Dynastie Ming - Jingdezhen 

Source: | 12-13-2008 15:05

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Pékin est la capitale de la Chine. Et Jingdezhen est la capitale de la porcelaine de Chine. La capitale de la céramique fut le centre d’activité de la production de porcelaines depuis la dynastie Ming, du 14ème au 17ème siècle. Suivez-moi pour un voyage dans la capitale de la porcelaine, Jingdezhen. Bienvenue à Travelogue. Je m’appelle Yin.

Situé dans la province du Jiangxi, Jingdezhen est la capitale de la porcelaine. Elle s’étale le long du fleuve Yangtsé, et sa porcelaine remonte à la dynastie Han, il y a presque 2000 ans.

Le nom originel de la ville était Xinping, puis Changnan en raison de sa situation au Sud de la rivière Chang. Lors de la période Jingde de la dynastie Song de 1004 à 1007, l’Empereur Zhenzong décrète que la ville doit produire toute la porcelaine de la cour impériale et porter l’inscription « Fabriqué sous le règne de Jingde ». Depuis cette période, cette porcelaine prend le nom de « porcelaine de Jingdezhen ».

Sous la dynastie Yuan, de 1279 à 1368, les fameux fours des Song du Nord sont détruits par les guerres. Seul Jingdezhen échappe à ce funeste sort. Où les investissements et l’innovation peuvent se poursuivre.

Le développement de la porcelaine s’ étend aussi sous le règne des Mongols, qui s’engagent dans le commerce avec les pays étrangers. Leurs produits émerveillent les étrangers par leur beauté, leur blancheur et leur finesse qui constituent une marchandise de choix sur la route de la soie vers le Moyen Orient et qui sont offerts comme cadeaux à d’autres pays. A cette époque, la mode moyen-orientale arrive aussi en Chine et influence d’ailleurs fortement la production de porcelaine de Jingdezhen. Il en ressort la porcelaine bleue et blanche que nous connaissons aujourd’hui.

La porcelaine de Jingdezhen connaît son apogée sous les Ming quand l’empereur envoie ses émissaires surveiller la production de la porcelaine et voyager à travers le monde. Zhenghe, un célèbre navigateur du 15e siècle, effectue 7 voyages jusqu’en Afrique, apportant de grandes quantités de soieries et de porcelaine de Jingdezhen. A cette époque, les Européens utilisent encore une vaisselle très simple. Les porcelaines qui leur sont présentées représentent alors le grand luxe ! La valeur de la porcelaine de Jingdezhen surpasse même virtuellement celle de l’or, et les Européens la surnomment « Or blanc ». Les Britanniques décident de nommer la porcelaine « china », du nom de ce mystérieux pays d’où elle provient.

C’est au village de Dongbu, près la montagne Gaolin, que se trouve l’origine de la porcelaine avec une abondance de ressources naturelles. Le kaolin est extrait dans les montagnes, les arbres alimentent le feu, l’eau est mélangée au kaolin et permet également de transporter la porcelaine par les voies navigables dans le monde entier.

Du sommet des montagnes, les ressources naturelles, l’argile et la céramique sont acheminés par les docks grâce à un chemin de pierres, encore marqué par le passage des chariots à roue. Tel est le chemin du kaolin jusqu’à la porcelaine.

Tout le monde à bord ! Bon d’accord, il n’y avait peut-être pas de grands bateaux à l’époque, mais c’est tout de même un mini-port et c’est de là que le kaolin était transporté du sommet des montagnes vers d’autres villes et centres de production de porcelaine. C’était le principal moyen de transport et il a une grande importance historique.

Les vieux docks d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les docks du passé. Aujourd’hui, on voit des villageois laver leurs vêtements dans l’eau, et non charger les navires de commerce. Ce genre de scènes a disparu. Le village de Dongbu s’est éteint. Mais si on y regarde d’un peu plus près on peut y retrouver quelques traces du passé.

La fameuse rue Dongbu au pied du Mont Gaolin était naguère une importante artère commerçante. Les tablettes de pierre datent de la dynastie Qing et le vieux centre de commerces abrite encore quelques vieilles échoppes.

