Le fleuve du sud ouest 
cctv.com 07-11-20 10:38 

Bonjour, bienvenue sur Carnet de route, je suis Yanling. Ces derniers temps, j’ai beaucoup réfléchi à la question, pourquoi voyage-t-on ? et j’en ai conclu que c’est parce qu’on veut fuir qch ou au contraire on cherche qch. Et c’est la raison pour laquelle j’ai fait ce voyage. Je pense que pour les millions de chinois d’outre mer répartis dans le monde entier, tôt ou tard nous seront obligés de réaliser ce genre de voyage et d’apprendre plus pour savoir ce que signifie vraiment être chinois. Il y a peu de temps, nous étions encore paysons, n’est-ce pas ?

Le fleuve du sud-ouest est sinueux sur 150 km de long et coule vers le sud pour créer une zone de drainage fertile dans ce paysage rural pittoresque du Zhejiang. De nombreux villages restés inchangés depuis des centaines d’années, longent le fleuve et se fondent dans l’harmonie du décor.

Mais je ne suis pas ici pour admireer le paysage et ressentir les mêmes sentsations qu’autrefois mais pour découvrir comment un peuple déraciné a été relogé, comment il a recrée son histoire. Nous allons rendre hommage à un style de vie unique de la paysannerie : le nong geng wenhua, la culture du travail agricole.

Connue dans l’histoire sous le nom du district de Yongjia, la zone de drainage du fleuve du sud ouest est restée isolée et délaissée jusqu’à la dynastie des Jin. ON dit aujourd’hui que de nombreux ancêtres des habitants de cette région étaient originaires du nord de la Chine. Certains étaient des fonctionnaires brimés, las des luttes au sein du gouvernement et ils emmenèrent leurs familles avec eux ici. Certains d’entre eux n’étaient que de simples hommes qui cherchaient seulement un refuge à la violence militaire et sociale à la maison. Le point commun entre ces hommes était le vœu cher de commencer une nouvelle vie, si possible entourée d’un evironnement naturel harmonieux afin d’oublier les troubles du monde extérieur.

Situées dans la zone de drainage du fleuve du sud-ouest, les ancêtres se sont installés ici avec leurs familles. Menant une vie agricole les descendants d’aujourd’hui ont tous hérités de leurs ancêtres du même nom de famille et, mieux encore, de la même philosophie de vie : ne jamais considérer l’éducation et la culture comme le privilège exclusif des urbains. Tandis que l’enseignement commun à la maison dit « cultiver la terre pour vivre, lire pour mieux vivre ».

En me balladant dans ses villages ancients c’est comme retourner dans l’histoire. Il n’y a pas besoin d’être un touriste attentif pour découvrir que de nombreux outils agricoles et ustensils d’usage quotidien fonctionnent encore ic depuis les Ming et même les Song.

L’ancient extracteur d’huile n’est utilisé que pour la saison morte lorsque le bétail n’est pas utilisé pour les travaux des champs.

C’est loin d’être le moyen le plus efficace d’extraire l’huile, mais dans un certain sens, les paysans se montrent quelque peu superstitieux sur les produits manufacturés. Ils pensent que l’huile extraite ici a meilleur goût. Je crois aussi à la magie du toucher humain plus que le pouvoir des machines, donc moi aussi je les comprends parfaitement.

Waou , est-ce que vous le saviez ? Jamais je n’ aurais pensé qu’il fallait fournir autant d’effort pour sortir aussi peu d’huile. Il faudrait que l’on mange moins de frites et hambourgers !

Il n’y a que les touristes qui prennent autant de photo de la campagne et du style de vie agricole des habitants. Bien sûr, pour ces derniers, la beauté n’est pas à regarder, mais qch à se mettre dans le ventre. En tant que touriste, je suis d’accord.

