Dynastie Tang - Xi´an 

Source: | 12-02-2008 16:29

Taille du texte: T+ | T-


Bienvenue à « Travelogue », avec notre série consacrée à l’Histoire. Je suis votre animatrice Yan Lin. Je sais que cela peut s’avérer difficile de retenir toutes les dynasties chinoises, mais vous vous souviendrez facilement de celle-ci : la dynastie Tang. C’est un tel age d’or pour la Chine, que les Chinois à l’étranger utilisent souvent ce nom pour désigner leur quartier « Tang Ren Jie », la rue ou le quartier des Tang. Vous appréciez peut-être de vous balader dans le quartier chinois de votre ville, mais ici c’est la version originale ! La capitale de la dynastie Tang : Xi’An nommée alors Chang’An.
 
Avec Athènes, Rome et Le Caire, Xi'an est considérée comme l'une des quatre plus importantes capitales d'une civilisation ancienne encore vivantes.
C'est de Chang'an, sous la dynastie Han, que l'envoyé Zhang Qian se met en route pour un long voyage vers l'Ouest qui ouvre la Route de la soie, une voie commerciale qui atteindra son apogée sous la dynastie Tang, considérée comme la plus brillante de la Chine ancienne.
Xi’An a été la capitale de treize dynasties, sur une période cumulée de plus d'un millénaire. Aujourd’hui, elle conserve encore les traces majestueuses de son passé.
 
On notera que la famille qui a fondé la dynastie Tang était d’origines mixtes : Han et Xianbei.
L’éminent empereur, Li Shimin, réputé pour son intelligence à la fois militaire et politique et sa grande ouverture d’esprit mène la Chine à son âge d’or quand Chang'an devient la ville la plus grande et la plus riche du monde.
La puissance économique de la dynastie Tang lui permet de s’ouvrir avec confiance à l’extérieur : que ce soit les peuples, marchandises, idéologies et styles de vie de l’étranger.
Avec un appétit insatiable d’art exotique étranger, de nouveaux produits occidentaux arrivent en Chine. Mais le principal bénéfice est moins concret : cela nourrit l’imagination, procure de nouvelles sources d’inspiration, fait évoluer les idées et enrichit la culture plutôt que de faire disparaître son identité.
L'art de la dynastie Tang reflète l’atmosphère multi-culturelle de cette époque : l’art est des plus colorés, avec un aspect grandiose et presque exotique. 
C'est à cette époque qu'est inventée la fameuse poterie vernissée aux trois couleurs, une forme d'art raffinée qui combine céramique et sculpture.
Stand-up
Beaucoup de gens pensent que la poterie vernissée à trois couleurs n’a littéralement que trois couleurs mais si l’on regarde attentivement on voit qu’il y a bien plus de trois couleurs. En effet, selon la philosophie chinoise, 1 donne naissance à 2 qui créent 3 et 3 symbolise le monde. Donc le chiffre 3 devrait être traduit par multiple. On devrait alors plutôt l’appeler la poterie vernissée multi-couleurs.

Chang'an, qui était la cité la plus prospère et la plus avancée du monde, est aussi celle où les étrangers souffrirent le moins de discrimination au cours de l’histoire. A cette époque, tout ce qui vient de l’étranger est désigné par le nom « Hu », pour se distinguer de « Han » ce qui est chinois. Dans les institutions gouvernementales, les étrangers ou Hu bénéficient des mêmes possibilités de carrière que leurs collègues chinois. Et pendant un certain temps, une véritable mode du "Hu" se répand à travers la Chine et y reste longtemps dominante.

La culture étrangère est aussi pour beaucoup dans la splendeur culturelle des Tang, tout spécialement dans le domaine des arts de la scène. Au début de la dynastie Tang, sur dix formes de musique et de danse interprétées au Palais, on en compte sept qui proviennent des régions de l'Ouest et de l’étranger.

