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1. Dans le Musée du Palais, le quartier Nansansuo est l'endroit où les princes Qing vivaient et étudiaient. Aujourd'hui, il abrite le Département des Antiquités du musée.
2. Geng Baochang a travaillé dans le Musée du Palais pendant près d'un demi-siècle. Sa principale tâche était d'étudier, d'évaluer et de conserver les céramiques.
3. A une époque, on ne trouvait les porcelaines qu'en Chine. Les Chinois peuvent être fiers d'en avoir inventé le procédé de fabrication et d'avoir produit des objets aussi forts que le feu, aussi élégants que l'eau et aussi vrais que la terre.
4. Les Chinois ont mis en valeur leur intelligence et leur esprit pour transformer de la simple glaise en objets d'art.
5. A l'époque de l'impératrice Wu Zhetian sous les Tang, les céramiques étaient destinées à recueillir les reliques bouddhistes. A la cour de l’empereur Huizong sous les Song, les porcelaines étaient d’élégants objets de décoration. Kubilay Khan, le premier empereur de la dynastie Yuan, les utilisait comme marchandise commerciale. L'empereur Yongle donnait des porcelaines comme précieux cadeaux aux envoyés étrangers. L’empereur Yongzheng créa même lui-même des objets en porcelaine. Aujourd'hui, les objets en porcelaine font partie de la vie quotidienne des Chinois. On peut entrevoir de précieuses porcelaines dans ce palais qui est le plus grand au monde. Elles font partie du patrimoine culturel de l’Humanité.
6. Sur le million et demi d'objets repris comme reliques culturelles dans le Musée du Palais, 350.000 sont des porcelaines. Parmi eux, M. Geng Baochang préfère ces deux petites coupes en porcelaine qui ne mesurent pas plus de six centimètres et qui ont été peintes avec des couleurs vives durant le règne de l'empereur Chenghua des Ming. Elles sont parmi les pièces les plus précieuses du Musée du Palais. M.Geng les a vues pour la première fois il y a 70 ans.
7. Le premier propriétaire de ces coupes fut l'empereur Chenghua.
8. En 1481, les ministres n'avaient pas vu l'empereur Chenghua à la cour depuis un long moment ; tout le monde savait qu'il passait un moment agréable avec Wan gui fei, sa concubine favorite, dans ses appartements privés de la Cité Interdite. Pour conquérir son cœur, l'empereur demanda aux artisans de Jingdezhen de fabriquer de petites coupes à vin d'une extrême délicatesse. Elles sont appelées : « chicken-cups », car ce sont des coupes à vin ornées de motifs de coqs et de poules. Il n'en existe qu'une douzaine au monde.
9. Mais les coupes en porcelaine aux couleurs contrastées décorées d’un papillon, d’une orchidée et de végétation sont encore plus rares. On en trouve que deux encore intactes conservées au Musée du Palais. Les érudits les considèrent comme les meilleures coupes à vin au monde.
10. Voilà plus de 500 années que régnait l'empereur Chenghua, mais certaines des porcelaines appréciées par sa concubine Wan gui fei se trouvent encore dans le palais alors que d'autres furent dispersées aux quatre coins du monde. La plupart des 350.000 porcelaines du palais sont des pièces uniques. Il y a d'ailleurs beaucoup d'histoires sur ces pièces et leurs propriétaires qui vécurent dans ce palais. Ces porcelaines sont devenues des œuvres d'art dont les Chinois sont fiers.
11. Les lettrés chinois ont toujours apprécié les porcelaines « Miseci » (un type de céladon bleu-clair) avec leur sensation de jade doux et leur aspect de glace claire comme du cristal précieux et leur couler verte comme dans les plus beaux paysages.
12. Ceux-ci sont les plus anciens vases en porcelaine conservés dans les collections du Musée du Palais. Il y avait beaucoup d'histoires sur ces vases : des doutes sur leur authenticité, des questions sur leur origine ou sur leur dénomination. Personne n'avait réussi à les résoudre. Le débat fut clos lorsqu'on découvrit en 1987 treize porcelaines « Miseci » dans le palais souterrain du temple Famen dans la province du Shaanxi. Depuis la fondation de la République populaire de Chine, le Musée du Palais n'a acheté que trois exemples de ces porcelaines. Même les empereurs des Ming et des Qing en trouvaient avec difficulté. L'empereur Qianlong composa un poème à leur sujet: "les objets fabriqués dans le four Yue sous la dynastie Tang sont difficiles à trouver et les céramiques fabriquées dans les fours officiels de la dynastie des Song du Nord ne se trouvent que dans le ciel."