Le climat tempéré et l’accès facile à l’irrigation font de cette région un endroit riche en ressources. Soit disant village du riz et du poisson, il y a en fait deux ingrédients majeurs sur chaque table familiale. Vous pouvez trouvez toute sorte de nourriture à base de riz : des nouilles de riz, des gateaux de riz, des boules de riz…Le sumian, est une spécialité locale, une sorte de nouilles de riz qui est fait de riz mou fermenté.

Je mange là un plat de nouilles avec quelques légumes. C’est très simple, ce ne sont que des nouilles de riz fermenté, c’est très bon pour la digestion et j’attends mon dessert.

C’est la 1ère fois que je fais cela. Nous fabriquons des gâteaux de riz, c’est un peu comme les pudding de Noël, on en fabrique uniquement pendant les jours de fête pour le village. Autrefois les femmes devaient en faire des aussi beaux pour faire plaisir à leurs maris.

J’ai été déçue d’apprendre que ces gâteaux de riz ne pouvaient pas se manger avant d’être cuits à la vapeur et fumés à l’encens dans au temple des ancêtres. Lors du festival annuel de la récolte agricole et de l’hommage rendu aux ancêtres, chaque famille offre le plus de gâteaux de riz possible. Comme dit le proverbe : « argent et homme, offrez ce que vous pouvez ! » et bien sûr, cela signifie souvent les femmes d’abord qui doivent prendre soin de l’hôtel, cuisiner dans des cuisines publiques, et même travailler à la « banque du futur »

On considère les bateaux en papier monnaie comme la monnaie la plus courante dans l’au-delà où résident les ancêtres.

Autrefois, l’argent n’était pas imprimé, c’était uniquement des feuilles de papier. Et ici, vous voyez les femmes créer cet argent sous forme de pliage en bateau. Ca serait super si l’on pouvait fabriquer de l’argent aussi facilement.

Les billets doivent être finis en 3 jours de rites et sacrifices puis brûlés au feu pour le transmettre aux ancêtres. Donc plus vous envoyez d’argent, plus les ancêtres seront contents dans l’au-delà et béniront le village et plus les récoltes seront meilleures.

"Vous avez vu, je suis presque diplômée"

Fabriquer de l’argent pour le bien de la famille ne peuvent s’empêcher de

Après tout, c’est du faux papier monnaie, les racines familiales et l’arbre généalogique sont vrais. Chaque famille se porte volontaire pour la cérémonie de vénération des ancêtres. Le détail des coûts est clairement noté par les comptables du village et sera annoncé publiquement à la fin de la fête avec les ancêtres comme témoins.

Une grosse partie des fonds levés revient aux praticants taoistes qui sont invités pour les rites de vénération. Je dois dire que ça ne doit pas être facile pour eux de gagner quelques dollars.la représentation des rites commence officiellement selon les claculs de la géomancie. En attendant le moment propice, ils doivent écrire juju pour chaque famille du village.

Les effets du juju apparaîtront après les rites, une fois accroché au-dessus de la porte pour protéger la famille des mauvais esprits pendant toute l’année. L’art de la magie réside dans les mots, donc je pense que les mauvais esprits résident aussi dans le caractère gui.

Ailleurs, la religion est sensée prendre parti, mais pas ici. Dans la région de nanxijiang, on ne trouve pas de temples strictement bouddhistes ou taoistes dans les villages. Les gens ne sont pas de purs pratiquants mais se souviennent qu’en période difficile, il faut aller prier. Ils ne croient pas en un dieu omnipotent mais en des esprits et des dieux. Un proverbe dit que « celui qui répond à mes prières est un bon dieu et un altar qui mérite vénération ». Donc, les prêtres taoistes jouent le rôle de messagers, ils doivent doivent assurer la communication entre la terre et ces esprits aux croyances multiples, en transmettant les lettres de remerciement à tous les bons esprits qui les écoutent.