Le calme règne aujourd’hui ici, mais il y a de nombreuses années, c’était le bruit et la fureur. Les acheteurs et les vendeurs s’agitaient devant les magasins pour négocier le prix des marchandises. Certains noms sont encore visibles sur les devantures des magasins situés à l’arrière. Peut être y aura-t il un peu de monde aujourd’hui ? Excusez moi, je voudrais acheter du pain. Non décidément c’est vraiment calme. Et il y a quelque chose de bizarre : ces promontoires sur lesquels on est censé récupérer les marchandises achetées semblent bien hauts pour quelqu’un de petit comme moi. Mais ce n’était pas un problème à l’époque. Les gens venaient chercher leurs produits à cheval, exactement la bonne hauteur !

Le kaolin est une sorte d’argile fine, généralement blanche, formée par l’oxydation de matériaux aluminium. En 1712, un missionnaire français fait connaître le kaolin dans le monde, et c’est un Allemand qui lui donne son nom : la translittération du mot chinois Gaolin, qui signifie grande colline.

Incroyable, j’imagine les mineurs, extraire le kaolin ici et le faire descendre de la montagne.

Dooo dooo doo doo. On se sent comme Indiana Jones dans cet endroit. Et bien que l’entrée soit très petite, il semble qu’elle devienne ensuite de plus en plus grande. On peut presque tenir debout. Le kaolin a l’air d’une pierre solide mais il suffit de le toucher pour s’aperçevoir que c’est très friable. Regardez comme cela s’effrite, vraiment facile. Imaginez, c’est le début de la porcelaine.

C’est du sommet des montagnes que le kaolin commence son voyage miraculeux. Le kaolin est découvert sous la dynastie Yuan et est utilisé depuis pour la production de porcelaine. Ses propriétés permettent alors d’améliorer les techniques de production de la céramique.

A partir de la matière que l’on voit ici, il y a encore un long travail avant d’arriver aux magnifiques céramiques.

Le poids du passé lié à la porcelaine est encore palpable dans le vieux village de Jingdezhen. Ici, les villageois vivent encore avec leur héritage. Rien qu’avec les noms de ces vieilles allées, ils font référence aux fours qui étaient utilisés pour fabriquer la porcelaine. La céramique n’est pas non plus absente. Durant la dynastie Ming, presque toutes les familles ont un four privé pour faire leur propre céramique, et les restes de céramiques sont utilisés dans l’architecture comme la construction de murs.

Marcher dans ces vieilles allées c’est comme pousser une vieille porte en bois, où l’on découvre un four à porcelaine enseveli dans la terre de l’histoire.

Ici, on trouve plein de petites allées entrelacées parce qu’elles étaient construites autour du four. Ces derniers constituaient le centre de l’activité des fabriquants de porcelaine. De nos jours, peu de producteurs existent encore, mais de temps en temps, au hasard d’une allée, il est possible d’en rencontrer encore quelques uns, absorbés par leur tâche.

Suivant le chemin, j’ai découvert une petite boutique de produits en porcelaine. Sur le toit, des centaines de bols totalement identiques sont alignés. Ces céramiques sont toutes faites à la main une par une et on peut même voir l’artisan à l’oeuvre.

Utilisant des tours de potier traditionnels, l’artisan nous montre comment la céramique était produite à l’époque.

La porcelaine occupe une place importante dans la vie quotidienne des gens. Vous voyez ces briques là ? Eh bien elles proviennent d’un vieux four démantelé. Après un an ou deux d’usage elles seront peut être encore réutilisées pour faire des maisons. L’architecture semble bien simple, mais à cause des mauvaises techniques de contruction, elles sont de travers. Ces briques existent depuis des centaines d’années.

Parfois quand on étudie l’histoire, on finit par ne plus voir qu’une ligne floue séparant le présent du passé. Sous le soleil, on ne voit que des briques et des maisons. Mais un pas de plus dans l’obscurité et se dressent à nouveau les flammes des fourneaux.

Les flammes des fours à porcelaine dançaient jour et nuit, et un missionnaire français est si surpris de ce spectacle qu’il écrit : « Le jour, la fumée sortie des fours montait jusqu’aux nuages. Le soir, les flammes éclairaient le ciel.”