Un autre étranger qui vient tout droit de Perse ! Un cheval dansant. Selon les annales historiques, c’est le cadeaux d’un marchand de Perse pour l’anniversaire de l’empereur Xuanzong. Apparemment ce cheval était tellement intelligent qu’il s’arrêtait de danser dès que la musique s’arrêtait.

Les échanges et l'exposition constante à de nouvelles idées font de la ville un lieu plus ouvert et plus tolérant qu'à aucune autre période du passé. Un véritable citoyen de Chang'an ne s'étonne de rien, ni des modes audacieuses, ni des mariages mixtes, ni même de voir une impératrice à la tête du pays pour la seule et unique fois.
Dans la longue tradition féodale de la Chine, les femmes avaient toujours eu un statut familial et social inférieur à celui des hommes, mais cela aussi change fondamentalement sous la dynastie Tang. Les femmes de cette époque ont la chance de vivre à une période caractérisée par l'ouverture d'esprit et les idées libérales.

Nous savons tous que la caméra nous grossit de quelques kilos ! Cela ne me dérangerait pas de vivre à cet âge d’or sous la dynastie Tang. Quand tout le monde, hommes et femmes, appréciait leur vie. Les femmes étaient fières et confiantes et avaient toujours la tête haute.
 
Vivant au sein d'une société peu contraignante, et bénéficiant d'un statut social indépendant, les femmes instruites de la dynastie Tang ont  un comportement évidemment bien différent de celui des femmes des époques précédentes.
Xi'an est la première ville du monde à adopter un plan d’urbanisme. Son tracé en échiquier avec ses larges rues allant du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest et se croisant à angle droit, est une illustration de l'esthétisme traditionnel chinois basé sur l'équilibre et l'harmonie.

Les pieds sur terre, robustes, un peu carrés, c’est aussi comme cela que je qualifierais les gens d’ici.

La muraille de la ville actuelle a été reconstruite il y a six cents ans, sur des fondations datant des Tang. Haute de douze mètres et longue de plus de treize kilomètres, elle est en soi un monument historique de Xi'an. Principal ouvrage de défense de la ville aux temps anciens, le mur enserrait la cité dans un rectangle fermé, percé tout juste d'une porte en chacun des quatre points cardinaux, de manière à contrôler toutes les allées et venues.

Les murs servaient de délimitation entre la cité impériale et les résidences et bureaux du gouvernement. Aujourd’hui, il s’agit plutôt du lien entre l’ancienne ville et la ville moderne.

Construite sous les Tang, la Grande mosquée, centre de la vie spirituelle des musulmans de Xi'an, est située un peu en retrait d'une artère importante.
Les Tang étaient réputés pour leur connaissance intime du monde extérieur et leur grande confiance à l'heure d'adapter et d'assimiler les idées étrangères dans un contexte chinois. L'architecture de la Grande mosquée présente clairement des traits à la fois chinois et islamiques.
L'Islam fait son entrée en Chine par la Route de la soie et par les voies commerciales maritimes que fréquentaient les Arabes au 7ème siècle. Le premier document officiel qui atteste sa présence dans le pays date de la dynastie Tang, lorsque, en 651 de notre ère, un compagnon de Mahomet, Sa'ad Ibn Abi Waqqas, est envoyé en ambassade officielle auprès de l'empereur Gaozang. L'empereur voit un parallèle entre cette religion et l'enseignement de Confucius, et ordonne la construction de cette mosquée à Chang’An, la toute première de Chine.

Je ne suis pas autorisée à entrer dans ce lieu de culte, car je ne suis pas musulmane et en plus une femme. Les mosquées dégagent un grand mystère. Et lorsqu’on entend les prières, c’est tellement apaisant et relaxant que je commence à comprendre le pouvoir de la prière.

