L’aventure sur la Route du thé et des chevaux
La Route du thé et des chevaux
Dans la première partie de notre aventure sur la route du thé et des chevaux, nous avons parcouru une longue route depuis Lijiang dans le Yunnan jusqu’à Deqin, près de la frontière tibétaine. Nous avons visité le plus grand temple bouddhiste du Yunnan, appris à faire du thé au beurre tibétain et joué dans un vignoble au pied du glacier de Minyong. L’action était donc au rendez-vous mais rassurez-vous, ce n’est pas fini !
3e jour
Les Montagnes Meili – Mangkang
200 kilomètres
Marc Edwards
Bienvenue dans cette édition spéciale de Carnet de route. C'est notre troisième jour sur la Route du thé et des chevaux et nous avons dû nous lever très tôt. Il est environ 6h30, mais nous nous sommes levés à 5h30 pour être sûrs d’avoir le temps de remballer nos affaires et prendre un petit-déjeuner. Nous allons passer une grande partie de la journée sur la route et parcourir plus de 300 kilomètres en direction de Yanjing, célèbre pour ses puits de sel. Je vais enfin voir la différence entre sel rouge et sel blanc ; je sais bien sûr à quoi ressemble le sel blanc, mais il faut aller jusqu’au Tibet pour découvrir le sel rouge. Je suis très excité !
Nous partons en direction de Yanjing.
Nous poursuivons lentement notre chemin à travers les routes périlleuses du Tibet. Nous longeons le fleuve Lancang, dont les affluents régulent la vie de plus de 60 millions d'habitants à bien des égards, que ce soit pour la nourriture, l'eau ou le transport. Il faut parfois payer le prix fort pour découvrir des endroits magnifiques, et c’est un véritable parcours du combattant que de voyager sur cette route. Je me sens vraiment à des années lumières du monde moderne. Mais pour moi, c’est ça « l’aventure ».
Le fleuve Lancang
Cela fait environ trois heures que nous sommes sur la route, sans exagérer, c'est probablement la route la plus cabossée que j’ai jamais empruntée ! Il n’y a pas encore de route goudronnée ici, et les locaux essayent d’entretenir cette piste en dégageant les obstacles et les rochers de la route. Comme vous pouvez le voir, nous avons fait une petite pause toilettes, en espérant en fait que la route soit dégagée quand nous remonterons en voiture.
Nous croisons un groupe de travailleurs creusant la roche sur un pan de la montagne. Ils construisent une route un peu plus en amont de notre chemin. Le coût de cet ouvrage est d'environ deux millions de yuans par kilomètre. Qualifier cette route de poussiéreuse est un doux euphémisme. Mais nous sommes à peine surpris, étant donné que nous nous trouvons dans une partie relativement sous-développée du pays. Cette route est très souvent exposée aux chutes de pierres ainsi qu’aux glissements de terrain. Notre excursion à Yanjing est d’ailleurs annulée à cause qu’un glisement de terrain qui nous coupe la route. Heureusement, le temps est avec nous. Mais nous devons nous préparer à déblayer la route si nous voulons avancer. J’imagine que c’est ce que des générations de chefs de caravane ont dû faire.
Aujourd’hui encore, les chevaux sont beaucoup utilisés, notamment pour transporter des marchandises sur des sentiers peu praticables comme celui-ci. Et à vrai dire, ils semblent bien plus à leur aise sur cette route que nous ne le sommes dans notre imposant véhicule.
Je voulais discuter avec eux pour pouvoir peut-être bénéficier d’un transport plus rapide !
Et bien, nous avons laissé la voiture derrière nous pour faire les derniers mètres à pied et ressentir les émotions des chefs de caravane lorsqu’ils marchaient le long de la Route du thé et des chevaux. A vrai dire, c’est assez fatiguant de faire le trajet à pied.
Bonjour, où allez-vous ?
A Yangjing.
Il semble qu'ils se dirigent dans la même direction que nous : Yanjing. Ces hommes, avec leur thé et leurs caravanes modernes, maîtrisent leurs chevaux de manière remarquable. Un simple son, et l'animal exécute précisément ce qu'on lui demande. Tradition et modernité, chevaux et voitures voyagent au même rythme sur la Route du thé et des chevaux. Curieusement, ces nomades m’expliquèrent plus tard que le cheval n’a pas toujours été un animal de choix, et que le singe lui était souvent préféré, à cause de sa meilleure capacité d’adaptation aux mauvaises conditions climatiques.
Voilà un spectacle peu commun ici : une église chrétienne édifiée dans un style architectural tibétain.
Je suis très excité à l’idée de découvrir cette partie de notre voyage. Je me tiens devant l'unique église chrétienne de toute la région du Tibet et qui a été construite il y a 150 ans par des missionnaires français.
Cette église a été édifiée à la fin du 19e siècle par des missionnaires français de la Société des missions étrangères de Paris. Le prêtre de l’église m'a précisé que la région compte environ 800 chrétiens, et que tous s’entendent très bien avec leurs voisins bouddhistes. Les mariages inter-religieux sont assez courants ici, sans pour autant que les gens renoncent à leurs croyances respectives à l'issue de leur union matrimoniale. L’ensemble du groupe est fasciné par cette église, et tout particulièrement par les chants qui résonnent à l'intérieur. Je suis d’ailleurs stupéfait que les cantiques soient chantés en langue tibétaine. Tandis que les autres sont occupés à prendre des photos, je préfère m’asseoir et écouter les cantiques. En ce qui concerne les livres de cantiques, ils ont plus de 100 ans. J’ai aussi mis la main sur une Bible tibétaine imprimée pour la première fois en 1948, m’a-t-on dit. Quand j'y pense, c'est tout de même remarquable de trouver le livre le plus lu dans les pays occidentaux, ici, au fin fond du Tibet.
Non loin de l'église, le long du fleuve Lancang, nous arrivons à ce que les autochtones appellent « les puits de sel ». Yangjing, qui signifie littéralement « puits de sel », tient son nom de son activité de production de sel depuis les 1500 dernières années. La section de Yanjing de la Route du thé et des chevaux est le point de rencontre entre les royaumes de Tubo au Tibet et de Nanzhao au Yunnan. Durant des siècles, ces deux royaumes se sont disputés le contrôle des terres salifères. Rien d'étonnant quand on pense qu'au temps du royaume de Tubo, le sel avait plus de valeur que l’or même. On raconte que lorsque Yanjing était à son apogée, elle accueillait quotidiennement 400 à 500 chevaux qui empruntaient la Route du thé et des chevaux.