Le pavillon Longzhu se dresse qu sommet du mont Zhu. En 1639, les Fabriques Impériales de Porcelaine sont établies à cet endroit. Ce batiment est depuis le symbole de Jingdezhen. Le pavillon sert aussi de modèle pour les fours officiels des dynasties Ming et Qing.

La céramique fabriquée pour les empereurs devait répondre à des normes strictes. Seules les pièces parfaites étaient autorisées dans le palais, aucun défaut n’était toléré. On dit que seule une pièce sur cent était retenue.

Parmi les thèmes les plus fréquemment abordés sur les porcelaines, on trouve des dragons et la vie à la cour.

Les pièces selectionnées pour l’empereur étaient marquées de caractères chinois indiquant la période à laquelle elles avaient été fabriquées. Les pièces non selectionnées par la cour n’étaient pas pour autant redistribuées au peuple. Elles étaient détruites et enterrées, éliminées de la face du monde.

Une légende veut qu’un empereur ait ordonné la création d’un service dit « vaisselle du dragon ». Les commissionnés devaient être tués en cas d’echec. Pour éviter ce sort funeste, un homme, Tong Bin, préfère se jeter dans le four et la porcelaine qui en ressort est parfaite, sans aucun défaut. Depuis ce jour, les gens se réfèrent à lui comme un esprit qu’ils invoquent pour leur venir en aide avant de cuire de la porcelaine.

Aujourd’hui, la plupart de ceux qui souhaitent étudier les céramiques anciennes ne trouvent pas d’objet entier et doivent donc se contenter de morceaux et reconstruire l’histoire.

Cet expert reconstitue des porcelaines à partir des morceaux qu’il a trouvés dans le sol. C’est un travail difficile, comme un puzzle. Et vous savez, j’étais la reine du puzzle dans ma jeunesse. Je vais lui donner un coup de main, je suis sûre que je vais y arriver. En fait, ça ne va peut être pas être aussi facile que ça. Il va me falloir du temps. Disons un an. Revenez à ce moment!

Les fours officiels produisaient la porcelaine pour la cour royale, mais la population en produisait aussi. Le site des anciens fours de Futian, est le plus important des anciens sites.

Voilà à quoi les fours anciens devaient ressembler. Ils n’étaient pas faits pour la production de masse. Avant la dynastie Ming, les paysans venaient y faire, durant leur temps libre, de mystérieuses porcelaines.

Les sites de cuisson de la porcelaine sont petits mais sont restés complets. Ils révèlent chaque étape de la fabrication.

Certaines choses semblent assez simples, mais elles sont en fait uniques. Vous voyez ça ? C’est un puits et sur les bords du puits, on dirait des produits du four. Les paysans réutilisaient les produits qui ne servaient pas. Des gens astucieux ... et économes.

Sous la dynastie Ming, la technologie utilisée dans la production des céramiques est de très haut niveau. Le processus comprend 72 étapes : le lavage de la glaise, séchage, glaçage etc. A cette époque, les meilleurs artisans, les technologies les plus abouties se trouvent évidemment à Jingdezhen. Et par conséquent, c’est là qu’on trouve aussi les plus belles oeuvres. Sous les Ming, les céramiques de Jingdezhen ont un statut à part en Chine et à travers le monde.

Même si ces objets ne sont pas pour l’empereur, ils semblent parfaits.

Voici le produit avant la cuisson, et on voit bien que l’encre sur ce bol est noire. Mais après son passage dans le four , il va miraculeusement prendre une couleur toute différente. Regardez plutôt, voici la traditionnelle porcelaine bleue et blanche de Chine. Avant ... et après.

Cet homme utilise un tour de potier pour donner sa forme à ce bol. On voit bien ses mains façonner le récipient. Cela a l’air facile, ca lui prend un peu moins d’une minute, et pour moi, non je ne crois pas non.

Bon c’est mon tour …ok. Waouh !

Vous voulez voir ? mais je ne vais pas vous montrer. C’est mon chef d’oeuvre. Maintenant, je dois trouver un four et après je promets de vous le montrer.

Nous sommes chanceux, nous avons trouvé ce four. Et même s’il n’est plus utilisé de nos jours, cela nous montre bien à quoi ressemblait un four.

