Wan Jun : Ici à Yuepingli, dans le district de Zigui de la province du Hubei, il y a plus de 2000 ans de cela naissait Qu Yuan, le grand poète du royaume de Chu. C’est pourquoi c’est pour moi l’endroit idéal pour passer la fête des bateaux-dragons puisque c’est le pays natal de Qu Yuan ! Aujourd’hui, je vous amène donc voir comment on célèbre cette fête ici.
La plupart des gens savent que le district de Zigui est le pays natal de Qu Yuan, mais peu de gens connaissent Yuepingli qui est, selon des documents historiques, en fait le véritable lieu de naissance de ce grand écrivain patriote. La vie y est d’ailleurs bien paisible car y accéder s’avère des plus ardus. En effet, en partant de Zigui, il faut traverser le fleuve Yangtsé en bateau avant d’entamer une route de montagne pendant plus d’une heure.
Peut-être est-ce pour cette raison que Yuepingli est un lieu parfois un peu trop calme, mais qui a su garder le charme de la simplicité. Pourtant, notre détective en gastronomie n’est pas venu admirer le paysage mais plutôt déguster des zongzi.
Wan Jun: Ça, c’est le zongzi le plus authentique du monde. Délicieux! Vous voyez, à chaque fête des bateaux-dragons, qu’ils soient en Chine ou à l’étranger, tous les Chinois mangent des zongzi. Mais pourquoi ça ?
L’histoire des zongzi
En 278 avant J-C., alors qu’il se trouvait en exil, Qu Yuan apprit la mort de son suzerain, le roi de Chu. Sous le coup de la colère et du désespoir, il se rendit alors sur les berges de la Miluo et mit fin à ses jours en s’enfonçant petit à petit dans les flots. Cependant, le peuple qui lui portait un amour profond ne pouvait accepter sa mort. Torche en main, on prit alors des bateaux-dragons pour aller rappeler son âme au milieux des flots. Puis on jeta des zongzi dans la rivière pour que Qu Yuan ne souffre pas de la faim. De nos jours encore, on commémore ce grand homme en mangeant des zongzi.
-C’est une tradition millénaire. On mange des zongzi pour commémorer Qu Yuan. Lui qui était un grand fonctionnaire du royaume de Chu a été victime de calomnies... Et puis, il s’est suicidé en se jetant dans la rivière Miluo.
-C’est donc pour ça! Mais j’ai encore une question, pourquoi est-ce qu’on l’enveloppe avec ce truc ? Ce qu’on est censé manger, c’est le riz glutineux, non ?
-C’est juste pour empêcher les poissons de le manger, c’est seulement pour Qu Yuan.
-En fait, c’est pour qu’on ne le lui vole pas...
-Au début, on n’utilisait pas encore les feuilles de renouée, mais des tubes de bambou.
Pour obtenir de savoureux zongzi, laver le riz glutineux est une étape primordiale. Les gens d’ici peuvent mettre au moins demi-heure pour laver le riz tout en le malaxant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus la moindre saleté. Ensuite, si l’on fait bouillir un peu le riz, ce n’est pas du tout pour le faire cuire, mais juste pour rendre plus facile l’étape suivante qui consiste à l’envelopper dans des feuilles de renouée, feuilles qui sont d’ailleurs préalablement bouillies afin de les rendre flexibles. Faire des zongzi demande une certaine technique : en s’appliquant, on forme un cône avec deux feuilles dans lequel on doit mettre une quantité juste suffisante de riz glutineux car il se dilatera après la cuisson. Mais c’est l’étape suivante qui est capitale: on recouvre le zongzi d’une troisième feuille afin d’obtenir des arêtes bien saillantes. Si ce savoir-faire plus que millénaire n’a pas connu la moindre innovation, c’est que les habitants de Zigui tiennent à suivre scrupuleusement la tradition pour commémorer dignement Qu Yuan et célébrer la fête des bateaux-dragons. Qu’il s’agisse d’un octogénaire ou d’un enfant de 6 ans, tous ici ont la réputation de savoir faire des zongzi authentiques.
Wan Jun : Vous ne trouverez pas ailleurs une fête des bateaux-dragons plus authentique qu’ici. Regardez, on est en train de faire des zongzi, allons voir ça. Bonjour, vous êtes en train de faire des zongzi... c’est pour la fête, très bien. Qui parmi vous est la meilleure dans ce domaine ?
-C’est moi.
-Vous ?
-Et les miens sont bons aussi.
-Il semble que chacun a son point fort. Comment vous départager si chacune dit qu’elle est la meilleure ? Alors, à mon commandement, que la compétition des zongzi commence !
Voyons d’abord cette vieille dame, c’est ce qu’on appelle une experte. Regardez comme elle est habile ! Un zongzi parfait vient d’être réalisé en un clin d’oeil. Bravo ! Voyons maintenant cette demoiselle, elle a l’air vraiment de s’appliquer malgré son manque d’expérience. Et quant à cette dame-ci, elle est vraiment très rapide, mais visiblement ses zongzi ne sont pas aussi réussis que ceux de la vieille dame. Mais qu’en est-il au juste de notre détective en gastronomie ?!
Wan Jun: Avec le mien, on en a pour son argent ! Regardez-moi un peu ça ! Ça, c’est de la portion généreuse !
Les résultats de la compétition
Dans le temps imparti, la demoiselle en a terminé trois, cette dame-là quatre, et la vieille dame est arrivée à faire six jolis zongzi. C’est donc elle la véritable championne. Quant à notre détective, quelles prouesses a-t-il accomplies ? Ah ? Ça ? On doit quand même admirer son courage... pour avoir osé nous le montrer...
Les habitants de Zigui célèbrent trois fêtes des bateaux-dragons, à savoir le 5ème, le 10ème et le 15ème jour du 5ème mois du calendrier lunaire. La première date est considérée comme la plus importante. Ce jour-là, tous les membres de la famille se réunissent pour manger ensemble leurs propres récoltes. Quant aux habitants de Yuepingli, ils sortent le vin soufré qu’ils fabriquent eux-mêmes et n’en prennent qu’une lichette pour se protéger des sales bestioles et chasser les esprits malfaisants. Mais, qu’est-ce qu’ils sont encore en train de faire?