Les musulmans dominent le commerce extérieur sous la dynastie Song. Ils s'intègrent ensuite de plus en plus profondément à la société chinoise, sous les dynasties Yuan et Ming, à mesure que l'immigration se tarit. Connus comme la minorité Hui, les musulmans d’aujourd’hui sont les descendants des commerçants arabes et iraniens qui fréquentaient la Route de la soie. Les musulmans de Xi'an s'identifiaient à leur mode de vie unique et à leur religion, l'Islam, ils sont le rappel vivant de la splendeur de Xi'an à l’époque où elle était une plaque tournante du commerce.

Je ne sais pas pour vous mais j’adore la nuit quand tout le monde est décontracté et qu’on peut faire un peu de shopping et aller manger.

Sous ces traits anciens, on ne peut pas ignorer l’énergie et le rythme moderne de la ville.

Mnémonique écrit pour « Biang »
Vous avez fini ? comment lit-on ce caractère ?
Biang ! (plusieurs fois)
Ce caractère se prononce « biang », comme le caractère pour les nouilles « biang biang », un plat local.
Le caractère est dans le Dictionnaire Chinois Kangxi.
C’est le bruit que font les nouilles quand elles sont jetées dans l’eau bouillante.

Le dernier trait est toujours le plus difficile. C’est tout ce que je peux écrire, cela veut dire « étudier ».

Pour étudier l'histoire, vous n'avez le plus souvent d'autre choix que de vous pencher sur de savants et lourds livres. A Xi'an toutefois, vous avez aussi la possibilité de consulter des livres encore plus lourds dans la « bibliothèque de pierre ».
Le musée de la Forêt des stèles était à l’origine un temple confucéen du 11ème siècle, qui a été converti plus tard en un lieu de référence pour l'art de la calligraphie.
La calligraphie, avec la peinture, la musique et les échecs chinois, est perçue comme l'une des quatre grandes disciplines auxquelles s'adonne le lettré chinois. On croit aussi que soigner l'art de la calligraphie est une façon efficace de se cultiver l'esprit.

Depuis que je pratique la calligraphie, je considère la Forêt des stèles comme le lieu saint de la calligraphie, et j’ai toujours voulu la visiter. Auparavant je ne n’imaginais qu’une face, ce qu’on appelle la couverture de stèles, mais maintenant que je suis ici je me rends compte que c’est un art en trois dimensions. Yin Yang signifient couverture et dos, ça vaut la peine de regarder ces deux faces. Et remarquez ceci aussi, le sommet de la stèle avec des animaux et formes qui représentent de bons augures. Et même sur les côtés, il y a ces inscriptions qui sont uniques et qu’on ne trouve nul part ailleurs. Sans oublier le bas, avec ces ornements très détaillés sur le socle des stèles.

Ce nom de « bibliothèque de pierre » vient de la pratique de la reproduction par frottement, qui permet à chacun de rapporter chez soi des copies de livres. Les techniques d'impression en étaient encore à leurs prémices sous la dynastie Tang, la reproduction par frottement des classiques gravés sur pierre était alors la meilleure solution pour diffuser les textes originaux à des fins d'étude et d'exercice.

Les copies frottées sont les seules choses qu’on puisse emporter de ce temple de la calligraphie. Mais pour les passionnés de calligraphie, ces reproductions ont aussi une grande valeur, c’est la référence ultime pour s’exercer. Le choix de modèles est illimité… je vais peut-être commencer avec le style Song.
 
L’empereur Li Shimin est connu aussi bien pour ses qualités militaires que son érudition. Sous son influence et son impulsion, la calligraphie devient une forme d’art à la mode, spécialement sous la dynastie Tang.
D'un point de vue graphique, la calligraphie se compare à la peinture pour sa capacité à exprimer l'émotion grâce à une riche variété de formes et de styles. D'un point de vue pratique, la calligraphie est un langage écrit qui exprime directement des idées, mais, comme art abstrait, elle suggère aussi le mouvement rythmique et harmonieux de la musique.
Pour apprécier la calligraphie chinoise, il faut entraîner son oeil intérieur à percevoir les principes subtils qui guident le trait des anciens maîtres. Il faut aller au-delà de la beauté première qui s'exprime dans l'écriture et admirer la profonde harmonie des structures et des formes qu'elle renferme.
 