13. Dans la Chine ancienne, les objets les plus rares et les plus beaux étaient exclusivement utilisés par la famille impériale. La seconde année du règne de l'empereur Hongwu des Ming, le premier four impérial de l'histoire chinoise fut officiellement installé à Jingdezhen . Il était supervisé et géré par la cour impériale et on y utilisait la meilleure qualité de glaise.
14. Toute la porcelaine produite à Jingdezhen était exclusivement destinée à la famille impériale. Le peuple ne pouvait l'utiliser ou en faire commerce. Toutes les méthodes et les formules de cuisson étaient hautement confidentielles. L'empereur Zhu Yuanzhang des Ming décida que toute la vaisselle pour les sacrifices au ciel et à la terre devaient être en porcelaine. Il avait pris cette décision par souci d'économie car à cette époque toute la vaisselle pour les sacrifices était en or, en argent ou en jade. Plus tard, l’empereur Zhu Di prit l'initiative d'utiliser des bols en porcelaine et non en jade pour les repas. Il se servait aussi de la vaisselle en porcelaines pour les rîtes funéraires et pour les cadeaux faits aux pays vassaux de la Chine.
15. Cette coupe en porcelaine « bleu et blanc » fut fabriquée sous le règne de l'empereur Yongle des Ming et elle est aujourd'hui conservée au Musée du Palais. Les quatre caractères à l’intérieur signifient qu'elle fut « fabriquée sous le règne de l'empereur Yongle ». C'est la première coupe des fours officiels qui porte le nom du règne de l'empereur sous lequel elle fut réalisée. C'est à partir de ce moment que les empereurs chinois commencèrent à apprécier que la porcelaine porte le nom de leur règne : c'est la principale caractéristique des porcelaines impériales.
16. Avec l'appui des empereurs, la qualité de la porcelaine s'améliora nettement sous les Ming. A cette époque, les artisans de toute la Chine venaient à Jingdezhen. Leur production fut exportée dans le monde entier. Cela fit la renommée de la ville qui devint le principal centre de production de porcelaine en Chine.
17. Un missionnaire français de passage à Jingdezhen décrivit l'ambiance spectaculaire de la production de porcelaine : « Le jour, de grosses fumées cachaient les nuages. Une fois la nuit tombée, les feux des fours embrasaient le ciel. »
18. Une fois terminés, les objets en porcelaine étaient transportés par des bateaux chinois, perses, portugais et anglais de Yangzhou, Guangzhou et Quanzhou vers l'Inde, la péninsule arabe, l'Europe et même l'Afrique.
19. C'est à cette époque que la porcelaine la plus délicate et de plus haute qualité était fabriquée à Jingdezhen. Elle était exclusivement envoyée à la Cité Interdite à Beijing.
20. Ces porcelaines impériales Ming étaient envoyées directement de Jingdezhen au Palais impérial.
21. Aujourd'hui, des porcelaines impériales sont rassemblées au Musée du Palais, mais on y trouve aussi des porcelaines spécialement fabriquées pour l'exportation sous les dynasties Yuan et Ming. La porcelaine « bleu et blanc » en est l'exemple typique.
22. Au cours d'une vente aux enchères chez Christie's en Angleterre en juillet 2005, un vase bleu et blanc représentant le mont Guiguxia et fabriqué sous la dynastie Yuan a été adjugé pour 230 millions de yuan, le montant le plus élevé jamais payé pour un objet d'art asiatique.
23. Ceci est un plat « bleu et blanc » fabriqué sous la dynastie Yuan et conservé au Musée du Palais. Ceci est un vase à décor bleu et blanc à couverte rouge ; il est beaucoup plus rare que les porcelaines « bleu et blanc ».
24.Les premières pièces à décor « bleu et blanc » furent fabriquées sous la dynastie Tang et devinrent populaires sous les Ming. A cette époque, la qualité et la quantité atteignirent des sommets jamais égalés. Ces exemples sont les pièces les plus représentatives de « bleu et blanc » fabriquées sous le règne des empereurs Yongle et Xuande, et ils sont conservés au Musée du Palais. Les pièces furent fabriquées avec du bleu de cobalt ramené de l’Ouest par Zheng He. Le bleu de cobalt était utilisé pour produire une couleur riche et éclatante. On trouve des taches uniques sur la surface de ces porcelaines. Ces taches sont similaires aux effets réalisés avec des techniques employées dans les peintures à l'encre de Chine.