Dans la Chine ancienne, pour rentrer dans le gouvernement, les fils de paysans devaient passer les examens officiels. C’est pourquoi ils ont fait de ce village un centre de préparation aux examens. Ce village est réputé pour ses 18 candidats aux examens mandarinaux qui sont arrivés 1er à ces examens nationaux. Donc lorsqu’ils sont rentrés chez eux avec ce genre de gloire ils étaient autorisés à traverser cette passerelle et, personne d’autre ne pouvait le faire.

Dans les croyances traditionnelles chinoises, la vénération des ancêtres est un moyen de lier passé/ présent et de comprendre les besoins futurs, ce qui a été abandonné par les plus modernes qui pensent que penser au passé peut gêner la conception du futur. Ici, les gens suivent attentivement la doctrine des ancêtres, et pensent que le passé sert de boussole au présent et au futur.

Donc respecter les ancêtres est obligatoire pour une famille locale, tout comme chez nous les croyants doivent aller à l’église, non seulement en tant qu’enfant à la foi fragile mais aussi en tant que membre définitif.

Pour échapper aux troubles militaires de la fin de la dynastie Tang, la famille Chen est arrivée au village de Furong et l’a sorti des décombres. Le clan familial s’est agrandi et a prospéré plus de 700 ans. Son passé glorieux est recensé dans l’arbre généalogique, l’acquis le plus sûr du village.

Pour la première fois on m’a rapelé le rôle premier du nom. Ce n’est pas seulement le son et l’écriture d’une seule personne mais une forme d’existence collective, l’une reliée au passé, l’autre au futur. Une minute de réunion familiale : père et mère, mari et femme, enfants, cousins.

700 ans inscrits ici, je me demande si l’informatique peut conserver un document aussi parfaitement.

Cet arbre généalogique vieux de 300 ans, a été remis à jour pour la dernière fois sous les Qing au temps de l’empereur Qiangdong. La doctrine familiale écrite dans tous les arbres généalogiques du village de la région de Nanxijiang a encouragé la tachnique du gengdu, un style de vie spécial de la paysannerie qui considère le travail de la terre aussi important que les études. Il n’est pas étonnant qu’avec une telle tradition qui met l’accent sur l’éducation, Yongjia est devenu connu dans son village comme champion aux examens mandarinaux.

Mon père m’a toujours dit de travailler dur, « ta meilleure chaise peut devenir ton tapis volant te transportant où tu veux. J’ai travaillé dur jour et nuit pour ramener la gloire à mon village ».

L’école est généralement financée construite grâce à la coopérative du village. Elle se situe souvent au centre du village, dans un endroit bien desservi dans l’espoir de fournir le meilleur environnement pour l’étude.

Le meilleur environnement signifie aussi l’évaluation des bons éléments du fengshui. Les habitants croient qu’il existe un bon agencement du village dans un ordre parfait du fengshui qui portera chance à son frère à la cour d’examens, et qui à son tour, contribuera à la prospérité du village.

Prenons par exemple le village de Cangpo. Les ancêtres considèrent la nature comme un bon présage. Situé aux pieds du mont Furong qui ressemble à un porteplume, l’un des 4 trésors de l’écriture chinoise. Donc ils ont conçu l’agencement du village en fonction de cette position géographique. Les rues Ming et Pan ont été construites face à la montagne, comme un porte plume. L’encrier, lui, sert d’indication et le bâton d’encre dur ne peut être oublié. Mais comme nombre de légendes, celle-ci provient de plusieurs versions.

Avant la carte d’identité ou le passeport, comment faisiez vous pour prouver votre identité et montrer que vous étiez bien un membre de ce village ? Regardez, cette pierre compte 61,5 trous, et chaque fois que vous reveniez vous deviez faire un trou.

Oui, tout va bien ici, je dois y aller maintenant, je te rappelle. Bye.