Que ce soit pour y faire fortune, pour leur carrière, simplement par goût de l'aventure ou attirés par son raffinement, des gens du monde entier ont afflué à Chang'an par la Route de la soie.
Le bouddhisme atteint lui aussi en Chine par la Route de la soie, sous la dynastie des Han, six cents ans avant les Tang. Forme culturelle importée, le bouddhisme passe aussi par un processus d’intégration pour devenir la religion nationale sous la dynastie Tang. La Grande pagode de l'Oie sauvage fournit un exemple de cette évolution : le dagoba indien d'origine a été construit sous la forme d’une pyramide carrée, suivant la tradition esthétique chinoise.

Quel voyage ! La Route de la Soie partait de la ville impériale de Chang’An vers l’Ouest de la Chine et de l’Asie traversant des pays comme l’Ouzbékistan, l’Afghanistan, le Pakistan, le Népal jusqu’à la Mecque du bouddhisme : l’Inde. La plupart d’entre nous rêvent d’un voyage exotique comme celui-ci mais que rapporte-t-on de tels voyages : des photos et des vidéos. A cette époque, après de nombreuses années de dur travail, quand Xuan Zang rentre chez lui, il est devenu l’un des plus grands penseurs, expert en bouddhisme, traducteur, et bien sûr un des plus grands voyageurs de tous les temps.

Sous la dynastie Tang, la liberté religieuse permet le développement du bouddhisme, du taoïsme, de l’Islam et même du christianisme en Chine. Et parmi ces religions, le bouddhisme est la principale religion.
Au début de la dynastie Tang, la plupart des membres de la famille royale sont de pieux bouddhistes.
Le moine Xuan Zang est élevé au rang de professeur national, le professeur particulier des empereurs dès son retour. Après avoir décliné un poste clé au gouvernement proposé par l’empereur, il consacre le reste de sa vie à Chang’An à traduire des sanscrits indiens de l’indien au chinois.
Sous la dynastie Tang, la culture bouddhique s’épanouit et Chang’An devient le centre des études bouddhiques, le moine Xuan Zang en étant l’un des principaux contributeurs

Quel endroit agréable pour le repos éternel. Mais à l’origine, le moine Xuan Zang n’était pas enterré ici mais à Bailuyuan, à côté du Palais. Mais quand l’empereur voyait la pagode, cela le rendait triste, il a donc décidé de déplacer la pagode ici parmi les montagnes où elle surplombe la ville, un bien meilleur endroit pour le repos éternel.
 
A l'époque féodale, le taux de croissance de la population est un indicateur important de la force économique et du progrès social d'un pays. Au début de la dynastie Tang, la population de Chine est de moins de dix-huit millions d’habitants. Cent ans plus tard, en 755, elle atteint 52 millions. On parlera plus tard de cette période de cent ans comme de la Grande prospérité des Tang

Chang’An, qui a été la capitale de 13 dynasties, a peut-être atteint son apogée sous la dynastie Tang mais vous voyez que les heures de gloire sont toujours d’actualité. Aujourd’hui, cette ville ancienne compte 7 millions d’habitants. Les marques du passé perdurent dans le présent. C’est pourquoi nous consacrons cette série spéciale sur l’Histoire. J’espère que vous avez apprécié ce voyage autant que moi. La dynastie des Tang, c’était dans « Travelogue » spécial Histoire. Je suis Yan Lin. Merci de nous avoir suivi. Profitez de ce spectacle et à bientôt !
Chronologie de la dynastie Tang

Dans le prochain épisode, on continue avec la dynastie Tang à Kashgar sur les traces de l’ancienne Route de la Soie.
 


Rédacteur: Tao Ruogu