'un grand nombre de personnes sont venues visiter le mont Putuo, et qu'ils ont vu ce qu’ils avaient imaginé."
La culture bouddhique a exercé une très forte influence sur le mont Putuo, depuis longtemps. Et finalement, l’histoire du moine japonais et du "bodhisattva ne voulant partir" entourent ce lieu de mystère. Et personne ne peut oublier le piteux moine japonais.
Aujourd’hui, il n'y a plus de trace de la statue du bodhisattva laissée par le moine Hui Eu. Mais les échanges du bouddisme et la croyance au bodhisattva ne sont jamais interrompus. L’Association des rites du bodhisattva chinois du Japon envoie souvent des groupes d’échanges en pélerinage au mont Putuo.
A travers ces statues du bodhisattva venues du Japon, nous pourrons peut-être comprendre les particularités de la statue du bodhisattva laissée par Hui Eu.
Tous les visiteurs du mont Putuo prennent le temps d'écouter le bruit des vagues dans la grotte de Chaoyin où l’empereur Kangxi a laissé son écriture. Mais quelle est la particularité de ce bruit? En réalité, dans le bouddhisme, le son du bouddha est comme une rumeur de vague venant de la grotte du mont Putuo. Mais d’autres disent que la grotte est comme l’oreille du Bodhisattva. Et pour beaucoup de fidèles, le Bodhisattva peut ici écouter leurs prières.
La représentation du Bodhisattva n'est pas la seule à avoir évolué. Son appellation aussi a changé. Comme le mont Putuo se situe dans la mer du sud de Chine, les habitants locaux lui ont donné plusieurs noms différents: le Bodhisattva de la mer du sud, le Bodhisattva de l'île, le Bodhisattva de la traversée de la mer ou encore le Bodhisattva de Aoyu. Derrière la salle de la grande majesté du temple de Fayu, on trouve un groupe de statues du Bodhisattva de l'île. C'était sa représentation pour les rites bouddhistes.
Interview du moine Jingmin
« Des quatre monts bouddhiques, le Bodhisattva est le seul installé sur une île. Il se trouve sur un mont entouré par la mer, sur une position en forme de tête de tortue... c’est un bon augure. Le Bodhisattva a deux servants: un garçon et une fille. Dans le bouddhisme, le garçon s’appelle "Shancai" et la fille "Longnu". Ils tiennent une perle dans les mains. Pour faire ressortir la scène, il y a aussi des officiers et des soldats sous forme de crevettes et de crabes, ainsi que des immortels célestes. On y a même introduit la croyance taoiste avec la présence des 8 immortels. "
Le Bodhisattva de l'île est très respecté par les pêcheurs. Ces derniers travaillent tous les jours en mer, dans des conditions difficiles. Ils ont donc besoin d'un ange gardien bienveillant. Et c'est pourquoi il se dévouent au Bodhisattva.
Depuis son introduction en Chine, la croyance dans le Bodhisattva a pris de multiples formes sous l’influence de la culture chinoise. Nous avons pu filmer sur la balustrade du temple de Fayu un ensemble de 24 dessins représentant la piété filiale fondamentale dans le taoisme chinois.
Interview de Xinguang
« La culture du Bodhisattva, mais aussi toute la culture bouddhiste ont des liens très étroits avec le taoisme. Les gens utilisent des méthodes différentes pour étudier le dharma et la pensée du taoisme... ils aboutissent donc à des points de vue différents. Mais fondamentalement, les taoistes préconisent la bonté, la vertu, la politesse, l’intelligence et la crédibilité; tandis que le bouddhisme préconise plutôt cinq abstentions : abstention de tuer, de voler, de violer, de proférer de faux propos et de boire du vin."
La piété filiale qui fait règle dans 24 domaines est le centre de la morale taoiste et des principes de vertu visant à maintenir les relations familiales dans la société chinoise depuis plusieurs milliers d’années.
des fidèles avant la mise en service d'un nouveau quai. Là aussi, il existe une belle légende...