Waouh, nous sommes donc à l’intérieur d’un four. Il y a deux étages. Au premier, on plaçait la glaise modelée qui était stockée dans ces récipients. Et en haut, c’est là que le bois était stocké pour alimenter le feu. Bien sûr, c’est le four lui-même que je préfère car c’est le plus important où l’on faisait cuire la porcelaine. Et ça, c’est derrière.

Le four a plus de 400 ans d’histoire. Et il possède des caractéristiques architecturales uniques. Vous voyez le mur ici ? A la base il y a un alignement horizontal de briques. Au dessus, il prend la forme d’un dôme. Et tout en haut, on dirait que les briques sont juste accrochées. Tout autour. Les briques sont en fait tenues ensemble par de la boue et de la glaise. La façon dont ils ont fait ça reste un mystère. Le four peut résister à des températures de plus de 1 400 degrés celcius.

Le terme « mystérieux » ne suffit pas à le décrire. Ce qui était juste un mélange d’eau et de glaise est lentement transformé. C’est un processus de travail très intense et les travailleurs doivent porter les récipients avec beaucoup de précaution dans le four. La personne la plus importante est sans doute le responsable du four et qui doit déterminé le bon emplacement et la bonne température. Mais au final, c’est au feu que revient la décision finale. Si tout fonctionne bien, on obtient une splendide oeuvre d’art.

Nous nous trouvons maintenant au deuxième niveau du four. Regardez, c’est une cheminée. Près de la cheminée, se trouve un dôme. Sur les côtés du dôme,beaucoup de briques sont accumulées. En hiver, les briques permettaient de garder la chaleur et en été elles empêchaient le dôme de gonfler et de se déformer sous l’effet de la chaleur.

Il y a 400 ans, nous serions entourés de piles de bois. Mais plus maintenant, aujourd’hui, tout ce qu’il reste, ce sont ces barres et ces rayons du soleil couchant.

La porcelaine est aujourd’hui produite en masse, grâce à des machines étrangères de pointe et au développement de l’Industrie Electrique des Porcelaines de Jingdezhen. Les temps ont bien changé, la demande augmente, et l’offre doit suivre. Bien que les machines fassent tout le travail, des ouvriers qualifiés doivent encore surveiller les étapes de production pour garantir une qualité optimale.

C’est un grand vase

un tabouret

théière

La porcelaine peut adopter toutes les formes, toute les tailles, toutes les couleurs, elle revêtent diverses utilisations. Dans certaines boutiques, on trouve même des accessoires en porcelaine.

Joli !

En plus de la porcelaine pour la table ou les vases, on en fait des bijoux ou des boites à bijoux très prisés des femmes.

On voit bien que la porcelaine aujourd’hui s’est modernisée. Néanmoins, les plus belles porcelaines sont toujours les mêmes : elles ont la blancheur du jade, sont brillantes comme un miroir, fines comme une feuille de papier et elles tintent comme une cloche.

Ma mère me répétait sans cesse de ne pas jouer avec la vaisselle mais ce n’est pas le cas lorsqu’on joue d’un instrument en porcelaine. En effet, il existe toute une gamme d’instruments en porcelaine : des cloches, des tambours, des flûtes, des carillons… pour former tout un orchestre.

Ecoutez la musique classique pour comprendre l’essence de la culture de la porcelaine de Jingdezhen.

En dehors, dans le centre de Jingdezhen, des statues commémorent l’histoire de la production de la porcelaine de Chine. Le processus de sa fabrication n’est pas juste un art, c’est aussi un mode de vie, une culture.

Au milieu d’une forêt d’immeubles, d’un trafic routier intense, et d’une foule de passants, il existe encore des traces du passé. Et maintenant une trace de mon propre passage. Vous vous souvenez du bol que j’ai fabriqué? Eh bien il est sorti du four. Vous aimez ? Avec notre série sur l’histoire et la culture de la Chine, vous en savez plus désormais sur la porcelaine de Chine. Merci d’avoir voyagé avec nous. Je suis Yin et à bientôt !

Chronologie de la dynastie Ming

Dans le prochain épisode, nous continuons avec la dynastie Ming en visitant les jardins mystérieux de Suzhou.


Rédacteur: Liu Xinyan