25. C'était l'époque où les porcelaines « bleu et blanc » étaient les principales exportations chinoises vers l'Asie, l'Europe et l'Afrique. Sous les dynasties Yuan et Ming, de nombreux bateaux chargés de porcelaines fabriquées en Chine coulèrent dans les océans Atlantique et Indien. Chaque effort de sauvetage apporte des nouvelles découvertes surprenantes.
26. Tout objet en porcelaine est délicat. Durant la cuisson à haute température, il est difficile de prévoir et de contrôler les changements compliqués en cours. C'est pourquoi les Chinois dans l'ancien temps affirmaient qu'il était difficile de produire de la porcelaine qui soit vraiment fine. Pour l'obtenir, il fallait réunir des conditions favorables et atteindre un haut degré de maîtrise.
27. Beaucoup d'artisans n'arrivaient pas à produire de la porcelaine vraiment délicate du point de vue de la forme, de la qualité, du modèle et de la couleur, malgré toute une vie d’effort.
28. Mais certaines porcelaines de qualité sont restées intactes pendant des siècles et nous sont parvenues. Les pièces les plus représentatives fabriquées dans les fours impériaux Ming sont rassemblées au Musée du Palais.
29. Si une porcelaine fabriquée dans les fours impériaux avait une imperfection, elle était immédiatement jetée. Voilà les ruines du four impérial de la dynastie Ming à Jingdezhen. On peut encore voir dans le sol des débris de porcelaine « bleu et blanc » datant de cette époque. Dans la Cité interdite, les eunuques étaient responsables d’enterrer les porcelaines cassées. Selon les archives des dynasties Ming et Qing, si un objet en porcelaine utilisé dans le Palais impérial était endommagé, il devait être jeté selon une procédure particulière. Ces objets devaient être enterrés dans un endroit spécial et aucun morceau ne pouvait être emmené en dehors du palais. Après la création du Musée du Palais, un grand nombre de morceaux fut retrouvé dans divers anciens sites de construction, ce qui corrobore ce que disent les archives.
30. C'est dans le quartier Beiwusuo du Musée du Palais que des morceaux de porcelaine furent découverts et devinrent les meilleurs échantillons pour l’étude de la porcelaine ancienne. La principale tâche de la section de céramique du Département des Antiquités du Musée du Palais est de nettoyer ces morceaux de porcelaine.
T :
Pourquoi n'y a-t-il aucune inscription qui indique la date de fabrication ?
T :
GENG BAOCHANG, chercheur au Musée du Palais
Jusqu'à présent on ne sait pas
si les porcelaines du règne de l'empereur Kangxi
ont été fabriquées dans des fours officiels ou privés.
Certaines porcelaines étaient vendues à l'étranger,
elles n'ont pas été produites dans les fours impériaux.
L'empereur Kangxi ne souhaitait pas
voir la date de son règne sur les porcelaines
car il trouvait que celles-ci étaient fragiles.
Une fois cassées on les jetait,
ceci signifiait de la même façon que
l'on se débarrassait de l'empereur.
31.Les objets utilisés à la cour impérial étaient généralement marqués par l'influence des empereurs : leur goût esthétique, leur caractère, leur passe-temps et leurs ambitions politiques influençaient de manière décisive la production de porcelaines.
32. Le 7e jour du premier mois lunaire de la 18e année du règne de l'empereur Shunzhi de la dynastie Qing, pendant que l'empereur Kangxi montait sur le trône à l'âge de 8 ans, Wu Liangpu, un eunuque en charge des affaires de la cour, était arrêté et exécuté par l'impératrice douairière Xiaozhuang.
33. Les bureaux d’Etat établis sous la dynastie Ming et dominés par 13 eunuques furent abolis et remplacés par le Bureau de la Maison impériale. Composé de douzaines de départements, il était en charge des affaires internes du Palais impérial. Les ateliers sous sa responsabilité étaient chargés de fabriquer tous les articles utilisés à la cour. La production de la porcelaine était donc directement sous son contrôle.
34. A partir de l'empereur Kangxi, les empereurs Qing consacrèrent plus de temps et d'efforts que leurs prédécesseurs pour faire fabriquer des objets en porcelaine.
35. La principale contribution de l'empereur Kangxi à l'industrie de la porcelaine chinoise fut sa décision de produire de la porcelaine émaillée.