C’était ma sœur, elle m’appelle tous les jours pour savoir où je suis, ce que je fais. C’est toujours comme ça, on se dispute quand on est ensemble et quand on est loin de l’autre on pense très fort à lui. Et, moi c’est pareil, ma sœur me manque car je suis loin d’elle. Il y a 1000 ans, 2 frères très proches l’un de l’autre vivaient à chaque bout de ce village. Pour ne pas se sentir seul, toutes les nuits, chacun allumait une lanterne chez lui pour annoncer son retour et exprimer sa solitude..

Le personnage le plus célèbre du district de Yongjia a du être le poète et gouverneur Xie lingyun, il y a1500 ans. C’est lui qui a crée un style de poème et de peinture unique connu plus tard sous le style de « montagne et eau ». Comme le sous-entend ce nom, le sujet primaire qui importe est le paysage. Il ne s’agissait pas de reproduire l’apparence exacte de la nature mais de saisir l’émotion, l’atmosphère qui s’y dégage afin de saisir le rythme de la nature. L’accent était mis sur les qualités spirituelles de la peinture et sur la capacité de l’artiste à révéler l’harmonie interne de l’homme avec la nature.

De simples lignes floues réussissaient à traduire les distances énormes, les contours des montagnes se fondant dans le brouillard, et des touches d‘impressionnisme pour exprimer les phénomènes naturels.

En naviguant le long du fleuve du sud-ouest, je réussis à répondre à une question qui persiste dans mon esprit depuis mon 1er tableau de peinture chinoise que j’ai réalisé étant petite. Je pense que la chose la plus fascinante de la peinture chinoise est l’emploi de l’encre noire sous forme de traits et lignes, créant un travail machromatique qui représente un monde aux couleurs multiples. Il y a bien entendu les dégradés nécessaires entre le noir et le blanc. En circulant le long du fleuve, je réalise que je n’ai jamais vraiment compris comment réaliser le dai, une couleur enseignée à l’école de peinture chinoise xieyi, qui pourrait être définie comme un noir brillant, un bleu gris, ou encore un bleu violet….

Certaines parties du fleuve sont trop lentes et ennuyantes, si vous voulez plus de stimulation, plongez dans l’eau dans ce fleuve, l’eau est très bonne en septembre. C’est ce qu’on appelle une piscine naturelle, c’est même mieux.

A mon plus grand étonnement, la mangrove de bambou qui couvre les berges du fleuve du sud-ouest m’est familière car je l’ai déjà rencontrée dans les films de kungfu. C’est un site idéal pour simplement marcher et rêver éveillé.

Je trouve toujours que la marche et le radeau ce n’est pas trop fatigant mais ça demande quand même un effort physique et ça donne faim et soif. Allons prendre un peu de thé !

De retour au village, au bout du 3ème jour et de la dernière nuit des rites, quasimement tous les esprits et dieux ont été bien vénérés, c’est le moment de s’occuper des mauvais esprits.

Tout le monde sait que c’est un événement important pour les villageois.. C’est pourquoi tout le monde est decendu le long du fleuve pour réaliser une telle scène. Mais, personne sait que c’est un grand secret. Aujourd’hui 9 septembre, c’est mon anniversaire et jamais je n’aurais imaginé voir un jour des milliers de bougies. Ne t’inquiète pas maman, je suis en train de célébrer un anniversaire formidable !

A la fin de ces 3 jours de festival, on célèbre la dernière récolte et prie pour la suivante, l’an prochain en lançant des papiers et allumant des lanternes. Accompagnée d’un vœu, chaque lampe posée minutieusement sur l’eau est censée porter ce vœu tout au long de son trajet jusque dans l’au-delà.

Ici, dans la tête, nous savons ce qui va se passer, mais dans le cœur nous espérons vraiment qu’elles atteindront leur destination finale pour laquelle elles sont conçues. Parfois, l’espoir n’est pas suffisant, vous avez besoin aussi d’un peu de foi.

Nous avons visitez ensemble les anciens villages qui longent le fleuve du sud ouest. .Merci pour avoir suivi « Carnet de Route » . A bientôt !

Rédacteur: Liu Xinyan  Origine:CCTV.com

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