|
L’ancien Etat mandchou fantoche à Changchun
Changchun est une belle ville bien qu’elle soit beaucoup plus jeune que les autres villes anciennes chinoises. C´est une ville complexe, qui a connu une grande souffrance. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Changchun a occupé une position aussi importante que Stalingrade ou Berlin. Les constructions japonaises dans la région témoignent encore de son passé et de sa position.
L´ensemble de l´architecture retrace les événements qui ont eu lieu à cette époque.
Il s’agit d’une histoire sanglante. Aujourd’hui ces constructions doivent raconter aux gens tout ce qui s’est passé et qu’on ne doit pas oublier.
Le 10 mars 1932, Le conseil des Affaires d’Etat de l’Etat mandchou fantoche publie son premier avis, annonçant que Changchun est choisie comme capitale. Quatre jours plus tard, il publie un deuxième avis baptisant Changchun du nom de « Xinjing ».
Wang Qingxiang, chercheur
Institut de la recherche historique, Académie des sciences sociales du Jilin
Pourquoi Changchun a-t-elle été choisie comme capitale ? Parce que cette ville se trouve au centre de la Chine du Nord-Est. Aux yeux des Japonais c’est une région importante géographiquement et stratégiquement. Elle peut, d’une part, leur servir de bastion de défense contre les éventuelles opérations militaires venant de l´ancienne Union soviétique; d´autre part, elle peut être une tête de pont dans leur guerre d’agression contre le nord de la Chine. Sur le plan économique, les Japonais voulaient tirer profit de cette base, bien que Changchun était moins développée à l´époque.
Les principaux travaux de construction de l’Etat mandchou japonais démarrent juste à ce moment-là.
En 1933, la construction du poste de commandement de l’armée japonaise de Kanto est achevée. La résidence se trouve en sa partie ouest.
C’est justement dans cette construction de style japonais que, durant sept mandats, les commandants en chef de l’armée de Kanto et les ambassadeurs japonais auprès de l’Etat mandchoue fantoche ont ourdi leurs complots. Ils y ont tramé l’ « événement du 19 septembre » et élaboré une série de mesures politiques pour l’Etat mandchou fantoche, liées au « protocole nippo-manchoue » qu’ils ont signé. C´est de là qu´il ont dépossédé la Chine du Nord-Est de ses droits souverains et installé Puyi sur le trône de l’empereur de Kangde ». Ils y ont aussi pris la décision d’encercler et d´anéantir les forces alliées anti-japonaises et d’étendre la guerre d’agression en Chine.
Vers 1935, divers départements gouvernementaux japonais, tels que le conseil des Affaires d’Etat et les ministères de l´armée, de l’économie, de la justice et des communications, ont été mis en place à Changchun.
Wang Qingxiang, chercheur
Institut de la recherche historique, Académie des sciences sociales du Jilin
Les Japonais voulaient faire de Changchun leur centre de commandement permanent de la Chine du Nord-Est. Pour réaliser leurs desseins, Ils ont réalisé toutes leurs constructions dans le style japonais, transformant radicalement le visage de la Chine traditionnelle, culturelle et spirituelle. C’était des projets véritablement macabres.
Le ministère de l´armée, construit en 1935, définit un grand nombre de politiques d’oppression contre le peuple chinois et les met à exécution. A l´époque de l’Etat mandchoue fantoche, il est baptisé ministère militaire et politique. A partir de 1937, il est ministère de la sécurité publique. Ce n´est qu´en 1943, qu´il retrouve son ancien nom de ministère de l´armée.
C’était un centre d’oppression contre les populations anti-japonaises. Les officiers de l’Etat mandchou fantoche, agissant sur ordre de leurs maîtres japonais, dirigent les militaires, la police, la gendarmerie et les services secrets, dont les agents sont parsemés dans l’ensemble du Nord-Est de la Chine. Ils mènent une lutte acharnée contre les populations et les forces anti-japonaises qu´ils forcent à accepter la domination de l’impérialisme japonais. Le Nord-Est de la Chine est ainsi transformé en une colonie japonaise.
Le tribunal suprême d’exception de l’Etat mandchou fantoche est créé en 1936. C´est le principal moyen d´oppression des dominateurs japonais contre le peuple chinois.
C’est ici que Luo Mingxing, commandant en chef du 19ème détachement des forces alliées anti-japonaises au Nord-Est de la Chine, a été condamné à mort. Il est mort en martyr le 20 mai 1939.
Cet édifice disposait de salles d’interrogatoire et de dizaines d’instruments de torture, tel que le supplice de la pendaison. Le tribunal montait des accusations fabriquées de toutes pièces contre les habitants pour les persécuter ou les arrêter à sa guise.
La banque centrale du pouvoir mandchou fantoche est construite en 1938 avec pour fonctions de dominer et piller les ressources du Nord-Est de la Chine. Cette banque n’est rien d’autre qu’une succursale de la banque japonaise en Chine, placée sous le contrôle rigoureux de l´armée de Kanto.
Wang Qingxiang, chercheur
Institut de la recherche historique, Académie des sciences sociales du Jilin
Ces ministères ont fait l’impossible pour aider les agresseurs japonais à renforcer leur domination sur la terre chinoise et à la transformer en territoire chinois. Pour résoudre le problème de la main d’oeuvre, ils ont fait venir par bateau un grand nombre d’immigrés. Il est à noter que les sièges de ces ministères ont été construits par des travailleurs du Nord-Est de la Chine eux-mêmes et qu’on ne peut jamais attribuer tout le mérite aux agresseurs japonais. Ce qu’ils font, ce n’est rien d’autre que pour réaliser leurs ambitions d’agression.
Ces édifices sont toujours là pour témoigner des évènements qui ont eu lieu, il y a plus d’un demi siècle, au Nord-Est de la Chine.
|