36. Les missionnaires français avaient offert en tributs des émaux en cuivre à l'empereur Kangxi qui, sous le charme, décida de faire produire à titre d'essai ce type de pièces émaillées dans les ateliers de la cour impériale, et d'appliquer la technique de l’émail aux objets en porcelaine.
37. Pour fabriquer les porcelaines émaillées, l'empereur créa l'atelier d'émail relevant du Bureau de la Maison impériale. Les méthodes de fabrication des porcelaines émaillées étaient différentes des autres porcelaines. Ces objets étaient exclusivement utilisés par la famille impériale. Lorsque les porcelaines non décorées étaient prêtes à Jindezhen, elles étaient transportées à la Cité interdite où les peintres de la cour appliquaient les émaux avant de les cuire de nouveau dans le four de la cour impériale.
38. Le four impérial était situé dans le Hall de la Méditation, ce qui facilitait la supervision de l'empereur Kangxi.
39. La production de porcelaine à la cour impériale sous la supervision directe de l'empereur est un fait sans précédent en Chine et dans le reste du monde. Les émaux en cuivre provenaient à l'origine de l'Ouest. Kangxi souhaitait attirer à la cour des missionnaires étrangers sachant peindre. Ceux-ci étaient invités au palais impérial pour participer à la fabrication des objets en émail même s'ils ne souhaitaient pas accomplir cette tâche spécifique.
40. En mars de la 56e année du règne de l'empereur Kangxi, Matteo Ripa, un missionnaire italien, écrit une lettre à un de ses collègues en Europe: « L' empereur aime les émaux peints européens. Il a demandé aux peintres européens de peindre des émaux. Nous devions travailler toute la journée avec les humbles artisans chinois. Nous avons donc prétendu que nous n'avions jamais appris à peindre des émaux et que nous ne voulions pas apprendre. Nos peintures étaient donc de mauvaise facture. L'empereur a décidé donc que nous ne devions plus peindre des émaux. »
41. Sous la supervision directe et avant la mort de l'empereur Kangxi, des porcelaines émaillées furent fabriquées avec succès. Fabriqués avec des émaux importés, ces objets avaient le même style que les émaux en cuivre. Les motifs floraux étaient les plus répandus.
42. En 1723, lorsque l'empereur Yongzheng accèda au trône, il n'avait pas seulement hérité du pouvoir impérial de son père mais aussi de son amour pour les porcelaines ornées d'émaux. Toutefois la production de ce type de porcelaine ne démarra véritablement que la 6e année du règne de l'empereur Yongzheng. La principale raison en était que jusque là l’émail utilisé devait être importé de l'Ouest et qu’il n’y avait que peu de couleurs disponibles. L'empereur Yongzheng nomma son jeune frère Yunxiang à la tête des ateliers fabriquant ces porcelaines et relevant du Bureau de la Maison impériale. Enfin dans la 6e année de son règne, on commença à produire en Chine des émaux de diverses couleurs de meilleures qualité que les émaux importés.
43. L'empereur Yongzheng était aussi enthousiaste que son père pour les porcelaines ornées d'émaux. Malgré son agenda fort chargé, il trouvait encore le temps de concevoir des porcelaines : il s'intéressait au type de matières premières utilisées, aux décors et même aux modèles des porcelaines.
44. Le 17e jour du second mois lunaire de la 6e année de son règne, l'empereur Yongzheng était occupé avec un certain nombre de dossiers des affaires de l'Etat. Le matin, il s'était d'abord rendu au Hall de l'Harmonie centrale et au Hall de la Préservation de l'Harmonie pour contrôler les préparatifs des sacrifices aux dieux de l'Autel de l'Agriculture. Puis, il était retourné au Hall de la Méditation où il avait relu trois rapports qui lui avaient été soumis. Mais, en dépit de son programme chargé, il avait trouvé encore le temps de rédiger des instructions détaillées concernant la forme, le décor et les matériaux des porcelaines émaillées.
45. Voilà des porcelaines émaillées fabriquées sous le règne de l'empereur Yongzheng. Les chercheurs les trouvent dépouillées, élégantes, délicates et esthétiquement très belles. Après la 6e année du règne de l'empereur Yongzheng, des peintres renommés de la cour devaient décorer les porcelaines blanches avec des motifs coloriés tels que des prunus, des orchidées, des bambous et des chrysanthèmes. Autant de motifs appréciés par les lettrés .
46. La porcelaine émaillée représente le plus haut niveau technologique jamais atteint au cours des 8.000 ans d'histoire de la céramique chinoise.
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