Au début de la dynastie des Ming, une jeune fille et sa belle soeur sont allées au mont Putuo présenter leurs respects au Bodhisattva. Après avoir surmonté d’innombrables difficultés, elles y sont finalement arrivées. Mais la jeune fille est soudainement tombée malade, et sa belle-soeur a dû la laisser dans le bateau. Plus tard, alors que la marée montait, le bateau a quitté le quai. La jeune fille, appeurée et affamée, a fondu en larmes. Et c'est alors qu'une vieille femme bienveillante qui marchait sur l’eau est venue sur le bateau lui apporter un panier de nourriture.
Cette vieille femme est la personnalification du Bodhisattva.
La plupart des récits, quels qu'ils soient, l'évoquent. Et depuis des siècles, sous la brise, cette histoire mystérieuse est racontée aux passagers... Une histoire quoi prouve que pour les gens, le Bodhisattva est une vielle femme bienveillante qui vit parmi eux.
Les tablettes se dressent sur le quai près du site ancien de Duangu. Les pèlerins estiment que l’esprit du Bodhisattva, qui ressemble tantôt à une force, tantôt à des vagues paisibles, leur insuffle une douce aspiration.
D’après cette légende, sous les Yuan, les Ming et les Qing, la croyance dans le Bodhisattva a été de plus en plus liée à la vie quotidienne de la population. Les diverses représentations du Bodhisattva correspondent en fait mieux aux besoins de ces habitants... D'où le Bodhisattva faisant concevoir un garçon, le Bodhisattva de la lune d’eau, ou encore le Bodhisattva de Yulan……
Moine Jing Min du mont Putuo
« A ce propos, il existe deux phrases parallèles significatives: « le bouddha de Yunhe présente une image féminine », dit la première. « Grâce à la bienveillance du bouddha » selon la seconde. Si le Bodhisattva revêt une image féminine, c'est parce qu'il est animé d'une bonté de vieille femme bienveillante. C'est pourquoi le Bodhisattva est très apprécié des bouddhistes chinois. »
En Chine, on loue des personnes pour bénéficier de la bonté du bouddha. C'est une expression courante de l’esprit du Bodhisattva. Mais pour la plupart des Chinois, parmi les différentes représentations du Bodhisattva, c'est celle de la mère bienveillante qui est la plus connue. Avec le long travail du temps, les représentations du Bodhisattva se sont diversifiées... mais sa bienveillance est admise par de plus en plus de croyants. Ils estiment en fait que le Bodhisattva personifie l’amour, la beauté et la bonté.
Dans le calendrier lunaire, le 19e jour du 2e mois correspond au Noël du Bodhisattva, tandis que le 19e jour du 6e mois marque sa maturité. Enfin, c'est au 19e jour du 9e mois qu'il se fait moine. Ces trois dates marquent des fêtes très solennelles, pendant lesquelles les croyants de diverses régions viennent au mont Putuo en pélerinage.
Le moine supérieur du mont Putuo, Jie Ren, vit au mont Putuo depuis très longtemps. Chaque année, lors de la rencontre religieuse, il se prosterne tous les trois pas , et ce durant toute l'ascension du sommet bouddhique. La croyance dans le Bodhisattva est le sens de sa vie. Et il se dit toujours très ému quand il voit arriver les fidèles.
Moine supérieur du mont Putuo, Jie Ren
« Durant les rencontres religieuses annuelles, je suis très touché par le nombre si important de croyants qui, à leur descente du bateau, se prosternent tous les trois pas en montant sur le sommet bouddhique. Il faut compter plus de dix heures au total pour y arriver. Les fidèles s'arrêtent régulièrement pour boire et manger, puis ils continuent à se prosterner. C'est un spectacle très émouvant."
Mais ce qui touche le moine supérieur Jie Ren, c'est non seulement ce spectacle des fidèles, mais aussi et surtout leur ferveur envers Bodhisattva...
Pendant les rencontres religieuses annuelles, le mont Putuo brille d'éclats singuliers quand le soir tombe.
Cette cérémonie religieuse marque la transmission de la lampe...
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